dimanche 22 octobre 2006

Watch the children pray

Salut les baltringues génétiquement modifiées, encore une semaine à caner un pitbull sociopathe de passée. Tenez, je vais vous donner un condensé de mon emploi du temps, ce sera toujours plus éloquent que mes insupportables figures de style :

(Jour de la semaine : Heure de lever -> Heure à laquelle je rentre chez moi.)

Lundi : 5h30 -> 18h30
Commentaire : Le jour de merde par excellence, avec en guise de bouquet final un cours imbitable de trois heures de « sociologique économique », sujet qui se pourrait absolument passionnant s’il n’était pas traité par une quadra maniaco-dépressive qui s’emploie à improviser des phrases très élaborées qu’elle ne termine même pas. Exemple : « C’est au 16e siècle qu’apparut... hum... véritablement la séparation, ou serait-il plus exact de dire l’amorce de la séparation qualitative entre... ah oui, je ne vous ai pas dit que... heu, comme dire... en fait avant cette période régnait un climat de défiance entre les différents acteurs de la pensée économique, pas tant au niveau de la théorie pure qu’au niveau sociétal, ce... hum... inévitablement, le schisme, la séparation entre économistes et sociologues - enfin, non, à l’époque on ne faisait pas encore la distinction entre les deux, au 16e l’économiste est intrinsèquement indissociable du sociologue, comprenez bien, mais... »
Cette prof est une bénédiction pour la prise de notes. Les autres sont heureusement très bien.

Mardi : 5h30 -> 21h30
Celui que j’appelle Le Jour le plus long, en référence au grotesque film de guerre du même nom. Mais je ne sais pas pourquoi, j’aime bien ce jour. Et puis au moins maintenant je le sais : si je dois un jour mourir d’épuisement, ce sera un mardi soir.

Mercredi (si les deux premiers jours ne m’ont pas fait suffoquer dans ma propre bave) : Jour particulier. En théorie, je pourrais me lever à 9h30, pour revenir chez moi à 16h30. En pratique, vu que je n’ai rien branlé de mes deux précédentes soirées, je me lève à 6h ou 7h. Ca me permet aussi de maintenir le rythme de lever car le lendemain...

Jeudi : 6h00 -> 18h00
... c’est le jour des TD en masse. Autrement dit, le jour où les chargés de TD vérifient que les trucs qu’on essaie de vous apprendre ne vous passent pas au-dessus de la tête. D’où la nécessité de se rafraîchir sérieusement la mémoire la veille, parce que ces enculés sans amis ont une grande et unique passion dans la vie : l’interro surprise. Bon, bien sûr lorsque c’est toutes les semaines, l’effet de surprise devient discutable, mais ils feignent de ne pas le comprendre. Il faudrait faire une étude scientifique pointue sur le sujet, mais je suis convaincu que l’ADN du chargé de TD moyen s’apparente à celui du grand malade congénital.

Vendredi 6h00 -> 16h30
Le jour où on nous colle tous nos partiels. Du coup l’heure de fin est carrément fantaisiste, mais pour le moment, c’est ça.
Ah, et les cours qui sautent sont systématiquement rattrapés le samedi. Matin. Tôt.

Putain de fascistes.

J’ai calculé, 24 heures de cours, 18 heures de trajet, 15-25 heures (c’est très variable) de travail perso en bibliothèque et chez moi : j’ai des semaines qui frôlent les soixante heures. Alors quand j’entends Sarkozy parler de la « France qui se lève tôt » comme d’un modèle sociétal vertueux et infaillible, j’ai très envie de lui coller une bastos dans la tête. Ce con a dû être chargé de TD dans une vie antérieure. C’est sûr.

***



J’ai connu un drame, récemment. Mon iPod shuffle est mort. Ah ben si, c’est un drame. Pour assaisonner les dix-huit heures de trajet dont je parlais plus haut, j’ai le choix entre : 1/ bosser mes cours de sociologique économique, 2/ lire des bouquins fas-ci-nants sur la même sociologie économique, et 3/ me rendre sourd à coups de free jazz et de viking metal. Vous comprenez maintenant mon désarroi : j’ai tout simplement perdu mon meilleur ami.

J’ai bien sûr essayé de le ranimer, réinitialisation, retour aux paramètres d’usine, massage cardiaque, shots d’adrénaline : rien. Et la garantie d’un an était comme par hasard passée depuis six mois, classique. D’ailleurs si vous regardez la définition de garantie dans le Larousse, vous trouverez : « Période dont le terme indique au propriétaire d’un produit qu’il devra racheter dans six mois le même produit devenu complètement obsolète, ou un produit presque équivalent mais deux à trois fois plus cher. Voir également racket, extorsion, marketing. »

Je ne me démonte pas, et me rends sur le site web d’Apple pour connaître les modalités concernant une réparation. C’est à ce moment précis que je me suis rendu compte que les gens d’Apple ont beaucoup d’humour : 80 euros pour un produit qui en vaut aujourd’hui 89.
Quinze minutes de fou rire plus tard, je commandais une clé mp3 toute conne à 30 euros chez le concurrent.

Mais là n’est pas mon propos, les tourments consuméristes m’en ont toujours touché une sans bouger l’autre. C’est la conséquence directe sur mon comportement social de l’événement « Perte de l’iPod », qui est intéressante. Je sens que vous n’allez pas être déçus.

Nous sommes lundi matin, dans le RER. J’ai assez peu dormi et suis ravi à l’idée de subir les trois heures de torture mentale dont je parlais en début de texte. S’ajoutent à cela des perturbations sur la ligne dues à des vols de câbles (bourrés de cuivre, lequel est revendu aux ferrailleurs, c’est le délit à la mode) et, bien sûr, l’absence cruelle d’écouteurs dans mes oreilles.
Le train est rempli à ras bord, perturbations obligent. Je suis debout près des portes du wagon, pressé contre les strapontins. Devant moi, un petit type aux cheveux crépus et à l’hygiène discutable. Son cul est plaqué contre ma cuisse gauche. A vrai dire il s’appuie carrément dessus, alors qu’il pourrait se mettre de côté, face aux portes, comme les autres.

Je suis à ce moment passablement énervé.

Quelques stations défilent, le train ne désemplit pas. Et l’importun se frotte toujours à ma cuisse, au point de sentir une humidité désagréable qui fait coller mon jean à ma cuisse. Je n’ai pas tout de suite compris de quoi il s’agissait, mais lorsque j’ai senti l’odeur de gaz intestinaux émaner du gars, ça a fait tilt. Ce con venait juste de me péter dessus. Et de la haine pure coulait dans mes veines.
Le train était arrêté à Denfert-Rochereau et allait repartir. La sonnerie prévenant la fermeture des portes juste à côté de nous venait juste de commencer à retentir. Je n’ai pas réfléchi, j’ai poussé violemment le type hors de train juste avant que les portes ne se referment.

Lorsque le gars reprit son équilibre sur le quai, il était déjà trop tard, les portes étaient closes. Il m’a regardé d’un air indescriptible, mi-furieux mi-effrayé, mais a vite baissé les yeux quand son regard est tombé sur le mien. J’étais enragé et ça devait se voir : je l’insultais copieusement à travers la vitre. Les autres occupants du train faisaient mine de n’avoir rien vu, rien entendu.
Une fois la rage évanouie, je ne me sentais pas très fier d’avoir perdu mon sang froid aussi brusquement.

Au final, je ne sais pas exactement ce qui m’a pris ce matin-là, ça ne me ressemble pas vraiment. Je suis quelqu’un qui aime la tempérance, la médiation qui vote François Bayrou. Je suis un mou. Ce n’est pas mon genre d’éjecter des gens hors des trains, quand bien même se comportent-ils comme des porcs. Cela ne se fait pas. Je regrette.
Je regrette.

Je regrette de ne pas lui avoir encastré mon coude dans la gueule.


PS : Message spécial pour les fans hystériques, finalement je mettrai en ligne deux fois par semaine, le mercredi et le dimanche, dans la mesure du possible.