dimanche 31 décembre 2006

« Saddam Hussein a été pendu »

C’est sur cette phrase, les synapses nageant encore dans le coaltar tandis que je lisais Libé - et Dieu sait s’il faut que je sois fatigué pour lire Libé à jeun [1] - que je me suis réveillé ce samedi matin.
Et croyez-le ou non : j’ai manqué de vomir.

Comprenez-moi bien, je me moque de la vie et de la mort d’Hussein autant que je me moque, à en rendre gorge, des chansons de Vincent Delerm, ou des nouvelles de Renaud, ou de Camille, ou de Zazie, ou de n’importe quel connard qui chante en français, du reste. Ce n’est pas non plus la condamnation à mort, bien qu’y étant farouchement opposé comme toutes les personnes à peu près saines d’esprit, qui a suscité mes haut-le-cœur [2] ; après tout lorsqu’on use de méthodes répressives et bellicistes, il faut bien s’attendre à voir son espérance de vie chuter légèrement. C’est comme le chocolat : c’est certes bon, mais il ne faut pas venir pleurer si ensuite on ne rentre plus dans ses jeans taille 42.

****** Aparté ******

Non je dis juste ça car *je* ne rentre plus dans du 42. Enfin sans ressembler à une spice girl, je veux dire.

Putain de noël de merde. Encore une fête de fascistes, tiens.

****** Fin de l’aparté ******

Que disais-je ? Ah oui, de ne pas s’étonner de se retrouver avec deux balles dans la nuque quand on s’amuse à emprisonner/abattre/gazer des gens, ou à envahir des pays. La chose est pourtant tentante honnêtement, entre nous : qui n’a jamais rêvé d’envahir la Suisse [3] (enfin hormis les Suisses eux-mêmes, naturellement, qui eux rêvent d’envahir le Liechtenstein) ? Avec leurs taux d’intérêt ahurissants et leur Martina Hingis en jupette, là, osons le dire : ils excitent tout le monde. Mais même Adolf, qui pourtant semble t-il reste une référence au championnat du monde des ordures, n’a pas osé envahir la Suisse. Bon, peut-être, c’est vrai, je veux bien, c’est possible, que c’était simplement pour pouvoir financer sa petite boucherie dans le reste de l’Europe, d’accord. Mais je suis certain qu’au fond de lui il le savait qu’envahir les autres, c’était mal.
Eh oui, c’est mal. Donc Saddam, je ne veux pas dire hein, mais bon, il l’a un peu cherché aussi. Quand même. Si.

Je m’interroge cependant sur l’espèce d’hystérie morbide qui tourne autour de cette exécution. Dans un tout autre genre, naturellement, on nous avait fait le coup avec la mort de Jean-Paul II. Battage médiatique absolument monumental organisé à l’avance par ces vautours de journalistes venus se repaître de la charogne encore toute fraîche du défunt. Et il y en a eu d’autres avant lui, Lady Diana, François Mitterrand, etc.
Ici, c’est différent. En volume, on en parle modérément. Mais c’est particulièrement - c’est en tout cas mon sentiment - violent et nauséabond. On montre des images de ce vieux monsieur, fatigué, au tout petit matin, drapé dans un manteau noir et une épaisse corde, admirablement nouée d’ailleurs, autour du cou. Pardonnez-moi de trouver cela parfaitement abject, innommable et d’un autre temps. Que la justice Irakienne (mais est-ce bien elle ?) juge nécessaire de le liquider, soit. Je le répète, je suis contre, mais je peux le concevoir. Cependant quel intérêt, quelle légitimité intellectuelle (mais pas seulement) y a-t-il à diffuser largement ces images-là ? J’ai eu l’impression effroyable de me retrouver dans ces romans médiévaux, où la foule vient, les yeux suintant la jouissance, s’exalter du spectacle d’exécutions publiques de tels ou tels marginaux considérés, à tort ou à raison, comme nuisibles.

Allez lire les commentaires (en anglais) sur YouTube ou Dailymotion. Certains tiennent le discours que je tiens. D’autres au contraire, ne regrettent qu’une chose : que l’on ne voit pas Hussein se tortiller comme un ver au bout de sa corde. A ceux-là, j’ai envie de répondre qu’ils ne s’en fassent surtout pas. Dans quelques jours, vous les verrez, ces images. Et peut-être même qu’on les aura pour le jour de l’an, et que l’on pourra sabler le Champomy en se masturbant dessus avec frénésie.

Une sous-merde est morte, d’accord. Mais on a bien tort de s’en réjouir.

PS : Demain, de mes nouvelles.


[1] Mais il y a pire : lire le Figaro bourré. Ne faîtes pas cela chez vous. Au boulot, au pire.

[2] Si quelqu’un peut me donner le pluriel de ce truc-là, je suis preneur.

[3] Exemple pris totalement au hasard : j’hésitais entre la Suisse, la Confédération Helvétique et le pays où Johnny Hallyday réside. Et c’est tombé sur la Suisse. Pas de bol. C’est tout. Promis. Je ne suis pas xénophobe. Hihi.

dimanche 3 décembre 2006

Sursis

Salut les gambas.

Comme pouvait le laisser penser ma dernière note, j’ai eu un mois de novembre un peu pénible. Je vais tâcher de vous la faire concise, sans trop m’embarquer dans l’insignifiance du détail.

J’ai été pris de symptômes inhabituels : vision double, difficultés à marcher, impossibilité de courir, faiblesse musculaire, position debout vacillante, perte de sensibilité dans les jambes en position couchée ou assise, et même pour tout vous dire des difficultés à uriner. J’avais déjà eu certains de ces symptômes, mais sur des durées courtes et surtout jamais simultanément.

Je suis donc allé consulter, sachant très bien qu’il s’agissait probablement d’une poussée inflammatoire du système nerveux du même genre de celle qui m’avait valu la névrite optique l’an dernier. Et que, justement, névrite ajoutée aux symptômes décrits plus haut sont assez révélateurs d’une maladie pas marrante du tout qui s’appelle la sclérose en plaques.
Le généraliste m’a confirmé la poussée et m’a renvoyé vers le neurologue que je vois depuis l’an dernier, pour un traitement adapté et diagnostiquer l’éventuelle maladie. Nous étions le lundi 13 novembre, le soir de ma dernière note sur ce journal.
Le lendemain matin je prenais rendez-vous avec le neuro, non sans chouiner auprès de la secrétaire pour être pris le plus rapidement possible. Elle m’a répondu « jeudi 16 à 11h45 ». C’est beaucoup plus tôt que ce que j’espérais. Content, j’ai pris.

Les deux jours qui ont suivi furent interminables. J’ai gambergé comme pas permis, et je me sentais de plus en plus faible sur mes jambes. J’ai continué d’aller en cours et de me taper mes trois heures et demi de trajet. Une galère. Un chemin de croix. Je rentrais le soir atomisé de fatigue.

Jeudi matin, je me suis rendu au rendez-vous. Le neuro m’a hospitalisé trois jours pour faire des flashes de corticoïdes, et une IRM de la moelle. Du vendredi 17 au lundi 20, donc. Je pourrais écrire vingt pages sur ce séjour à l’hôpital, mais ce serait à peu près aussi chiant à lire que la partie III du défunt Traité Constitutionnel Européen, alors je dirai simplement que les doses de corticoïdes étaient vingt fois plus fortes que l’an dernier (1 gramme par jour en perfusion contre 50mg l’an dernier) et que j’ai eu un peu de mal à les supporter, et que l’IRM de la moelle à confirmé l’inflammation de la moelle, en plus du reste de mon système nerveux bien sûr.
Comme effets secondaires suite à la prise de corticoïdes, j’ai eu les classiques palpitations, chute de tension, éruptions cutanées, douleurs diverses et variées un peu partout, céphalées. Et concernant le résultat de l’IRM, j’ai demandé au neuro son avis sur une éventuelle sclérose en plaques. Il m’a très exactement répondu : « Ecoutez, il est possible que ce soit ça. »

« Que ce soit ça » ou non, on va commencer un traitement de fond pour limiter les poussées inflammatoires. Car, « que ce soit ça » ou non, il y aura d’autres poussées. Et en fonction de l’évolution des choses, on saura s’il y a maladie qui se cache derrière. Cool. J’aimerais justement qu’on me le dise *avant* de me retrouver dans un fauteuil roulant, pour que je puisse me faire à l’idée, quoi.

Car voilà en gros l’enjeu. Soit ce ne sont simplement que des poussées, comme ça, qui se traitent, soit j’ai une force bénigne d’une maladie plus grave dont on ne peut traiter que les symptômes, soit j’ai une forme dégénérescente de ladite maladie, auquel cas on peut raisonnablement dire que je suis dans la merde. L’avenir me le dira.

Deux semaines après ma sortie de l’hôpital, ça va mieux. Les symptômes sont largement calmés, bien qu’encore présents pour quelques uns. J’ai toujours des problèmes avec mes yeux lorsque je regarde sur les cotés, mais c’est surtout le cas lorsque je manque de sommeil. Ce sont surtout les jambes qui me rassurent. Je ne suis pas au sommet de ma forme, mais je peux au moins au marcher vite sans me fatiguer, et courir.
Je dois revoir le neuro au plus tard début février, mais on doit normalement me rappeler pour commencer un traitement plus tôt, dès que l’hôpital aura reçu la réponse de mon centre de sécu concernant une prise en charge à 100%. On m’a dit que ça prend généralement un mois. Je rappellerai entre les fêtes, si je n’ai pas de nouvelles.

Je m’applique en attendant à relativiser. Tout le monde prend le risque en se levant chaque matin de perdre quelque chose. Ses jambes. Ses bras. La vie. Mon cas ne diffère finalement qu’assez peu de celui des autres.
La preuve. Je suis sorti de l’hôpital le 20. J’avais un partiel de maths le lendemain.

J’ai eu 16.5/20. Hihi.