Les ars memorativa
D’abord, des nouvelles.
J’ai récemment découvert le site secondaire de la faculté que je fréquente. Le site principal n’était déjà pas tout à fait à côté de chez moi, le second est encore plus loin ; j’ai déjà écrit il y a quelques jours qu’il faut compter trois heures et demi de trajet quotidien. J’appréhendais un peu avant d’y aller, peur de trouver la durée du trajet ou même le cadre du site rédhibitoire. Et peur d’avoir un emploi du temps impossible.
C’est là que trois mots me viennent spontanément à l’esprit : queud’, ma caille.
Tout d’abord le trajet. Je dois bien entendu voir ce que cela donne sur la durée, mais avec de quoi se distraire dans le train, c’est loin d’être intenable. Et comme en général à la fac, et ce en dépit de ce que peuvent dire certains allumés qui discourent à tout va que « seuls ceux qui font prépa ou une grande école travaillent et que les tous les autres sont de funestes glandeurs qui parasitent la société », on vous donne de quoi remplir vos soirées, je ne me fais pas trop de soucis quant au choix de la nature de l’activité à exercer pendant mes trajets.
Rendez-vous en décembre pour voir si je tiens toujours le même discours. Héhé.
Ensuite le site lui-même. Les 2emes années d’économie héritent des bâtiments les plus pourris, mais ça je le savais déjà, un de mes profs de l’an dernier me l’ayant soufflé. Ce qui m’intéressait surtout de savoir, c’est si l’endroit est calme. Réponse : oui. C’est calme. C’est très calme. S’il n’y avait pas d’arbres, je penserais me retrouver au milieu du désert tellement c’est calme. On verra cependant si la faune qui peuplera mon amphi l’est autant.
Et enfin, l’emploi du temps. Il est incomplet, donc je ne sais pas encore précisément, mais je sais que je vais devoir me lever à 6h la plupart du temps. Je suis plutôt content, car honnêtement je pensais plutôt devoir me lever à 5h, ce qui à terme aurait achevé le processus d’aliénation mentale que j’ai débuté à la naissance.
Mais là encore, je verrai sur la durée.
Voilà pour les nouvelles. Je sais qu’elles ne sont pas de nature à réjouir le lectorat, cela va bientôt faire quatre ans que je tiens ce journal et j’ai depuis longtemps cessé de compter les courriers reçus pour me dire « Merci d’aller mal, ça me fait vraiment du bien lire les gens qui souffrent », mais je vais bien, que voulez-vous [1]. Il faut croire que je suis parvenu à mettre de l’ordre dans ma tête.
Enfin... une dernière fois, je verrai sur la durée. Mes parents étant cousins de cinquième génération, il est probable que mes sœurs et moi ayons des prédispositions génétiques à la dépression, à l’immolation par les flammes et à l’attentat islamiste. Je ne suis donc pas à l’abri d’une boulette. Ne perdez pas espoir : je peux *encore* mal finir.
***
J’ai récemment été frappé... mais que dis-je, que raconté-je comme conneries encore : j’ai récemment été roué de coups et battu à mort par une révélation métaphysico-transtemporelle. Oui, être l’Elu n’a pas que des avantages.
Je rentrais chez moi, fourbu et harassé par une journée passée à ne rien foutre lorsque mon regard se crasha sur mon oreiller. Comprenez bien : j’étais debout, parfaitement immobile et arrêté dans le temps, le regard fixe, incrédule, horrifié et posé sur mon oreiller. Plus précisément sur la taie d’oreiller. Je venais, au bout de plusieurs années, de me rendre compte de la plus parfaite évidence. Cette taie d’oreiller est très moche.
Rayures blanches et bleues, d’égale épaisseur (un centimètre. J’ai mesuré. Si.) L’horreur absolue.
Comme je le disais, cela fait des années que je possède ces taies. Oui, car en plus j’en possède plusieurs. Je n’ai pas souvenir de les avoir choisies, et pourtant ? J’ai certainement dû opter pour les premières venues un jour de grande lassitude au centre commercial. Ma mère devait sans doute m’accompagner. Elle a dû infléchir mon choix vers ces immondices. Et elle a dû les payer, comme pour acheter ma conscience. Bon sang.
Cette salope va payer au centuple le mal qu’elle ma fait ce jour-là.
Plus sérieusement, il est vrai que je me suis arrêté net, poussant très loin la réflexion, jusqu’à me demander « Mais qu’est-ce que c’est que cette merde ? » Je venais de m’apercevoir que ce qui auparavant n’était qu’objet pratique devenait désormais marque de ma propre personnalité. Avant, peu m’importait le motif de la taie, pourvu que j’en possède une pour poser ma tête dessus. Attitude sage, mais démissionnaire. Aujourd’hui il me faut plus. Il me faut une taie, et il faut qu’elle me ressemble. Je veux que ce soit ma taie. Customisée à la neev. Avec des photos de Marie Drucker dessus s’il le faut, mais j’exige ma propre taie.
Car c’est lorsqu’un homme se rend compte que sa taie d’oreiller est vilaine à sucer ours qu’il peut très clairement se revendiquer « homme ». Si bien sûr il a cessé d’employer des expressions telles « sucer des ours ».
Mmm.
[1] Et ne croyez pas que je m’en offusque. Quelqu’un qui, comme moi, tient un site pour parler de sa propre petite gueule n’a de leçons d’égotisme à recevoir de personne.

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