samedi 4 août 2007

De la caillasse et des hommes

Il y a ces habitudes que l'on prend avec d'autres, d'autres gens j'entends, sans concertation. Vous le faites une fois, vous répétez l'action le lendemain et, comme s'il y avait reconduction tacite du contrat, deux mois plus tard vous y êtes encore, là, à perpétuer cette nouvelle habitude venue d'on ne sait où.
Dans mon propos, les deux contractants sont mon père et moi-même, et l'objet du contrat est une balade quotidienne de trois kilomètres en fin de matinée. Je n'ai pas souvenir de lui avoir une seule fois demandé de m'accompagner et pourtant, tous les matins depuis plus de huit semaines, il m'envoie un "Je suis prêt, neev" ou un "Quand tu veux, neev" à travers la porte de ma chambre. Certains matins, je me contente juste de me diriger vers la porte d'entrée, et il m'emboîte le pas. C'est assez saisissant, j'ai parfois l'impression d'être quelque seigneur accompagné de son serviteur. A la différence près de n'avoir absolument rien demandé.

Évidemment, la raison véritable est que depuis le jour où il m'a vu chuter à terre et ne plus tenir sur mes jambes suite à un footing, il se sent plus rassuré de m'accompagner. Bon je vous rassure, il ne me suit pas dans TOUS mes déplacements, hein. Et lorsqu'en septembre je reprendrai à la fac, notre petite habitude s'évanouira d'elle-même. Mais en attendant, il me suit tous les matins. Et ça ne me dérange pas du tout. Au contraire. Ça m'emmerderait qu'il ne le fasse plus.

Alors quotidiennement, nous prenons l'ascenseur et passons par le local à poubelles de l'immeuble, ce qui parfois nous donne une bonne occasion de nous lamenter sur la bêtise congénitale ou le manque de savoir vivre de nos voisins. Puis nous sortons par l'entrée du parking, donnant sur la piste cyclable. Nous ne suivons celle-ci que sur un kilomètre et demi. C'est souvent le morceau le plus silencieux de la balade. Oh, il y a des jours où nous marchons nos trois kilomètres sans nous décrocher un mot quasiment, notamment lorsque je suis atomisé de fatigue et que j'ai du mal à parfaitement contrôler mes pas. Ces jours-là, ma patience est plus que limitée et, oui, je crois que mon père est suffisamment intelligent pour s'en rendre compte.

Durant ce kilomètre et demi donc, je lui demande s'il a couru et si oui quelle distance. Il me répond la plupart du temps avec un amusant dédain qui traduit une fierté mal dissimulée que oui, six kilomètres. Je vous l'ai laissé entendre l'autre jour mais je le répète, cet enfoiré fait ça cinq matins par semaine, à six heures tapantes, et il a 61 ans. Parfois, il en fait même huit. Je lui réponds alors invariablement de ne pas forcer, de faire attention, mais je me rappelle alors quand j'avais 19-20 ans et que je m'amusais à repousser mes (maigres) limites en endurance. Aujourd'hui cinq ans plus vieux, je n'en suis plus capable et si j'avais su, j'en aurai davantage profité encore. J'imagine qu'il doit se dire précisément la même chose, qu'à 65 ans il n'y arrivera peut-être plus. Alors il en profite avant que la vieillesse ne le rattrape comme moi la maladie m'a rattrapé.
Je crains simplement qu'un jour il ne fasse la course de trop et que son coeur le lâche. Je le lui ai dit à demi-mot, un de nos matins de balade. Et il m'a répondu, également à demi-mot et en d'autres termes, qu'il s'en foutait royalement.
"That's the spirit !", me suis-je dis en souriant, quand même un peu amer.

Durant ce fameux kilomètre et demi dont je parlais, nous passons devant mon ancienne école primaire. Un bâtiment rose de deux étages, adjacent à une cour de récréation. Une grille verte et un terre-plein sépare la cour et la piste cyclable. Cet été, des ados en combinaison blanche transparente repeignent la grille. Je ne sais pas s'ils sont payés par la mairie pour faire ça, ou si ce sont des travaux d'intérêt général pour s'être fait prendre en train de fumer une connerie, mais en tout cas un type (à peine plus vieux) les surveille et ils sont là tous les jours. Et tous les jours, mon père les regarde peindre en passant tandis que je presse légèrement le pas, d'abord pour éviter d'entendre ses commentaires sur la médiocre qualité et la lenteur du boulot effectué, mais surtout parce que tout le monde sait bien que je déteste les adolescents.

Deux cents mètres après l'école et les adolescents qui peignent comme des merdes (quand les filles ne sont pas occupées à rire aux blagues pourries des garçons et quand ceux-là ne sont pas occupés à regarder la poitrine des filles, ils peignent), la piste s'élève. La côte commence juste après un enchaînement de deux panneaux. Le premier dit:

DANGER
Risque d'éboulements
Ne pas marcher en dehors du sentier

... et, cinquante mètres puis loin, le second indique un très rassurant :

DANGER DE MORT
Terrains sous-minés

Les terrains dont il est question sont ceux de la colline de ma ville, que la piste cyclable encercle et permet en partie de grimper. Ma ville a été occupée pendant la guerre. Il faut croire qu'il y a des restes.

Nous commençons donc l'ascension, bien à l'abri sur notre piste cyclable. Cet endroit est très prisé par les paumés en tous genre de ma ville, la nuit. On retrouve souvent des trésors dans les fourrés à quelques mètres de la piste : capotes usagées, garrots, etc. On y trouve également des gens à côté de leurs pompes. Ces jours-ci, on y voit souvent une jeune femme pas plus âgée que moi, coupe garçonne, cheveux châtains clairs, un sac à dos sur les épaules. Elle parle toute seule, l'air renfrogné et pas commode. Encore une avec qui la vie a été très, très sympa.
Et il y en a plusieurs des comme elle, mais c'est celle que j'ai le plus remarqué. Honnêtement, son visage me rappelle celui d'une fille que j'ai connu de près, il y a six ou sept ans. Une jolie fille.

Nous continuons la montée. Nous passons devant la skate-park, encore un endroit bourré d'adolescents mais fort heureusement indoor. Juste après le skate-park, il y a la caserne de pompiers. Et juste après la caserne, on quitte la piste cyclable pour poursuivre la montée vers le haut de la colline. C'est un chemin de gravier, du mauvais gravier d'ailleurs. Il y a récemment eu un grand projet d'aménagement de la colline, pour en faire une promenade familiale, et mettre en valeur les ruines du fort planté tout en haut. Oui oui, un fort, un vrai fort, bâti en 1870. Il faisait partie d'un ensemble de 16 forts, autour de Paris, destinés à défendre la capitale contre l'invasion Prussienne. Ils s'en sont tout de même emparé et y ont même pointé des canons sur nos gueules. Et plus tard sous l'occupation Allemande, il a servi de prison et de lieu de torture.
On comprend tout de suite pourquoi la municipalité a jugé bon de mettre en valeur un endroit aussi glorieux et chargé en bons souvenirs.

Le chemin est en gravier, disais-je donc. C'est la partie la plus pénible pour moi. Elle arrive au bout de deux kilomètres, autrement dit la distance à partir de laquelle je commence à fatiguer à la marche. Autrement dit, je place mal mes pieds sur le sol et parfois je me plie une cheville. Ça m'est arrivé une dizaine de fois. Sur du gravier il faut donc que je fasse particulièrement attention ; c'est cependant un bon moyen de me tester, ça m'aide à déceler les périodes pendant lesquelles je suis limite physiquement.

La fin de la montée est bien pentue, mais elle vaut le coup. Car après le passage devant le vilain fort, il y a un endroit où on a vue sur toute la ville. J'en parlais l'autre jour. La ville n'est pas belle, mais l'endroit est agréable l'été. Calme, à cent mètres de hauteur. J'y aperçois même la fenêtre de ma chambre, chose qui me fait beaucoup rire, ne me demandez pas pourquoi.
Et c'est surtout un endroit où il y a des bancs. Il ne reste que cinq cents mètres, de descente, avant de rentrer, mais nous avons pris l'habitude de nous y asseoir cinq minutes, ce qui franchement me permet de récupérer un peu au niveau des jambes. Ce moment de répit, c'est le moment où les hommes parlent.

Nous parlons de la vie, de la mort. Nous parlons de faire face, de ne pas avoir peur. Et malgré tout de nos inquiétudes. Nous parlons de mon état de santé, nous parlons du sien. Nous parlons de rien, mais surtout de tout. Nous parlons peu, mais nous parlons vrai.
Mon père et moi nous sommes vraiment rapprochés depuis que j'ai commencé à avoir des emmerdements de santé. Oh, nous ne seront jamais les meilleurs amis du monde, le passé est trop lourd, mais c'est le jour et la nuit comparé à... avant. Le transfert de l'ensemble des entrées de ce site depuis 2003 sur Blogger (ça va me demander plus de boulot que prévu d'ailleurs, mais j'en parlerai plus tard) m'a permis de relire certaines choses que j'écrivais sur mes relations avec mes parents il y a trois ou quatre ans. J'ai été frappé. Ma manière de les voir a fondamentalement changé, mon petit traitement de la cervelle et la reprise en main de ma vie n'y est évidemment pas étrangère. J'ai écrit des choses totalement injustes sur leur compte, de la même manière qu'il m'arrive aujourd'hui encore d'écrire des choses totalement injustes sur ma propre pomme. Ce que j'essaie de dire, c'est qu'en dépit de tout, je crois que j'ai fini par devenir adulte.

Enfin je vais encore attendre un ou deux ans avant de me prononcer, juste histoire d'être sûr.

mercredi 1 août 2007

Je crois que je suis une merde.

Hem. Bon, je vous explique rapidement ce qu’il s’est passé. J’ai voulu mettre à jour mon utilitaire de publication (SPIP) suite à un mail de mon hébergeur concernant la sécurité. Il est vrai que ce site a été hacké il y a quelques semaines et que ma version de SPIP était vieille de trois ans.

J’ai donc procédé à une mise à jour, et, je vous passe les détails, me suis vautré comme une merde. J’ai au passage failli perdre tout ce que j’avais écrit. Après avoir bataillé quelques heures, j’ai décidé que j’en avais ma claque, et j’ai balancé toutes mes archives sur blogger. Je n’ai d’ailleurs pas terminé, il manque encore quelques mois de l’année 2003 (pour ceux que ça intéresse, tout sera présent dans quelques jours maximum.) Il y a quelques incohérences dans les articles archivés (vieux liens qui ne fonctionnent pas, images mal dimensionnées, mais les textes sont là. En revanche, les vignettes et les brèves sont décédées. Paix à leurs âmes.

Ah, aussi, évidemment, les anciennes syndications RSS sont mortes, j’espère que ceux qui les utilisaient auront la présence d’esprit de visiter le site et de choper les nouvelles.

Pour finir, je sais que le template choisi est austère, mais je n’ai vraiment pas le cœur à passer du temps dans du code source.

Voilà. Je suis incompétent. Mais ça va, je le vis bien.