dimanche 3 décembre 2006

Sursis

Salut les gambas.

Comme pouvait le laisser penser ma dernière note, j’ai eu un mois de novembre un peu pénible. Je vais tâcher de vous la faire concise, sans trop m’embarquer dans l’insignifiance du détail.

J’ai été pris de symptômes inhabituels : vision double, difficultés à marcher, impossibilité de courir, faiblesse musculaire, position debout vacillante, perte de sensibilité dans les jambes en position couchée ou assise, et même pour tout vous dire des difficultés à uriner. J’avais déjà eu certains de ces symptômes, mais sur des durées courtes et surtout jamais simultanément.

Je suis donc allé consulter, sachant très bien qu’il s’agissait probablement d’une poussée inflammatoire du système nerveux du même genre de celle qui m’avait valu la névrite optique l’an dernier. Et que, justement, névrite ajoutée aux symptômes décrits plus haut sont assez révélateurs d’une maladie pas marrante du tout qui s’appelle la sclérose en plaques.
Le généraliste m’a confirmé la poussée et m’a renvoyé vers le neurologue que je vois depuis l’an dernier, pour un traitement adapté et diagnostiquer l’éventuelle maladie. Nous étions le lundi 13 novembre, le soir de ma dernière note sur ce journal.
Le lendemain matin je prenais rendez-vous avec le neuro, non sans chouiner auprès de la secrétaire pour être pris le plus rapidement possible. Elle m’a répondu « jeudi 16 à 11h45 ». C’est beaucoup plus tôt que ce que j’espérais. Content, j’ai pris.

Les deux jours qui ont suivi furent interminables. J’ai gambergé comme pas permis, et je me sentais de plus en plus faible sur mes jambes. J’ai continué d’aller en cours et de me taper mes trois heures et demi de trajet. Une galère. Un chemin de croix. Je rentrais le soir atomisé de fatigue.

Jeudi matin, je me suis rendu au rendez-vous. Le neuro m’a hospitalisé trois jours pour faire des flashes de corticoïdes, et une IRM de la moelle. Du vendredi 17 au lundi 20, donc. Je pourrais écrire vingt pages sur ce séjour à l’hôpital, mais ce serait à peu près aussi chiant à lire que la partie III du défunt Traité Constitutionnel Européen, alors je dirai simplement que les doses de corticoïdes étaient vingt fois plus fortes que l’an dernier (1 gramme par jour en perfusion contre 50mg l’an dernier) et que j’ai eu un peu de mal à les supporter, et que l’IRM de la moelle à confirmé l’inflammation de la moelle, en plus du reste de mon système nerveux bien sûr.
Comme effets secondaires suite à la prise de corticoïdes, j’ai eu les classiques palpitations, chute de tension, éruptions cutanées, douleurs diverses et variées un peu partout, céphalées. Et concernant le résultat de l’IRM, j’ai demandé au neuro son avis sur une éventuelle sclérose en plaques. Il m’a très exactement répondu : « Ecoutez, il est possible que ce soit ça. »

« Que ce soit ça » ou non, on va commencer un traitement de fond pour limiter les poussées inflammatoires. Car, « que ce soit ça » ou non, il y aura d’autres poussées. Et en fonction de l’évolution des choses, on saura s’il y a maladie qui se cache derrière. Cool. J’aimerais justement qu’on me le dise *avant* de me retrouver dans un fauteuil roulant, pour que je puisse me faire à l’idée, quoi.

Car voilà en gros l’enjeu. Soit ce ne sont simplement que des poussées, comme ça, qui se traitent, soit j’ai une force bénigne d’une maladie plus grave dont on ne peut traiter que les symptômes, soit j’ai une forme dégénérescente de ladite maladie, auquel cas on peut raisonnablement dire que je suis dans la merde. L’avenir me le dira.

Deux semaines après ma sortie de l’hôpital, ça va mieux. Les symptômes sont largement calmés, bien qu’encore présents pour quelques uns. J’ai toujours des problèmes avec mes yeux lorsque je regarde sur les cotés, mais c’est surtout le cas lorsque je manque de sommeil. Ce sont surtout les jambes qui me rassurent. Je ne suis pas au sommet de ma forme, mais je peux au moins au marcher vite sans me fatiguer, et courir.
Je dois revoir le neuro au plus tard début février, mais on doit normalement me rappeler pour commencer un traitement plus tôt, dès que l’hôpital aura reçu la réponse de mon centre de sécu concernant une prise en charge à 100%. On m’a dit que ça prend généralement un mois. Je rappellerai entre les fêtes, si je n’ai pas de nouvelles.

Je m’applique en attendant à relativiser. Tout le monde prend le risque en se levant chaque matin de perdre quelque chose. Ses jambes. Ses bras. La vie. Mon cas ne diffère finalement qu’assez peu de celui des autres.
La preuve. Je suis sorti de l’hôpital le 20. J’avais un partiel de maths le lendemain.

J’ai eu 16.5/20. Hihi.