dimanche 11 février 2007

Allocution pestilentielle

Neeviennes, Neeviens, mes très chers compatriotes, bonsoir.

Ce soir, mes pensées vont tout d’abord à vous, camarades, qui suivez mes navrantes péripéties depuis désormais quatre années. Je connais et comprends votre souffrance, soyez-en assurés. Mais je vous en conjure, ne perdez pas espoir les amis : je vous promets que je finirai bien par mourir un jour. Je vous exhorte à ne pas perdre courage et à garder la foi. La fin approche. Elle n’est simplement pas pour tout de suite. Hihi.

Mais je pense également à tous ceux qui ne me lisent pas et qui n’ont pas la moindre idée de qui je suis. Car n’est pas né - oh ça non ! - celui ou celle qui m’empêchera de m’adresser à quiconque s’empressera de ne pas m’écouter, ni même m’entendre. Cela m’amuse follement, j’ai les hobbies que je veux, et je vous emmerde. A celles et ceux qui ne liront donc pas ce que je vais écrire, je dis salut. Kikoo, même. Parfaitement.

Et enfin, je pense à ceux qui ne savent pas lire, lesquels, lorsqu’on voit ce qu’on peut voir dans la presse en ce moment, ne connaissent pas leur chance. C’est à chaque période préélectorale le même cirque : tout le monde ouvre les vannes à conneries, s’emporte inutilement sur des sujets qu’ils ne maîtrisent en rien, s’enfonce dans le grotesque en vomissant des slogans ineptes et vides de sens.
C’est, cependant, cette même période préélectorale qui me pousse à adopter ce soir un discours formel et solennel. En tout cas dans son accroche, car franchement, entre nous : faut pas déconner, quand même.

Quoiqu’il en soit, Neeviens, Neeviennes, très chers amis, sacrées cochonnes et fieffés sacs à merde (ah, vous voyez ? Formel, mon cul oui), sachez que je vais bien. Je vous ai quittés le 3 janvier dernier sur cette nouvelle atrocement cataclysmique qui voulait que je sois atteint de la sclérose en plaques. Et c’est sans détour que je tiens à vous rassurer : je suis toujours atteint la sclérose en plaques. Je laisse donc le soin à ceux qui craignaient une fausse bonne nouvelle d’appeler leurs proches et de leur signifier que tout va bien, qu’il n’y a aucun problème et que je suis bel et bien plombé.

Une question résolument stupide que l’on peut se poser, est « mais, pourquoi ? » N’étant pas la moitié d’un connard, mais bien davantage, j’ai posé ladite question autour de moi. Pour réponses, j’ai obtenu en fonction de l’obédience politique de mon interlocuteur : « C’est la faute des 35 heures », « C’est la faute de Sarkozy », « C’est la faute des étrangers qui ramènent des maladies » et « C’est la faute des super-profits de ces cochons de capitalistes. » Quand je vous disais que tout le monde est devenu complètement malade.

Alors je m’isole un peu. Non pas physiquement, je passe d’ailleurs le plus clair de mon temps en dehors de chez moi, mais mentalement. Après une petite période d’abattement début janvier, suite à la-nouvelle-qui-n’en-était-pas-vraiment-une, j’ai repris le dessus. Pour être exact, j’ai, comme je le disais la dernière fois, bien pris la nouvelle, le mardi 2 janvier. Enfin disons que ça allait, je ne me suis pas mis à chouiner en hurlant à l’injustice et en demandant « pourquoi ? » les yeux exorbités. Je n’étais pas non plus abattu. Et je n’ai pas eu de difficultés à m’endormir. Tout au plus souhaitais-je être seul, tout au plus ressentais-je l’urgence de ne parler à personne. Tout au plus l’envie me brûlait de m’immoler par les flammes. Bref, la routine.
Le lendemain matin était différent. Je me suis réveillé anxieux de me voir seul comme une merde, perdu au milieu de mon lit deux places. Je me suis ensuite souvenu que la chose était normale, n’ayant personne dans ma vie et vivant de toutes manières toujours chez mes parents. L’anxiété a donc tout naturellement laissé place à un profond dégoût de moi-même et l’irrépressible besoin d’attenter à ma vie en récitant des passages de la Bible.

Et puis je me suis dit que je ferais mieux d’aller prendre mon petit dej’ plutôt que de raconter des conneries. Car le deuxième jour, Dieu créa les Miel Pops. Et il vit que c’était bon.

Il suivit une période de quelques jours durant lesquels je n’en avais, selon l’expression consacrée, « plus rien à fout’ de rien, d’façons ma vie c’est d’la merde » et pendant lesquels je n’ai effectivement rien foutu, puis une période qui se rapprocherait du « Oh putain neev réveille-toi c’est demain que commencent les exams et t’as pas encore révisé imbécile », période qui bien que tardive me fût moralement salutaire. Je n’ai aujourd’hui pas encore mes notes - c’est d’ailleurs probablement la faute des 35 heures, ça aussi - mais il est fort probable que le résultat soit moyen. Passable, mais moyen. Indigne de mon indescriptible génie, en somme. Boah. On va dire que j’avais des circonstances atténuantes, hein.

Je n’ai ensuite pas eu le temps de gamberger, puisque mon emploi du temps du second semestre et encore plus pourri que celui du premier, ce qui au passage explique largement mon absence ici. J’essaierai néanmoins, comme j’avais commencé à le faire avant mon passage à l’hôpital, d’écrire toutes les semaines au moins, faute de quoi je risque de devenir complètement dingue. J’ai un besoin viscéral de cracher quelque haine ordinaire ou coucher quelque idée consternante sur mon journal. Au pire j’écrirai pendant mes cours de Droit. Ouais tiens. Je vais faire ça.

Et enfin, me voilà. Essayant de rester debout (je parle au figuré car au propre merci, j’y arrive encore très bien), solide. De ne pas céder un quart de seconde au misérabilisme maladif. J’essaie même de plaire, c’est vous dire !

Mais tous les jours, invariablement, je sens cette petite boule oppressante dans mon estomac. Je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais devenir. Et je suis mort de trouille.