vendredi 21 avril 2006

N’attendez pas de sympathie de ma part... Je ne connais même pas ce mot.

Bonsoir à vous, camarades alcooliques.

Certaines choses vont de paire avec le retour du printemps. L’impôt sur le revenu pour certains, la période de révisions pour d’autres (genre moi.) Mais dans les deux cas : des kilos d’ongles en moins pour tout le monde. Fort heureusement pour nos santés mentales et pour nos doigts, les débardeurs commencent également à refleurir dans nos rues. Ces petits machins accaparent mon attention suffisamment longtemps pour m’empêcher de me grignoter les phalanges en même temps que les ongles. C’est pratique. D’autant plus que mes ongles refusent de pousser depuis le début de la période de révisions. Je leur ai demandé pourquoi, gentiment. Ils m’ont répondu qu’ils sont en grève jusqu’à la mi-mai, car ils savent très bien que je leur mettrais une branlée s’ils s’avisaient de sortir. Je leur ai répondu « non les gars, promis, je ne vous rongerai pas, d’ailleurs je n’ai aucune raison de le faire, je vous aime bien, on est copains, et puis je ne suis pas du tout stressé hein... Hein ? Vous me croyez, dîtes ? » Mais je n’eus pour seule et unique réponse qu’un doigt de la part de ma main gauche.

Du coup j’essaie de ronger les ongles des autres, mais je me prends surtout beaucoup de tartes dans la gueule. Vivement le 13 mai, que je puisse redevenir normal.
Nan, j’déconne.

***



Mes parents ont assez vite enterré la hache de guerre. Amusant comme le temps conflictuel s’est mué en trois jours de silence général, laissant eux-mêmes aussitôt place à un copinage surréaliste. Ils ont pris dix jours de vacance durant lesquels ils ont enchaînés les vernissages, le bricolage et les visites chez Ikea. Le tout sous mon regard incrédule et soupçonneux (y a de la drogue là-dessous, c’est pas possible autrement.)

Ces porcs se remettent même à baiser ; ce qui bien sûr pour moi est parfaitement atroce : l’autre soir j’ai enfoui ma tête dans mes cuisses et, en fredonnant Tata Yoyo d’Annie Cordy, je me suis balancé d’avant en arrière au son rythmé des lattes grinçantes émanant de la chambre de mon père. Gisant à même le sol, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, mangé mes excréments et me suis fait foutre de ma gueule par mes propres ongles. Je touche le fond. Il faut que je parte, c’est devenu une question de survie. Mais comme je ne peux pas partir sans diplôme, vous comprenez alors mon état d’anxiété extrême du moment.

Je vous jure que si je me rate je rameute tous mes potes racailles et on brûle la France (note to self : penser à se faire des potes.)

***



L’autre jour (je ne sais plus lequel, fichez-moi la paix !) dans le RER. Un homme, habillé comme une merde mouvante (jean délavé, déchiré et dégueulasse, appareillé d’un sweat Redskins cradissime), accompagné d’une femme - probablement la sienne - négligée et se faisant remarquer par une mini jupe bouffante laissant à nu deux jambons gras admirablement saucissonnés par d’infects bas résilles. Le spectacle était si effarant que je suis resté bloqué deux secondes sur la femme, bouche mi-ouverte et me demandant comment peut-il encore être envisageable de croiser ce genre de trucs en 2006.
Le type m’a fixé d’un air mauvais. Il a cru que je matais sa gonzesse. J’ai eu envie de lui dire d’être le plus absolument tranquille et assuré qu’il est humainement possible d’être et que je préfèrerais cent fois m’empaler sur l’Obélisque plutôt que de ne serait-ce qu’adresser la parole à sa greluche, mais je ne suis pas homme qui aime à chercher les emmerdements. Je suis alors retourné à mon bouquin.
Mais pas longtemps : jusqu’à ce que le gusse n’ouvre sa bouche pour s’adresser à sa compagne. Il parlait une langue incompréhensible pour moi. Machinalement, je me mis à essayer de deviner la langue que le crado parlait. La femme lui répondait étrangement en français. Lui prononçait très rapidement des mots hachés, casés dans des phrases très courtes. C’est tout juste s’il articulait. Puis en faisant bien attention, je parvins à comprendre quelques mots. Dents. Pour ça. Non. Oui. J’écarquillai des yeux comme si j’étais frappé d’une illumination suprême : cet imbécile parle français !

Je le scrutais désormais, discrètement. J’avais ravalé mon fiel : il devait avoir un handicap quelconque pour s’exprimer aussi mal. Une paralysie faciale, un handicap mental, quelque chose. Mais à bien y regarder, bien écouter, non. Rien d’apparent. Pas de signe de faiblesse. Il jouait même les arrogants avec son portable à la main. Visiblement, il ne devait pas être au courant que plus personne ne frimait à l’aide de son portable depuis 1997 et que même à l’époque c’était déjà passible de la chaise électrique dans 29 Etats.

Une fillette (7 ans maximum) vint alors s’asseoir à mes côtés. Elle parlait aux deux crasseux. A mon grand désespoir, c’était leur fille. Elle était toute chou avec son cahier d’images dans les mains, mais je la plaignais furieusement d’être tombée avec ces deux-là à la naissance. Son père se désintéressait totalement de ce qu’elle lui disait, allant jusqu’à grimacer de dégoût en la repoussant du bras alors qu’elle voulait simplement son avis sur la nature de l’image à coller sur la case n°42. Sa mère ne savait pas, enfin elle avait l’air de ne pas vouloir savoir. La petite s’est rassise, le nez dans son cahier. Elle me cherchait du regard et comme je regardais aussi son cahier, je ne pouvais pas feindre de ne pas la voir :

Elle, pointant le N°42 en fin de phrase, dans son cahier : Dis, tu crois qu’il y a quoi ici ?
Moi : Mmm... Relis bien la phrase, tu vas sûrement trouver.
Elle : « Les invités avaient terminé leur thé mais étaient encore assoiffés, alors Amandine remplit de nouveau la... » Hum...
Moi : Dis donc tu lis bien. Elle pourrait remplir quoi à ton avis ?
Elle : Ben la chose pour verser du thé, mais je ne sais pas comment ça s’appelle. Ca peut pas être une casserole ?
Moi : Ca peut, mais je...
Le père, me regardant d’un œil foudroyant : Kétchuhalamassi, ta !
Moi : ... pense qu’il s’agit plutôt d’une théière. Pardon, monsieur ?
Le père : Tchutkaou hé tala !
Moi : Heu, pardon, mais je n’ai pas compris.
La mère, s’adressant à son mari : Caaaalme-toi, hé ! Elle joue.
Le père : Lot itchou hahaekassille !!

Il a sans doute dû soudain se rendre compte qu’il était ridicule, car il a baissé le ton et bien séparé ses mots lorsqu’il m’a dit :

Le père : Tu-joues-pas-avec-ma-fille. Jte-connais-pas.
Moi, sentant le sang me monter aux joues de colère : Oh, pas de problème. Mais vous seriez plus tranquille si vous lâchiez votre téléphone deux secondes et que vous lui répondiez lorsqu’elle vous parle.
Le père, me hurlant dessus : KATCHUVALA KJETCHKASSLATETE MA !
La mère, attrapant le type du bras : On s’en va, arrête calme-toi on s’en va, tu te calmes.

Ils partirent là-dessus à l’étage du wagon. Heureusement pour moi que le gars est obéissant, il m’aurait sans problème démonté la tête sinon. C’est un de mes défauts : soit je ne moufte pas, soit je l’ouvre trop.
Avant de partir, la petite fille m’a demandé à voix basse :

Elle : Comment tu as dit ? Teyerre ?
Moi, souriant : Théière. Ca commence comme le mot thé.
Elle : Ah ouiiii... Merci !

Certains devraient prendre des leçons de bienséance de leurs gamins. Et des leçons d’orthophonie, aussi.

jeudi 6 avril 2006

Flaques de Soleil

La journée était pourtant belle.

Ne vous sont-elles pas frustrantes, n’ont-elles pas un arrière-goût dégueulasse, ces journées d’abord agréables et qui se terminent en eau de boudin ? A moi, elles me donnent envie de pleurer. J’ai l’impression qu’un géant s’amuse à serrer mon cœur dans son poing, de toutes ses forces.

J’ai bien aimé cette journée, jusqu’à 23h30. D’abord parce que j’ai revu Pinkie. Nous nous étions salement brouillés mi-décembre - dans des conditions plutôt sordides et évidemment pour des conneries - et nous n’avons pas eu de nouvelles de l’autre pendant presque quatre mois. Assez souvent j’ai eu envie de la recontacter mais je ne savais pas s’il le fallait. J’imagine que cela devait être de même de son côté.
Aujourd’hui nous nous sommes croisés, j’ai tenté un geste de la main auquel elle a répondu, nous nous sommes arrêtés et nous avons pris de nos nouvelles pendant une demie-heure. Et ça m’a fait plaisir. Je crois même que ça m’a fait chaud au cœur.

J’ai ensuite vu Elle, qui depuis notre rupture est devenue une amie (il faudrait d’ailleurs que je lui trouve un autre pseudo.) J’arrive facilement à rire, avec elle. Comme avec la plupart des gens adorables d’ailleurs. Mon petit plaisir, c’est d’aller voir une comédie en sa compagnie car lorsqu’elle rit vraiment, elle imite à la quasi-perfection Chewbacca qui lui essaierait d’imiter une otarie contrariée. Ca emmerde tout le monde dans la salle, mais moi ça m’amuse follement.
Et comme aujourd’hui le film que nous sommes allés voir était très drôle, elle a pu me faire l’otarie. J’étais content comme un môme.

Tiens, « Lotharie » c’est pas mal comme pseudo, ça. Ca fait Lothar au féminin. *OINK OINK !*

Le soir, j’ai continué cette belle journée en dégustant un de mes plats favoris : cabillaud à la sauce tomate accompagné de riz complet. Un délice de fin gourmet psychorigide. J’adore. Et j’ai enchaîné avec un des mes hobbies préférés : m’installer bien confortablement devant un match de foot et m’endormir au bout d’un quart d’heure (mon record absolu est six minutes.) Là encore, deux heures de vrai régal. C’est fou ces gens qui s’encombrent de Stilnox alors qu’il suffit de regarder Eurosport sur un matelas correct pour sombrer dans le plus profond des comas.

Je me suis arraché à ma sieste peu après la fin du match. Vers 23h30, ma mère frappe à ma porte et me demande un service. Trois photocopies à faire. Je regarde les documents qu’elle me présente : il s’agit de relevés de comptes en banque au nom de mon père. PEL, Livret A, Codevi, bref les conneries habituelles du bon contribuable centriste cher à Renaud. Sachant fort bien que, bien qu’elle soit un peu fouille-merde sur les bords, ma mère ne ferait pas de photocopies de relevés de compte appartenant à quelqu’un d’autre sans se sentir motivée par une raison valable, il ne m’en fallut pas davantage pour comprendre que ces deux imbéciles se sont encore engueulés pour des histoires de pognon. Sûrement en mon absence.

J’eus rapidement confirmation, en lui tendant les reproductions et les originaux :

Milia : D’abord ne te fâche pas, hein ?
neev : Je ne me fâche pas.
Milia : Bon. Regarde, il a de l’argent, d’accord ?
neev : Et ?
Milia : Eh ben il me demande quand même mon argent ! Il dit qu’il va faire des travaux dans la maison en Espagne, mais moi je ne veux pas, qu’il fasse avec son propre argent !
neev : La maison est à toi, continue simplement de dire non. S’il s’énerve, eh bien. Il s’énervera tout seul.
Milia : Non parce que tu sais, dès qu’il sera à la retraite il partira ! (ndr : Retraite le 30 juin 2006, il compte les jours. Il n’est pas le seul, du reste.)
neev : Je sais, il m’a dit qu’il comptait passer quatre ou cinq mois par an là-bas. Je sais très bien que ça deviendra rapidement un retrait définitif, il ne dupe personne.
Milia : Oui ! Et moi qu’est-ce que je fais s’il m’arrive quelque chose ?

J’ai eu envie de lui répondre « Eh bien tu demanderas ta retraite, je bosserai à temps partiel tant que je n’ai pas de diplôme à peu près potable, et on mangera des nouilles un peu plus souvent. » Mais je savais qu’elle n’apprécierait pas du tout, alors je me suis abstenu.

Milia : Alors c’est pour ça, je fais des photocopies pour essayer de me protéger, moi.
neev : Je te fais toutes les photocopies que tu veux, ce n’est pas le problème. Mais planque-les bien. Je ne veux pas d’une guerre à la maison, et encore moins être pris à parti pour ce genre de conneries.
Milia : Ne te fâche pas...
neev : Je ne me fâche pas, je préviens.
Milia : Bon, bon. Merci, en tous cas.
neev : C’est rien.

Et moi qui m’apprêtais à aller dormir bien sagement. Comment voulez-vous que je dorme, alors que le prélude à un nième drame familial (mal joué, en plus) se trame ? J’espère sérieusement qu’ils vont trouver un terrain d’entente à leur petit conflit d’intérêts minable. Je n’ai pas les moyens de déménager.

Et ma mère qui me demande de ne pas me fâcher... Mais ça ne me fâche pas, idiote. Ca me fait de la peine.