Kriegfull barajas
J’aurais normalement dû donner de mes nouvelles bien plus tôt qu’aujourd’hui, mais j’ai entre temps été foudroyé par une crise de tétanie suite au coup de boule de Zidane (l’onde de choc, probablement), ce qui a entraîné une hospitalisation immédiate. Rendu là-bas, une infirmière étourdie de déception m’a confondu avec un autre patient et m’a administré une injection, létale.
Une fois mort, je découvris un monde parallèle où tous les disparus se réunissent pour disputer des tournois de poker dans un gigantesque hôtel de luxe et se lamenter des coups de boule donnés par d’illustres joueurs de football cons comme leurs pieds. Le réceptionniste me demanda de me présenter, ce que je fis, et lui de chercher dans son registre. Il ne m’y trouva point. Deux vigiles vinrent alors me prier de sortir, ce que je fis après avoir demandé la permission d’aller aux toilettes. En en profitant pour aller faire une accolade à mon grand-père et balancer mon coude dans la gueule d’Adolf.
Quelques instants après, je me volatilisai et était de retour sur Terre : presque trois semaines s’étaient écoulées ! C’est fou les trucs qui peuvent m’arriver, parfois.
***
J’ai eu une étrange nuit. J’ai rêvé que nous étions le 21 juin au soir et que la Fête de la Musique - qui est tout sauf une fête et où l’on peut entendre de tout sauf de la musique - battait son plein (de bière.) Décidé à boycotter l’événement et à davantage préférer m’esquinter les yeux plutôt que les oreilles, j’étais resté chez moi tantôt à lire quelque histoire sanglante les doigts de pieds en éventail, tantôt à crever la gueule d’une nation ennemie sur ordinateur, si possible à l’arme nucléaire.
Bref les occupations tout à fait saines d’un jeune homme absolument pas frustré du tout. Mort aux Anglais.
Dans l’optique de reposer mes yeux (ha ha), je me suis accoudé à la fenêtre, regardant les badauds, les uns immobiles à regarder un groupe de pop-rock qui ne sait pas jouer, les autres déambulant dans les allées, boisson en main et boulettes en poche. Plus intéressant, sur les balcons de l’immeuble en face du mien étaient assis de jeunes hommes, tout ce qu’il y a de plus standard. Assis, sur la rambarde. Jambes pendantes, au-dessus du vide. Eux aussi regardaient l’affligeant spectacle proposé.
Mes yeux étaient rivés sur les balcons de l’immeuble face à moi, à cent mètres. Presque tous étaient remplis de gens jouant avec la mort. J’appréhendais la chute de l’un d’entre eux, je sentais la poitrine me serrer. Et c’est arrivé. Du sept ou huitième étage parmi les treize que compte l’immeuble, un jeune type fût happé par le vide, tué sur le coup au moment de l’impact avec le sol. Le moment était lourd, tendu, horrifiant. Je savais que cela allait arriver, et je n’avais rien pu faire pour l’empêcher. D’ailleurs, je n’avais rien fait. Et pour dire parfaitement les choses, au fond de moi j’attendais presque que cela arrive.
Et puis un deuxième, fatalement penché pour mieux voir le cadavre, prit son envol. Et un troisième. Et un quatrième. Bientôt, c’est une cascade d’humains intarissable qui s’abattait sur le bitume. Je voyais les corps s’empiler en tas, paralysé par l’effroi, les yeux écarquillés d’horreur. La foule, elle, ne s’intéressait qu’à la musique maladroite et dissonante. Tout se passait comme si j’étais le seul à assister à cette naissance d’une montagne de cadavres. Quelque part... ça me plaisait. Je me sentais vivre de voir les autres mourir.
Ce n’est pas sur ce rêve que je me suis réveillé, mais sur un autre beaucoup plus quelconque (une sombre histoire de ballons, d’Italiens et de coups de boule. Je ne sais vraiment pas où je vais chercher tout ça.) Toujours est-il qu’au lever, vers 5h30 ce matin et regonflé par huit longues et délicieuses heures de sommeil, la première chose que je fis est d’aller m’accouder à la fenêtre et de poser un regard rieur et rassuré sur les balcons vides de l’immeuble d’en face. Et en me retournant dans un sourire qui voulait dire « ah, neev, t’es vraiment taré », je m’en suis allé boire, me passer un coup d’eau et faire une petite heure de vélo.
***
Tout à l’heure, je vais aller voir une comédie romantique italienne. Lotharie me l’a proposé, et comme cela fait longtemps que je n’ai pas vu de comédie romantique et qu’à chaque fois que c’est moi qui choisit un film, ledit film s’avère être une merde liquide en sorbet, je lui ai dit que j’étais partant. En plus, ça me permettra de me réconcilier avec l’Italie, que j’ai un peu dans le nez depuis quinze jours (rapport à - je ne pense pas en avoir parlé - un coup de boule d’une brêle de 34 ans qui réagit à des insultes que même un gamin de 14 laisse courir.)
Ca me permettra également de vérifier si je suis toujours en état de manque d’affection. Si je sors de la salle en larmes ou avec un sourire béat, c’est que oui-y-a-des-chances. Sinon, c’est que je suis redevenu ce solitaire guerrier légendaire, surpuissant et sans merci que je n’ai jamais été, du reste.
Et puis franchement, une femme : pourquoi faire ? Elles ne m’ont jamais compris et c’est à peu près réciproque. Et si c’est pour écouter des choses incompréhensibles par moi, j’aime autant écouter des interviews de Richard Virenque : lui au moins me fait marrer.
Prenons par exemple une mise en situation. Je suis au lit avec mademoiselle à mes côtés et, pour une raison qui m’échappe mais alors totalement, elle a décidé que j’étais un mec bien et que je l’excite (la drogue ou l’hystérie, probablement.) S’en suit le dialogue suivant :
Elle : Mmm... neev ?
Moi : Oui ?
Elle, lascive et lubrique : J’ai envie... mmm... ce soir j’ai envie de faire tout ce que tu veux, et entends-moi bien : absolument tout ce que tu veux...
Moi : Tu... t’es sérieuse ?
Elle : Oh oui...
Moi : Wow ! Je pourrais avoir des crêpes au nutella ?
Bon. Ne rigolez pas, je l’ai déjà fait. Vous voyez que je suis en décalage situationnel bilatéral, autrement dit avec mes propres envies mais surtout avec les siennes, mais je crevais d’envie de caser le mot « bilatéral » quelque part (ça m’excite.)
Suite à quoi, plusieurs cas d’école :
***CAS n°1 : La fille pas sûre d’elle.
Ce sont celles qui sont persuadées que vous vous foutez de leur gueule, quoi que vous disiez, quoi que vous fassiez, quoi que vous pensiez. Elles doutent de tout, mais surtout d’elles-mêmes, et évidemment passent leur vie à se trouver beaucoup trop grosses. Pour le cas n°1, la suite du dialogue précédent donnerait quelque chose comme :
Moi : Wow ! Je pourrais avoir des crêpes au nutella ?
Elle : Qu.. Quoi... Tu dis ça parce que je suis grosse c’est ça ? Je te plais pas, je le sais, t’as envie de vomir rien qu’à me regarder, je le vois bien, bouuuh, ma vie est fichue, tout est de la merde, et toi tu te moques de moi, tu me rabaisses, tu veux que je souffre, c’est ça ?
Il est toujours très tentant de répondre « oui. »
***CAS n°2 : La fille trop sûre d’elle.
C’est l’exact opposé du cas n°1. Suite du dialogue :
Moi : Wow ! Je pourrais avoir des crêpes au nutella ?
Elle : Tu dégages.
Moi : Heu... Je plaisantais.
Elle : Je veux pas le savoir. Tu sors de cette maison.
Moi : Heu mais c’est que je suis chez moi.
Elle : Tu dégages quand même.
Le genre castrateur, vous voyez ? Souvent séduisantes d’allure, mais qu’on ne désire pour rien au monde...
***CAS n°3 : La fille borderline.
Elle, c’est la tarée de service. Eprouvante, nerveusement. Suite du dialogue :
Moi : Wow ! Je pourrais avoir des crêpes au nutella ?
Elle, sanglotant : B.. Bouuuhhohuhohuhouuuuuuuu
Moi, la prenant dans mes bras : Mais, mais ne pleure pas, je plaisantais, c’était pour rire !
Elle, les yeux dégoulinant de haine : NE ME TOUCHE PAAAAAS !!! JE DÉTEEEEEEESTE !!!!
Moi, reculant : Oh, calme-toi ma chérie.
Elle, soudainement enamourée : Je t’aime...
Moi, rassuré : Approche...
Elle, re-haineuse : JE TE DÉTEEEEEEESTE RAAAAAH !!!
La folle, quoi.
***CAS n°4 : La rabat-joie
La pince-sans-rire par excellence, stricte, maniaque et psychorigide. Politiquement proche de Charles Pasqua. Suite du dialogue :
Moi : Wow ! Je pourrais avoir des crêpes au nutella ?
Elle : As-tu perdu le sens commun ?
Moi : Ben quoi ?
Elle : Tu es minable, lorsque tu te comportes ainsi. J’attends de toi davantage de contenance, neev.
Moi : Allons, ce n’était qu’une plaisanterie... Approche, plutôt...
Elle : Non. Cela commence par des plaisanteries, et on sait bien comment ça finit. Bientôt tu iras te rouler dans la fange en me racontant des blagues sur les blondes ou pire, des blagues de Carlos. Je ne laisserai pas notre couple sombrer dans la déchéance prolétarienne la plus crasse, tu es prévenu neev, il faudra te reprendre.
Moi : Pardon, Madame.
Elle : Bien. A propos, comptes-tu aller au colloque départemental des jeunes UMP ? Je t’y encourage vivement, la campagne approche et nous aurons besoin de tous le monde pour assurer la...
J’arrête là le dialogue, cette fille est vraiment trop chiante.
CAS n°5 : La femme de ma vie
C’est tout simplement celle qui rira à ma petite blague, fondra dans mes bras en me disant m’aimer, fera l’amour gentiment puis follement comme j’aime bien et, le lendemain matin, me laissera deux crêpes au nutella sur la table de chevet pendant mon sommeil.
Elle ne sera pas facile à trouver celle-là, mais si toutefois il est encore permis de rêver... pourquoi pas ?

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