mardi 2 janvier 2007

Saddam Hu... nan, j’déconne.

J’ai une haine farouche envers les périodes de révision. Elles me rendent anxieux et désagréable. Pardon : elles me rendent plus anxieux et désagréable que d’habitude. Je suis déprimé, tout m’apparaît gris. Les rires d’enfants désormais m’agacent. Les femmes ne me plaisent plus. Et nous venons tous de célébrer l’arrivée d’une nouvelle année durant laquelle, pardon de le dire, un certain nombre d’entre nous crèveront comme des merdes.

Bonne année. Imbéciles.

Personnellement, je n’ai pas fêté grand-chose. A noël, nous avons tous juste fait l’effort de manger plus riche et plus copieux que d’habitude, puis nous avons joué aux dominos. Le tout la télévision allumée, chose insupportable et à fortiori lorsqu’elle passe de vieux épisodes de McGyver, mais comme nous n’avions pas grand-chose à nous dire nous étions tous heureux qu’elle nous soulage du poids d’un lourd silence. Oh, je force le trait, bien entendu, ce n’était pas non plus sinistre ! Nous nous sommes tous efforcés de faire de l’humour durant les parties de dominos, le point culminant de la soirée ayant été le moment ou ma sœur Mana, suite à une défaite, s’est levée de sa chaise pour se resservir de la tarte en déclarant sèchement « Bon, il est où le couteau ? », ce à quoi j’ai répondu d’un air faussement paniqué « Mais Mana non arrête, ce n’est qu’un jeu calme-toi enfin... papa, appelle la police ! »
Ca nous a tous beaucoup fait rire, à l’exception de ma mère qui je pense s’est immédiatement remémorée la fois où, alors que j’étais enfoncé au plus profond de ma dépression, je l’ai menacée d’un couteau quelques secondes et sans réellement me rendre compte de ce que j’étais en train de faire. Tandis que Mana était écroulée de rire sur la moquette, que mon père gloussait en s’étouffant de sa part de cake et que j’étais très fier de ma petite réplique comme un gamin qui se drape de gloire en montrant son 10/10 en dictée à ses parents, ma mère, elle, souriait timidement les yeux baissés. Et je me suis revu, enragé un couteau à main. Et ça m’a coupé toute envie de rire.

Les blessures émotionnelles sont décidément toujours plus vives, à noël.

Comme tous les ans, Ashmé, mon autre sœur, était absente. C’est d’ailleurs tout juste si elle a encore contact avec nous. On se parle assez régulièrement elle et moi. Mana et elle, moins. Et avec les parents, plus du tout depuis des mois. Pour tout dire le reste de la famille s’enquiert de ses nouvelles à travers moi, et ça commence sérieusement à me peser. Il faudrait que je trouve les mots pour dire à Ashmé qu’à 33 ans on doit être capable de prendre sur soi et d’appeler ses parents de temps en temps, surtout lorsqu’on est la mère de leur unique petit-fils. Mais comme je suis un garçon qui manque singulièrement de tact, je crains de la fâcher pour de bon.

Les blessures émotionnelles sont décidément... ah, bon sang.

lundi 1 janvier 2007

Mes dernières heures à vivre

Très chers amis, je suis en train de vivre mes toutes dernières heures.

D’adhérant à l’UMP.

Vous avez eu peur hein ? Ah ah. Ouais. Pardon, c’était trop tentant. Mais mettez-vous à ma place, cela fait un an que je suis harcelé par tous les moyens de communication possibles pour participer à des colloques, des séminaires, des soirées en boîte avec des jeunes oumpistes, des meetings de Sarkozy, des votes, des chasses à courre avec des gauchistes dans le rôle du renard, etc. Je vais être enfin libre ! Du moins je l’espère, ces malades étant capables de continuer de m’emmerder. Et d’ailleurs, je ne vois pas pourquoi ils s’arrêteraient de le faire : il paraît qu’il y a des élections vaguement importantes l’an prochain. Ah ! J’enrage à l’idée de la quantité de lettres, de magazines (si si, ils m’envoient des magazines. De propagande, hein, pas France Football) et de messages sur mon répondeur pour m’expliquer qu’il faut absolument que je vienne à tel ou tel événement d’importance supra-capitale , qu’ils comptent vraiment sur moi, que sans moi ce sera la mort et la désolation répandues dans le pays tout entier, qu’ils m’aiment et que la preuve : il y aura même Michel Sardou.
Et tout ça à cause des prochaines élections.

S’il était encore à démontrer que la démocratie c’est vraiment de la merde en bâton, eh bien voilà, c’est fait.

***



Je digresse aujourd’hui sur mes malheurs d’oumpiste qui n’intéressent personne, y compris moi-même, et hier sur les malheurs de Saddam (je ne sais d’ailleurs pas trop ce qui m’a pris, sûrement la saturation de la connerie congénitale des rédactions journalistiques... ah bah oui tiens, ça doit être ça) alors que vous piaffez d’impatience de savoir si, finalement, je suis plombé par la maladie ou non et si je vais devoir m’habituer d’abord marcher avec une canne, puis rouler en fauteuil, puis finir en légume en attendant que ces imbéciles de législateurs autorisent l’euthanasie. C’est ça que vous aimeriez savoir hein ?

Eh bien cela nous fait un point commun.

Je n’ai pas vu de toubib depuis ma sortie de l’hôpital, ce qui était prévu, sauf en cas de rechute. Mon prochain rendez-vous avec le neuro est dans deux jours et ça tombe vraiment bien : je suis en train de rechuter.
Ce n’est pas une grande nouvelle en soi, je le savais que ça allait revenir. Aussi vite, en revanche... Pour l’instant ce n’est pas flagrant, mais ça le deviendra dans les prochaines semaines. Du moins, ça le deviendrait si je n’allais pas commencer un traitement pour limiter les poussées inflammatoires ; un traitement certainement à base de corticoïdes d’ailleurs, et vu la manière dont je les supporte (autrement dit à peu près pas du tout), je sens que je vais m’amuser comme un petit fou.
Mais entre nous, tant que je peux continuer de gambader et d’y voir clair, je ne me plains vraiment pas.

Bon si, d’accord : c’est vraiment la merde et j’ai envie de crever. J’ai fait un footing tout à l’heure, au bout de quarante minutes je n’arrivais plus à mettre une jambe devant l’autre, même en marchant. Ca a été le chemin de croix pour rentrer chez moi, mais rassurez-vous j’avais prévu le coup : mon père m’accompagnait. Il était tout content que je lui demande de me suivre, mais à ma petite honte, je l’ai surtout fait car je redoutais ce qui est précisément arrivé : que mes jambes me lâchent à quatre kilomètres de chez moi.
Ca m’a mis mal à l’aise qu’il assiste à ce spectacle, celui de son fils de vingt-quatre ans autant à l’aise à la marche qu’un bébé de dix mois. Mais imaginez que je sois sorti seul et que je n’ai pu rentrer par mes propres moyens ? Il m’en aurait voulu, il s’en serait voulu, il m’aurait traité d’idiot inconséquent pendant trois mois et le pire, c’est qu’il aurait eu complètement raison.

Je ne sais pas si j’ai la sclérose en plaques ou non, et je ne pense pas le savoir avant un petit moment. Mais entre nous, et sans vouloir me faire de films, sans vouloir me porter la poisse ou jouer les Calimessande (la fusion de Cassandre et de Caliméro, également connu sous le nom de Paco Rabane) et sans vouloir inquiéter plus qu’il est nécessaire de le faire... ça ne sent pas très bon pour moi.

On verra ce que 2007 me réserve. Et je ne le cache pas : je flippe un peu.