mardi 14 novembre 2006

La croisée des chemins

Ce n’est ni la flemme ni le manque d’envie ou d’histoires qui sont la cause de ces quelques jours de mutisme. Il se passe en ce moment quelquechose de très important (de grave, quoi) et d’encore incertain.

Je n’ai pas envie d’en parler pour ne pas me porter la poisse, art dans lequel je vais finir par me croire excellentissime, mais je saurais difficilement parler d’autre chose ce soir. Disons que je saurai bientôt si j’en eu raison ou non de ne pas me jeter sous ce train il y a deux ans.

A dans quelques jours pour toute l’histoire.

dimanche 12 novembre 2006

Mais qu’est-ce qu’il fout, Godot ?

Bonsoir.

Je vais tenter ici d’achever les Chroniques de la Couille. Toutes les bonnes sagas ont une fin. Les mauvaises aussi, du reste.
Résumé des épisodes précédents :
Alors qu’il était heureux comme un pinson gay, neev fût frappé par la maladie. Tabassé même. En effet, obéissant à son bon vieux principe du « Tu paieras ta minute de bonheur au centuple, mon fils », Dieu foudroya le pauvre jeune homme à l’entrejambe sans crier « GARE ! » ni même « AÉROPORT ! » et encore moins « STATION D’MÉTRO ! » Queud’. Ce faisant, neev fût du jour au lendemain privé de tout. D’amour, alors qu’il avait retrouvé les joies d’aimer et d’être aimé, et ce en dépit des blessures du passé. De vie, car contraint de rester immobile dans son lit doté d’un vieux matelas de 25 ans d’âge. De joies, car désespérément seul et désoeuvré. Bouh. L’oisiveté étant maman de tous les vices, neev retomba dans un de ses vieux travers : le pari sportif. Pire encore, le pari sportif sur des matches de foot de seconde division tchèque. Ah bah ouais, quand on est vicieux, on est vicieux.
Après avoir perdu la somme astronomique de huit euros sur ce championnat de pays de bouffeurs de patates de merde, le jeune homme s’est dit qu’il faudrait peut-être arrêter les conneries ; aussi fit-il la demande expresse au site de la Française des Jeux de le bannir avant d’être complètement ruiné.
Au niveau santé, c’est Tchernobyl. De complications en complications, le jeune éphèbe (si, si) passa sur le billard dénué de boules, histoire de tenter de récupérer les siennes. Le chirurgien, zélé, entreprit de creuser une galerie dans le testicule gauche, sans doute pour y faire passer une nouvelle ligne de RER, je ne sais pas. Toujours est-il qu’au final, le valeureux neev avec une bourse gauche en zone sinistrée, mais heureusement guérie (je crois.)


Seul, ruiné, mais guéri.

Je suis allé chez le chir’, hier. Dernière visite. Ca cicatrise bien, il n’y a qu’un problème de bourgeonnement de peau à régler. Le bourgeon, situé à l’endroit de la plaie, a la forme et la consistance d’un clitoris. Je dois le masser matin et soir à la pommade pour le faire disparaître ; j’aime autant vous dire que lorsque je me retrouve jambes écartées à titiller mon bourgeon avec la pulpe du majeur, je me sens particulièrement femme. Bref.

L’heureuse nouvelle, c’est que selon lui les résultats des tests sont clean. Normalement, j’en ai donc terminé... enfin. Il ne me restera qu’à faire un spermogramme quand je le sentirai, histoire de constater l’étendue des dégâts sur ma fécondité. Je verrai les modalités avec le généraliste. J’aimerais me concentrer sur autre chose, pour changer. D’autant que je commence à en rêver, la nuit.

J’ai débuté les études il y a deux semaines. L1 d’Eco-gestion. Je crois que je m’y plais, ça va. J’y mets de la volonté en tout cas. J’y reviendrai à l’avenir.

J’essaie d’arrêter les antidépresseurs. Depuis 15 jours, en gros. Je diminue graduellement les doses, après avoir un peu déconné au début (j’ai vite compris ma douleur.) A la fin du mois, même sûrement avant, j’en serai débarrassé. Ces trucs me fatiguent. On verra comment ça se passe sans, si c’est trop tôt, je prolongerai un peu.

Ainsi s’achève la partie chiante. Je déteste donner de mes nouvelles.

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Place à la gaudriole et à la saucisse-frite. J’ai découvert un truc rigolo récemment. Ca doit exister depuis 25 ans au moins mais je suis toujours le dernier averti de la sortie de nouveaux gadgets. Voilà, j’ai fait la Carte des lecteurs de Déneevrance, ici ! Mais pour qu’elle soit le plus complète possible, il faut que vous alliez vous y ajouter. C’est très facile, rapide et il n’est aucunement besoin de s’inscrire. Ecrivez juste votre nom/pseudo, votre ville, et un petit mot (dîtes-moi que vous m’aimez ou que vous rêvez de me peler la chair au cutter, ça m’indiffère.) Je vous conseille de visionner la carte avec l’option « satellite », ça reprend les clichés de Google Earth (que tout le monde connaît désormais), c’est chouette. On peut zoomer, dézoomer, se balader partout sur Terre. Je suis curieux de savoir sur combien de continents on me lit, tiens.

Si on me lit sur moins de 15 (quinze) continents, j’arrête ce journal. Vous vous démerdez.

Autrement, l’Evoluton Neevienne continue sa marche vers le trépas. Voici où j’en suis en ce moment (ajout de la 4e image par rapport à l’autre fois) :



Avez-vous remarqué ? Je change de couleur de cliché en cliché ! Je suis une affiche Benetton à moi tout seul ! J’ai cherché les raisons de ces changements de pigmentation icono-picto-numérique : la luminosité ? La température ? Le soleil ? La santé ? Ah ! non. Le talent. Pur. Cristallin.

Ou alors peut-être est-ce parce que les Photomatons c’est de la merde en barre en vendue par paquets de trois pour le prix de deux.

Toujours est-il que l’on remarque un net changement entre 22 et 23 ans. J’ai pris du poids. Et je me suis mis à l’alcool, ce qui explique le teint rosé. Un alcoolique obèse, voilà ce que je suis devenu. Criblé de dettes de jeux. Mitraillé par la maladie. Seul. Abandonné. A l’article de la mort. J’ai déjà réservé un encart dans la rubrique « carnet » du Monde pour y annoncer mon décès et ce grâce aux quelques pièces que mon vice du jeu a bien voulu épargner.

C’est la shit. C’est la très grande shit. C’est la shittance extrême qui s’abat sur moi. Je me sens soudainement très shité.

(D’accord, j’arrête.)

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Pour finir, hier matin mon père regardait un débat politique sur la télévision espagnole. Sans doute une rediffusion. J’étais dans ma chambre, mais il met la télé si fort que j’ai droit à un diffus bruit de fond :
« Blabloblo ... cataluña ... gnignagnoblabla ... importante ... blablablognégné ... democracia ... gnignignagnu ... real madrid ... foutchoufoutchoufoutchgneugneu ... puta madre de mierda ... gnagnignatactactac ... »
Ponctué de temps en temps des réactions viscérales du pater :
« Blabloblo ... BRAVO ! CLAP CLAP CLAP ... gnignagnoblabla ... FASCISTE ! ... blablablognégné ... democracia ... gnignignagnu ... CONNARD ! ... »

C’est officiel, je sais de qui je tiens mon vocabulaire.

PS : et allez vous signaler sur ma carte, sinon je tue un castor.

dimanche 5 novembre 2006

Autodestruction

De toute l’Histoire de la connerie incarnée, cet homme est le plus grand. Il en est l’archétype, taillé à l’échoppe divine et directement dans les métaux lourds de la débilité congénitale ; le vide d’esprit de ce chantre de l’idiotie égale la pureté des cristaux les plus précieux et certains racontent même que, lorsque le troisième jour Dieu créa les montagnes, les arbres, les pâquerettes et toutes ces conneries, il fit couler dans les veines de cet Etre né avant tous les autres un sang unique - dont il tient sans doute la recette de sa grand-mère - l’empêchant de contaminer le reste de l’espèce humaine par sa progéniture. Et que cela relève du mythe ou non importe fort peu, puisque de toutes manières les femmes refusent systématiquement de lui accorder leurs faveurs et vont jusqu’à s’immoler par les flammes à sa simple vue. Cet homme est une merde. Cet homme existe.
Je suis cet homme.

Et vous avouerez que jusque là je n’ai pas de bol.

Je vous vois déjà, pauvres lapins choupinous que vous êtes, bondir sur votre messagerie et me rédiger un e-mail de vos petits doigts pour m’assurer que « non neev », que « ce n’est pas vrai », que je suis « trop dur avec moi-même », que je suis « quelqu’un de formidable et d’exceptionnel », même si « un peu raciste sur les bords », « misogyne », « cannibale », et surtout « usant si maladroitement des guillemets qu’on croirait lire une dépêche AFP. »
Et c’est très prévenant de votre part. Mais c’est inutile. D’ailleurs lorsque vous aurez lu le récit de ce qui me vaut cette haine féroce contre ma propre personne (plutôt le script que le récit, du reste, car je n’ai vraiment pas le cœur de mettre la chose en forme), vous serez tous pris collectivement par le même tourment, le même dilemme : dois-je mettre un contrat sur la gueule de ce type, le dénoncer à la police, ou simplement m’évanouir devant l’immensité des champs de connerie qu’il cultive ?

Bref. Voici ledit script.

La scène se passe, une fois de plus, dans les transports en commun. A ce sujet, le fait que ces temps-ci toutes mes entrées relatent des saynètes de RER souligne cruellement le vide absolu de mon quotidien et notamment de ma vie privée, ce qui à vrai dire ajoute davantage à la détestation de moi-même dont je souffre... et ça m’apprendra à digresser, tiens.
RER, disais-je. Ah oui. Je me rendais au cinéma. Je précise pour les plus barrés d’entre vous qui souhaiteraient sportivement me péter la gueule, ou plus sobrement m’assassiner, que vous avez toutes les chances de me croiser à la séance de 9h les mercredis et les samedis à l’UGC Cinécité des Halles, niveau -3. A Paris, hein. Voici d’ailleurs ma photo pour être bien certain que vous ne me ratiez pas :



J’aime ce cliché - que beaucoup ont déjà vu - car 1/ j’y suis pour la petite histoire obnubilé par le décolleté de la fille assise en face de moi, 2/ j’ai l’air parfaitement crétin, 3/ on pourrait presque croire que je suis mignon alors qu’en réalité j’ai une gueule pas possible, et enfin, pour revenir à ce que je disais, 4/ je pointe de mon doigt l’endroit idéal pour me loger une balle. Si possible à bout portant, pour ne pas me manquer. Je dis ça sans vous commander hein, c’est juste que ça rendrait tant service à la communauté, que... Bon.

Ne m’en voulez pas, c’est la honte qui me fait changer de sujet.

RER, cinéma. J’avais pour ma maigre défense très peu dormi la nuit précédente, la faute à un cauchemar récurrent qui fera l’objet d’une future entrée, n’ayant déjà que trop digressé. Mon baladeur pépétrois me crachait un titre d’un de ces groupes de jeunes malades qui jouent de la musique très vite et très fort, bref un de ceux dont j’ai le goût et dont j’ai suffisamment parlé ici même dans le passé.

...

Mais comme je rechigne vraiment à vous raconter ce que j’ai fait, je vais vous en parler quand même, hihi : alors le groupe de tarés nous vient de Suède et s’appelle Wintersun, et de l’album du même nom je tire et vous offre les trente premières secondes de la chanson intitulée Starchild (click droit, enregistrer sous.) Les paroles parlent d’un enfant venu de l’espace pour manger les humains avec une sauce curry. Du moins je crois, parce qu’avec l’accent suédois on ne comprend pas grand-chose à ce que le type braille. Et de toutes manières on s’en fout, l’intérêt du titre étant le batteur qui MASSACRE sa double-pédale comme s’il avait Patrick Devedjian sous ses pieds (bombombombombombombom...) et bien entendu la ligne de gratte parfaitement jouissive (ouingouindinouiiing ouing dididin ouiinng !)

Non ? Bon, de toute évidence vous ne comprenez rien à la musique alors je vais continuer mon histoire honteuse, que j’aille me foutre en l’air et qu’on en finisse.

Où en étais-je ? Vous êtes chiants à m’interrompre, à la fin. Ah ouais, RER, cinéma, fatigué, et musique à se cogner contre les murs dans les oreilles. On a bien avancé, mine de rien.
Le train était coquettement rempli. Pas bondé, certes, mais tous les sièges étaient soigneusement toastés par les miches de quelqu’un. Dont les miennes.
Je suis assis sur un des sièges isolés, ceux sans voisins, avec simplement une vieille dame en face de moi. Une femme assez corpulente fait alors son apparition dans le champ. J’ouvre les yeux pour lui jeter un vague regard, et referme les yeux pour finir ma nuit la tronche écrasée contre la vitre embuée. Derrière le maelstrom sonore qui sort de mes écouteurs, j’entends la vieille dame maugréer quelque chose. Et la femme restée debout, de lui répondre d’un ton décidé. J’ouvre un œil pour m’assurer de ce qui se passe, et trouve le regard des deux femmes posés sur ma pomme. L’air mauvais, avec ça.

Moi : Oui ? Que se passe-t-il ?
La dame âgée : Eh bien, jeune homme ! N’avez-vous aucune éducation ?
Moi : Je vous demande pardon ?
La femme : Oh écoutez hein, laissez-moi m’asseoir !
Moi, pour une fois très décidé à ne pas me laisser marcher dessus : Bien sûr Madame, et en quel honneur je vous prie ? Allez, allez voir ailleurs si j’y suis, et vous seriez bien inspirée de parler aux gens sur un autre ton.
La femme, outrée : Mais vous ne voyez pas que je suis enceinte ?!
Moi : ... Oh.
Je regarde son ventre, difficile d’y distinguer quoique ce soit sous la couche de graisse et celle de son gros blouson vert. Mon regard se tourne alors vers la vieille dame qui, comme si elle venait subitement de comprendre ma méprise, me plaint de ses yeux imbibés de pitié.

Moi, sans réfléchir à l’énormité que j’allais prononcer : Ah, heu... Pardon, je n’avais pas réalisé en fait, j’ai juste cru que...
La femme : Oui, quoi ?
Moi : Rien, rien.
La femme, jubilant : Ben si, allez-y maintenant, qu’est-ce qu’il croyait le jeune homme ?!
Moi, franchement irrité : Ben rien, je vous ai juste cru grosse, quoi.

Et là, TOUT, mais TOUT le wagon se mit à pouffer de rire discrètement. Je ne m’étais pas du tout aperçu que tout le monde nous regardait. Je devins rouge de honte, mais je vis vite que leurs regards n’étaient pas tournés vers moi, mais pire : vers elle. Ce n’était pas de moi dont ils se foutaient, je ne l’aurais d’ailleurs pas complètement volé, mais d’elle.
Je l’ai alors regardée, alors qu’elle prenait place de celle qui était mienne. Son visage était démonté, je n’avais jamais vu un visage ressembler autant à un puzzle. Elle était visiblement au bord des larmes. Les gens avaient cessé de ricaner mais elle demeurait tétanisée comme si elle venait de prendre une bonne gifle. Je me sentais réellement mal pour elle, et honteux d’être à l’origine de son humiliation.

Je me suis penché vers elle pour lui glisser doucement à l’oreille :

Moi : Je vous promets que ce n’était pas voulu, ne vous laissez pas atteindre par...
Elle, luttant pour ne pas pleurer : Fichez-moi la paix, allez vous-en.
Moi, après un silence : Comme vous voudrez, encore pardon.

Et j’ai changé de wagon.

Je me suis assis sur les marches menant à l’étage et ai posé mon front dans la paume de ma main droite. Je me suis laissé envahir par le sentiment d’humiliation que cette femme à dû ressentir. Comme pour me punir, je devais me mettre à sa place. Et je n’ai pas pu empêcher les larmes de couler. Je revoyais ce visage passer de la mauvaise fierté à la décomposition méthodique ; c’est morceau par morceau que son expression tombait en ruines et laissait place à, putain mais j’en suis sûr, des souvenirs de brimades et de railleries.
C’était parfaitement injuste.

Cette femme ne m’était pas sympathique - elle me faisait d’ailleurs physiquement furieusement penser à Marine Le Pen avant son stage commando chez Weight Watchers, c’est vous dire si à priori elle ne m’inspirait pas que la joie de vivre - et par son ton et ses manières elle a autant cherché le conflit que moi, mais elle ne méritait pas ça. Ce qui me rend dingue, c’est comment à partir d’un banal non-événement quelqu’un s’est senti ridiculisé dans le regard des autres, publiquement et injustement. Et par ma faute. J’ai ruiné la semaine de cette pauvre femme, si ça se trouve.

...


Je vais devoir retourner chez le psy, à cause de cette conne. Et avec le bol que j’ai, je la croiserai dans la salle d’attente.

mercredi 1 novembre 2006

Jusqu’à ce que la mort nous rassemble

Avant-propos : Suite à une "plainte" reçue et me soupçonnant de choses abjectes dans la première phrase du texte qui suit, je préfère tout de suite désamorcer toute polémique éventuelle : il ne faut voir strictement aucune allusion ethnique dans ladite phrase. J’avoue d’ailleurs me sentir particulièrement insulté qu’on puisse penser le contraire.
Bon sang, on vit vraiment une époque de merde.



***

Les transports en commun sont, lorsqu’ils ne sont pas incendiés par des macaques en survêtement et qui se prennent pour des hommes, des endroits merveilleux.

Tous ces gens qui n’ont en toute rigueur rien en commun, et pourtant contraints à une très désagréable promiscuité dans un bruit et parfois une puanteur générale, personnellement, je trouve cela fascinant. Les sans-abri qui importunent les cadres tirés à quatre épingles, les plébéiens qui se toisent et se jalousent entre eux. Je prends tous les matins un plaisir sans bornes à observer, étudier, disséquer tous ces gens et leur petite gueule de merde.

Je ne compte plus les fois où, alors assis sur mon siège et fantasmant sur leurs morts toutes plus atroces les unes que les autres, j’ai manqué d’éjaculer dans mon jean.

Mais il existe des exceptions, certains arrivent à vous décrocher des sourires autres qu’ironiques. Ce fût le cas il y a quelques jours. J’étais dans le train du retour, debout dans le vestibule. De mémoire, je le partageais avec trois adolescentes, deux moulées dans un parfait accoutrement de pétasses et une qui leur servait clairement de faire-valoir. Dieu sait si elles en avaient besoin, n’existant rien de plus laid qu’une ado qui se croit belle.
S’ajoutant à nous quatre, un molosse de deux mètres en mocassins, un type en costume tout froissé, un troisième un peu gras et rougeaud, quelques autres gens insignifiants dans mon genre, et enfin un jeune couple.

Un joli couple, je dois dire. La fille avait une peau noire et toute lisse, de magnifiques traits, des cheveux bouclés qui dégageaient une gorge délicate. Il y avait là facilement de quoi tomber amoureux. Et son compagnon n’était en toute franchise pas mal non plus. Bien bâti mais élancé, très sensuel. Ses gestes avaient quelque chose de souple et de doux, je comprenais tout à fait le charme que son amie pouvait lui trouver.

J’ai passé une ou deux minutes à les observer, vaguement, et à les écouter, beaucoup. Je ne saisissais pas la moitié de la teneur de leurs propos, tant ils gloussaient comme des abrutis sur ce que j’imaginais être des private jokes. Mais j’ai vite compris de quoi il retournait lorsque la fille sortit son téléphone portable. J’étais quasiment collé à eux, nous étions agglutinés autour de la barre verticale au milieu du vestibule et ne pouvais rien manquer de ce qu’elle montrait à son ami. C’est à dire des photos, notamment une sur laquelle on distinguait très clairement le visage du gars enfoncé assez profondément dans l’entrejambe nu de, j’imagine, la demoiselle.

Ce sont des trucs de petits cochons, quand même.

Je sais que mes yeux se sont aussitôt écarquillés d’amusement et que j’ai regardé ailleurs... pour tomber nez à nez sur les yeux de la nana. Sans tourner la tête, mes yeux partirent dans le coin gauche pour trouver le regard du type. Qui me regardait aussi. Je leur ai fait un gros sourire en disait « Hihi, pardon je n’ai pas fait exprès » d’un air malicieux. Ca a fait rire la fille, mais pas le mec qui continua de me regarder d’un air renfrogné. J’ai ajouté sans réfléchir « Bon d’accord, je suis un gros curieux, t’as gagné. » Et ca, ça les a beaucoup fait rire tous les deux.

L’homme m’a amicalement passé une main sur l’épaule en continuant de rire, et m’a demandé ce qu’ « artistiquement » je pensais des clichés pris par la demoiselle, laquelle était toute gênée mais en même temps très amusée. Ce à quoi je répondis d’un ton faussement sérieux qu’il y avait « incontestablement du talent et qu’il fallait continuer le travail en profondeur ». Malgré la lourdeur de ma réplique - j’ai été un peu pris au dépourvu, hein - les deux ont continué de glousser de bon cœur, la fille en avait même les larmes aux yeux et ne pouvait plus s’arrêter. J’ai serré la main tendue du type, l’ai gratifié d’une tape dans le dos et suis allé m’asseoir sans me faire prier sur un siège laissé vacant par une grosse dame.

Fioute. C’était ce qui s’appelle une situation gênante. Pour un peu ils me montraient toute leur collection. C’est écrit sur ma gueule que je suis en manque, ou quoi ?