dimanche 29 octobre 2006

Voyage en empirie

e ne vous l’ai pas dit et il est d’ailleurs assez révélateur de ne pas l’avoir fait, mais mon père est rentré d’Espagne il y a, heu, un mois. Hihi. Oui.

J’appréhendais un peu son retour et il y avait de quoi. Ma mère et lui ont passé le mois de septembre à s’arroser mutuellement de napalm par téléphone, et ce sans que ça leur coûte un radis car grâce à la technologie, maintenant vous pouvez insulter votre famille à l’œil, depuis l’étranger. Je trouve ça formidable. Mais d’avantage que d’insultes, il s’agissait surtout d’accusations lamentables, de vides et sordides menaces et de hurlements sans très grand sens pour l’être humain doué d’intelligence normale mais très explicite pour tous les canidés qui, eux, détectent aisément les ultrasons.

Sans trop entrer dans les détails d’autant plus que j’ai déjà évoqué leur bisbille, ma mère soupçonne mon père de vouloir la déposséder d’un bien immobilier situé dans leur village natal en Espagne, sachant qu’elle ne s’y est pas rendue depuis sept ou huit ans et que mon père est le seul à s’en occuper, y compris financièrement. Et bien sûr ils s’en servent comme point de départ à tout un déballage de saloperies et de médisances chacun dans leur coin. Ma mère par exemple a passé l’été à essayer de me monter la tête contre mon père, après s’être montée la tête toute seule comme une grande. Elle est venue me raconter que mon père battait mon grand-père, sous l’emprise de l’alcool. Que le côté paternel de la famille avait dans le temps traité le côté maternel comme des sous-hommes, véritablement. Qu’à tel ou tel mariage (auquel ma mère n’était pas conviée) la sœur de mon père hurlait à son frère comme une hystérique : « la maisoOOooOOoon, n’oublie pas la maisoOOooOOn, il vont te la vooOoOOoler... »
Bref, des conneries sans doute basées sur un vague fond de vérité - ce qui se trouve entre les oreilles de mon père et celles de sa famille se rapprochant fortement du contenu d’un furoncle d’adolescente - mais si grossières et outrancières qu’il m’a fallu beaucoup de sang-froid pour me retenir de fendre ma mère en deux avec un sabre.

Sérieusement : elle est même allée dire à ma sœur Mana que son (notre) père raconte à droite et à gauche qu’il n’est justement pas son géniteur. Vous avez maintenant une idée du genre de choses que ma mère est capable de dire. Et ce qui me fait le plus rire, c’est que ma sœur l’ait crue ; je veux dire qu’elle ait vraiment cru que mon père puisse dire à tout le monde que son épouse l’a cocufié. Fier comme il est, imaginer un tel truc relève du délire de clubbeur sous acide. Et l’autre, qui la croit. J’ai vraiment une famille de merde, heureusement que je la méprise autant, sinon je crois que je deviendrais comme eux (je plaisante. Malheureusement.)
Il est en revanche peut-être vrai que Mana soit la fille d’un autre homme, après tout elle ne nous ressemble en rien à mon autre sœur Ashmé et à moi-même, et surtout si j’avais été comme ma mère 1/ mariée à un trou de balle pareil, 2/ franchement belle et 3/ en 1969, je me serais tapé tout ce qui bouge sans l’ombre d’une moitié de remord.

Pour en revenir à ce que je disais au début, c’est non sans appréhension que j’ai attendu le retour prévu de mon père. A vrai dire, je me préparais même à devoir à un moment ou à un autre devoir aller déposer une plainte chez les flics pour tel ou tel motif : abandon de domicile, coups et blessures, grattage de couille intempestif, peu importe tant que ça permette de pacifier, même par la menace.

Eh bah putain. Je n’aurai pas pu me planter davantage.

Il est arrivé un jeudi. Le 5 octobre du reste, si mon calendrier ne me raconte pas de conneries. J’ai serré les fesses toute la soirée en attendant le clash. Rien. Si, il y eut bien une petite explication, échangée sur un ton acceptable. Un peu à l’image du débat d’entre-deux tours 1995 entre Chirac et Jospin, où au bout d’une heure nous étions tous là à nous demander s’ils n’allaient pas finir à poil et se rouler des pelles.

Mmm. Précisément.

Car le lendemain, tandis que je rentrais d’une journée de cours durant laquelle je n’eus de cesse de penser auquel des deux égorgerait l’autre en hurlant allah ackbar, j’eus l’effroyable spectacle, que dis-je, le goût dégueulasse d’une atmosphère apaisée à la maison. Des sourires aux lèvres. Des bons petits plats. La chaîne HI-FI du salon pour une fois calée sur autre chose que de l’insupportable musique latino. J’avais affaire, à mon retour, à des gens normaux. Pire : agréables.

Je crois que mes parents sont des néo-nazis borderline.

Mais le pire, le paroxysme de l’horreur, le zénith de l’épouvantable fût ce qui suivit. Alors que j’étais sagement dans ma chambre occupé à lire un bilan de l’économie française pour l’année 2005 comme un bon fils (de néo-nazis borderline), j’entendis mon père, 60 ans, frapper à la porte de la salle de bain dans laquelle ma mère était affairée à prendre sa douche. Le cliquetis caractéristique du loquet retentit tandis que ma mère, 62 ans, pria dans une voix mal feinte de vite refermer la porte car, voyez-vous, il fait froid mine de rien.

« Meuh nooooon, ils ne vont pas le faire... » vous dîtes-vous d’un air blasé et teinté d’incrédulité ? Je me suis dit exactement la même chose. Et ça fait de nous un tas de bons gros naïfs de merde. Tous autant que nous sommes.

Car non seulement ils ont baisé, mais en plus il lui a mis le tarif, si vous me permettez d’être grivois. Je le sais fort bien car, voyez-vous, j’ai tout entendu. Et en tenant compte d’un petit détail qui est que le réseau d’eau chaude passe dans toutes les salles de bains de l’immeuble et ce dans des tuyaux qui font d’ex-cel-lents conducteurs sonores, si vous voulez mon avis, je suis loin d’être le seul.
C’est donc ainsi que j’ai « assisté » aux ébats parfaitement scandaleux d’un homme et d’une femme qui, non contents d’avoir cent vingt-deux ans à eux d’eux - soit l’âge auquel Madame Jeanne Calment est MORTE -, se trouvent en plus être mes parents.

Et après avoir préalablement écarté l’idée de me tailler les veines puis celle de me noyer dans mon propre vomi, je me suis préparé un cocktail atomique à base d’alcool et d’anxiolytiques, pour oublier.

...

Bon ok, c’était un quart de Lexomil et une bière. Mais faut pas m’en vouloir, je n’ai jamais su m’amuser. Putain mais c’est MOI qui devrait tringler dans les salles de bain !