Jusqu’à ce que la mort nous rassemble
Avant-propos : Suite à une "plainte" reçue et me soupçonnant de choses abjectes dans la première phrase du texte qui suit, je préfère tout de suite désamorcer toute polémique éventuelle : il ne faut voir strictement aucune allusion ethnique dans ladite phrase. J’avoue d’ailleurs me sentir particulièrement insulté qu’on puisse penser le contraire.
Bon sang, on vit vraiment une époque de merde.
***
Les transports en commun sont, lorsqu’ils ne sont pas incendiés par des macaques en survêtement et qui se prennent pour des hommes, des endroits merveilleux.
Tous ces gens qui n’ont en toute rigueur rien en commun, et pourtant contraints à une très désagréable promiscuité dans un bruit et parfois une puanteur générale, personnellement, je trouve cela fascinant. Les sans-abri qui importunent les cadres tirés à quatre épingles, les plébéiens qui se toisent et se jalousent entre eux. Je prends tous les matins un plaisir sans bornes à observer, étudier, disséquer tous ces gens et leur petite gueule de merde.
Je ne compte plus les fois où, alors assis sur mon siège et fantasmant sur leurs morts toutes plus atroces les unes que les autres, j’ai manqué d’éjaculer dans mon jean.
Mais il existe des exceptions, certains arrivent à vous décrocher des sourires autres qu’ironiques. Ce fût le cas il y a quelques jours. J’étais dans le train du retour, debout dans le vestibule. De mémoire, je le partageais avec trois adolescentes, deux moulées dans un parfait accoutrement de pétasses et une qui leur servait clairement de faire-valoir. Dieu sait si elles en avaient besoin, n’existant rien de plus laid qu’une ado qui se croit belle.
S’ajoutant à nous quatre, un molosse de deux mètres en mocassins, un type en costume tout froissé, un troisième un peu gras et rougeaud, quelques autres gens insignifiants dans mon genre, et enfin un jeune couple.
Un joli couple, je dois dire. La fille avait une peau noire et toute lisse, de magnifiques traits, des cheveux bouclés qui dégageaient une gorge délicate. Il y avait là facilement de quoi tomber amoureux. Et son compagnon n’était en toute franchise pas mal non plus. Bien bâti mais élancé, très sensuel. Ses gestes avaient quelque chose de souple et de doux, je comprenais tout à fait le charme que son amie pouvait lui trouver.
J’ai passé une ou deux minutes à les observer, vaguement, et à les écouter, beaucoup. Je ne saisissais pas la moitié de la teneur de leurs propos, tant ils gloussaient comme des abrutis sur ce que j’imaginais être des private jokes. Mais j’ai vite compris de quoi il retournait lorsque la fille sortit son téléphone portable. J’étais quasiment collé à eux, nous étions agglutinés autour de la barre verticale au milieu du vestibule et ne pouvais rien manquer de ce qu’elle montrait à son ami. C’est à dire des photos, notamment une sur laquelle on distinguait très clairement le visage du gars enfoncé assez profondément dans l’entrejambe nu de, j’imagine, la demoiselle.
Ce sont des trucs de petits cochons, quand même.
Je sais que mes yeux se sont aussitôt écarquillés d’amusement et que j’ai regardé ailleurs... pour tomber nez à nez sur les yeux de la nana. Sans tourner la tête, mes yeux partirent dans le coin gauche pour trouver le regard du type. Qui me regardait aussi. Je leur ai fait un gros sourire en disait « Hihi, pardon je n’ai pas fait exprès » d’un air malicieux. Ca a fait rire la fille, mais pas le mec qui continua de me regarder d’un air renfrogné. J’ai ajouté sans réfléchir « Bon d’accord, je suis un gros curieux, t’as gagné. » Et ca, ça les a beaucoup fait rire tous les deux.
L’homme m’a amicalement passé une main sur l’épaule en continuant de rire, et m’a demandé ce qu’ « artistiquement » je pensais des clichés pris par la demoiselle, laquelle était toute gênée mais en même temps très amusée. Ce à quoi je répondis d’un ton faussement sérieux qu’il y avait « incontestablement du talent et qu’il fallait continuer le travail en profondeur ». Malgré la lourdeur de ma réplique - j’ai été un peu pris au dépourvu, hein - les deux ont continué de glousser de bon cœur, la fille en avait même les larmes aux yeux et ne pouvait plus s’arrêter. J’ai serré la main tendue du type, l’ai gratifié d’une tape dans le dos et suis allé m’asseoir sans me faire prier sur un siège laissé vacant par une grosse dame.
Fioute. C’était ce qui s’appelle une situation gênante. Pour un peu ils me montraient toute leur collection. C’est écrit sur ma gueule que je suis en manque, ou quoi ?
Bon sang, on vit vraiment une époque de merde.
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Les transports en commun sont, lorsqu’ils ne sont pas incendiés par des macaques en survêtement et qui se prennent pour des hommes, des endroits merveilleux.
Tous ces gens qui n’ont en toute rigueur rien en commun, et pourtant contraints à une très désagréable promiscuité dans un bruit et parfois une puanteur générale, personnellement, je trouve cela fascinant. Les sans-abri qui importunent les cadres tirés à quatre épingles, les plébéiens qui se toisent et se jalousent entre eux. Je prends tous les matins un plaisir sans bornes à observer, étudier, disséquer tous ces gens et leur petite gueule de merde.
Je ne compte plus les fois où, alors assis sur mon siège et fantasmant sur leurs morts toutes plus atroces les unes que les autres, j’ai manqué d’éjaculer dans mon jean.
Mais il existe des exceptions, certains arrivent à vous décrocher des sourires autres qu’ironiques. Ce fût le cas il y a quelques jours. J’étais dans le train du retour, debout dans le vestibule. De mémoire, je le partageais avec trois adolescentes, deux moulées dans un parfait accoutrement de pétasses et une qui leur servait clairement de faire-valoir. Dieu sait si elles en avaient besoin, n’existant rien de plus laid qu’une ado qui se croit belle.
S’ajoutant à nous quatre, un molosse de deux mètres en mocassins, un type en costume tout froissé, un troisième un peu gras et rougeaud, quelques autres gens insignifiants dans mon genre, et enfin un jeune couple.
Un joli couple, je dois dire. La fille avait une peau noire et toute lisse, de magnifiques traits, des cheveux bouclés qui dégageaient une gorge délicate. Il y avait là facilement de quoi tomber amoureux. Et son compagnon n’était en toute franchise pas mal non plus. Bien bâti mais élancé, très sensuel. Ses gestes avaient quelque chose de souple et de doux, je comprenais tout à fait le charme que son amie pouvait lui trouver.
J’ai passé une ou deux minutes à les observer, vaguement, et à les écouter, beaucoup. Je ne saisissais pas la moitié de la teneur de leurs propos, tant ils gloussaient comme des abrutis sur ce que j’imaginais être des private jokes. Mais j’ai vite compris de quoi il retournait lorsque la fille sortit son téléphone portable. J’étais quasiment collé à eux, nous étions agglutinés autour de la barre verticale au milieu du vestibule et ne pouvais rien manquer de ce qu’elle montrait à son ami. C’est à dire des photos, notamment une sur laquelle on distinguait très clairement le visage du gars enfoncé assez profondément dans l’entrejambe nu de, j’imagine, la demoiselle.
Ce sont des trucs de petits cochons, quand même.
Je sais que mes yeux se sont aussitôt écarquillés d’amusement et que j’ai regardé ailleurs... pour tomber nez à nez sur les yeux de la nana. Sans tourner la tête, mes yeux partirent dans le coin gauche pour trouver le regard du type. Qui me regardait aussi. Je leur ai fait un gros sourire en disait « Hihi, pardon je n’ai pas fait exprès » d’un air malicieux. Ca a fait rire la fille, mais pas le mec qui continua de me regarder d’un air renfrogné. J’ai ajouté sans réfléchir « Bon d’accord, je suis un gros curieux, t’as gagné. » Et ca, ça les a beaucoup fait rire tous les deux.
L’homme m’a amicalement passé une main sur l’épaule en continuant de rire, et m’a demandé ce qu’ « artistiquement » je pensais des clichés pris par la demoiselle, laquelle était toute gênée mais en même temps très amusée. Ce à quoi je répondis d’un ton faussement sérieux qu’il y avait « incontestablement du talent et qu’il fallait continuer le travail en profondeur ». Malgré la lourdeur de ma réplique - j’ai été un peu pris au dépourvu, hein - les deux ont continué de glousser de bon cœur, la fille en avait même les larmes aux yeux et ne pouvait plus s’arrêter. J’ai serré la main tendue du type, l’ai gratifié d’une tape dans le dos et suis allé m’asseoir sans me faire prier sur un siège laissé vacant par une grosse dame.
Fioute. C’était ce qui s’appelle une situation gênante. Pour un peu ils me montraient toute leur collection. C’est écrit sur ma gueule que je suis en manque, ou quoi ?

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