« Saddam Hussein a été pendu »
C’est sur cette phrase, les synapses nageant encore dans le coaltar tandis que je lisais Libé - et Dieu sait s’il faut que je sois fatigué pour lire Libé à jeun [1] - que je me suis réveillé ce samedi matin.
Et croyez-le ou non : j’ai manqué de vomir.
Comprenez-moi bien, je me moque de la vie et de la mort d’Hussein autant que je me moque, à en rendre gorge, des chansons de Vincent Delerm, ou des nouvelles de Renaud, ou de Camille, ou de Zazie, ou de n’importe quel connard qui chante en français, du reste. Ce n’est pas non plus la condamnation à mort, bien qu’y étant farouchement opposé comme toutes les personnes à peu près saines d’esprit, qui a suscité mes haut-le-cœur [2] ; après tout lorsqu’on use de méthodes répressives et bellicistes, il faut bien s’attendre à voir son espérance de vie chuter légèrement. C’est comme le chocolat : c’est certes bon, mais il ne faut pas venir pleurer si ensuite on ne rentre plus dans ses jeans taille 42.
****** Aparté ******
Non je dis juste ça car *je* ne rentre plus dans du 42. Enfin sans ressembler à une spice girl, je veux dire.
Putain de noël de merde. Encore une fête de fascistes, tiens.
****** Fin de l’aparté ******
Que disais-je ? Ah oui, de ne pas s’étonner de se retrouver avec deux balles dans la nuque quand on s’amuse à emprisonner/abattre/gazer des gens, ou à envahir des pays. La chose est pourtant tentante honnêtement, entre nous : qui n’a jamais rêvé d’envahir la Suisse [3] (enfin hormis les Suisses eux-mêmes, naturellement, qui eux rêvent d’envahir le Liechtenstein) ? Avec leurs taux d’intérêt ahurissants et leur Martina Hingis en jupette, là, osons le dire : ils excitent tout le monde. Mais même Adolf, qui pourtant semble t-il reste une référence au championnat du monde des ordures, n’a pas osé envahir la Suisse. Bon, peut-être, c’est vrai, je veux bien, c’est possible, que c’était simplement pour pouvoir financer sa petite boucherie dans le reste de l’Europe, d’accord. Mais je suis certain qu’au fond de lui il le savait qu’envahir les autres, c’était mal.
Eh oui, c’est mal. Donc Saddam, je ne veux pas dire hein, mais bon, il l’a un peu cherché aussi. Quand même. Si.
Je m’interroge cependant sur l’espèce d’hystérie morbide qui tourne autour de cette exécution. Dans un tout autre genre, naturellement, on nous avait fait le coup avec la mort de Jean-Paul II. Battage médiatique absolument monumental organisé à l’avance par ces vautours de journalistes venus se repaître de la charogne encore toute fraîche du défunt. Et il y en a eu d’autres avant lui, Lady Diana, François Mitterrand, etc.
Ici, c’est différent. En volume, on en parle modérément. Mais c’est particulièrement - c’est en tout cas mon sentiment - violent et nauséabond. On montre des images de ce vieux monsieur, fatigué, au tout petit matin, drapé dans un manteau noir et une épaisse corde, admirablement nouée d’ailleurs, autour du cou. Pardonnez-moi de trouver cela parfaitement abject, innommable et d’un autre temps. Que la justice Irakienne (mais est-ce bien elle ?) juge nécessaire de le liquider, soit. Je le répète, je suis contre, mais je peux le concevoir. Cependant quel intérêt, quelle légitimité intellectuelle (mais pas seulement) y a-t-il à diffuser largement ces images-là ? J’ai eu l’impression effroyable de me retrouver dans ces romans médiévaux, où la foule vient, les yeux suintant la jouissance, s’exalter du spectacle d’exécutions publiques de tels ou tels marginaux considérés, à tort ou à raison, comme nuisibles.
Allez lire les commentaires (en anglais) sur YouTube ou Dailymotion. Certains tiennent le discours que je tiens. D’autres au contraire, ne regrettent qu’une chose : que l’on ne voit pas Hussein se tortiller comme un ver au bout de sa corde. A ceux-là, j’ai envie de répondre qu’ils ne s’en fassent surtout pas. Dans quelques jours, vous les verrez, ces images. Et peut-être même qu’on les aura pour le jour de l’an, et que l’on pourra sabler le Champomy en se masturbant dessus avec frénésie.
Une sous-merde est morte, d’accord. Mais on a bien tort de s’en réjouir.
PS : Demain, de mes nouvelles.
[1] Mais il y a pire : lire le Figaro bourré. Ne faîtes pas cela chez vous. Au boulot, au pire.
[2] Si quelqu’un peut me donner le pluriel de ce truc-là, je suis preneur.
[3] Exemple pris totalement au hasard : j’hésitais entre la Suisse, la Confédération Helvétique et le pays où Johnny Hallyday réside. Et c’est tombé sur la Suisse. Pas de bol. C’est tout. Promis. Je ne suis pas xénophobe. Hihi.

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