Parrhas et Tamol
J’aime souffrir. Si, si.
Si, bordel.
Un de mes hobbies préférés est de me laisser pousser la barbe pendant trois semaines, puis un matin, suivant de préférence une de ces insomnies qui vous font multifrôler l’aliénation totale, de raser le tout à sec et à l’aide d’une lame aussi émoussée que Giscard et Zidane réunis. Et après m’être félicité d’avoir arraché le dernier poil avec son bulbe et de m’être taillé la gueule à soixante-quatorze reprises, je fouille dans la trousse à pharmacie avec un rire de maniaque, m’empare de la bouteille d’alcool à 90° et m’en badigeonne les plaies très lentement pendant cinq minutes. Ce faisant, je m’approche très près du miroir pour bien voir les vaisseaux sanguins de mes yeux exploser sous la douleur et voir naître les larmes.
Le grand philosophe en moi s’adresse alors à lui-même en déclarant un très solennel : « Sa mère. La pute. Le psy racontait pas de conneries : je dois vraiment me détester. Hou hou. Putain. »
Et le pire c’est que je crois que j’aime ça. Ha ! Fucking lunatic.
***
J’étais chez le dermatologue, l’autre jour. Non, pas à cause de mes conneries avec les rasoirs usagés, imbéciles. A cause de deux petits kystes de merde que j’ai sur le crâne et qui commencent à se voir (depuis six ans.) Au début je pensais qu’on me faisait cocu et que les cornes débutaient leur croissance, mais je me suis ensuite souvenu que je fais partie d’une famille de tarés congénitaux et que les kystes sont légion du côté de ma mère. Ca s’appelle le patrimoine génétique. Certaines familles ont des prédispositions athlétiques naturelles. D’autres ont une plastique parfaite sans rien faire pour. Nous, on a des kystes. (Note pour moi-même : penser à prévoir un accès de folie passagère pour pouvoir tuer les parents. Un matin, après la séance de rasage-tétanos par exemple.)
Je disais donc être allé chez le dermato. Ce fut une visite très enrichissante, d’abord humainement pour moi, mais aussi financièrement pour ce connard. Le type me reçoit, me demande ce qui m’arrive. Je lui explique pour les kystes, sur le crâne. Ce à quoi il me répond de me mettre à poil et de m’allonger. Je suis passé à ça de lui dire « Je viens de vous dire qu’ils sont situés sur mon crâne, abruti », mais j’ai pensé à temps qu’il voulait peut-être vérifier le reste. Il aurait juste pu me le signifier, ça aurait évité de frôler l’incident diplomatique.
Il me pose alors des questions tout en me caressant le corps. « Et merde, je suis tombé sur un forcené » me dis-je alors.
(Dialogues peut-être très légèrement approximatifs, mais le reste est exact)
Lui : Vous avez d’autres cas dans votre famille ?
Moi : Oui. Ma sœur est particulièrement grave. Mais comment savez-vous que je suis barré ? Je vous jure que je ne me suis pas tailladé en me rasant, ne me regardez pas comme ça. JE VOUS INTERDIS DE ME JUGER !!!
Lui : Je voulais parler des kystes.
Moi : Oh. Heu. Ouais, on en a tous au même endroit dans la famille.
Lui : Très bien. Vous faîtes quoi comme métier ?
Moi : Ah ben là je suis étudiant.
Lui : Vous étudiez quoi ?
Moi : Heu... (ndr : il est en train de me décalotter le sguègue.) Eco...nomie... je crois...
Lui : Ah, donc vous ne manipulez pas de produits dangereux, toxiques ou autre ?
Moi : Vous voulez dire hormis les rasoirs ?
Lui : Oui.
Moi : Non, alors.
Lui : Très bien. Retournez-vous.
Je m’allonge donc sur le ventre, et lui poursuit ses douces caresses.
Lui : Vous vous exposez souvent au soleil ?
Moi : Ha. Très sincèrement, j’ai toujours pensé que la bronzette était une activité fascisante pour décérébrés, le plus souvent émotionnellement borderline et si peu confiants en eux-mêmes qu’ils sont convaincus qu’un teint hâlé est susceptible d’amélio...
Lui : Oui ou non ?
Moi : Oh l’autre, hé. Nan.
Lui : Très bien. C’est pas plus mal.
Moi : C’est précisément ce que j’essayais de dire. Ce n’est pas en coupant la parole aux gens que vous vous ferez des amis, toubib.
Lui : Oooh... Vous en avez un vilain sur la cuisse droite, là. Un grain de beauté. Il est réactif en plus. Ouh lala celui-là il ne faut l’exposer sous aucun prétexte, vous m’entendez ?
Moi : Fort et clair, mais pourquoi, il se passe quoi si je l’expose au soleil ?
Lui : Il vous EXPLOSE A LA GUEULE, c’est compris ?! Et si vous ne mourrez pas dans le processus, il se transformera en mélanome malin - il s’agit d’une espèce de monstre subaquatique à tête de poulpe et à corps de cheval - et tentera de conquérir le monde par la sodomie. Tout ça à cause de vous. Avouez que ça craint.
Moi : La vache, ils ont de la gueule les messages de prévention pré-estivaux cette année. D’accord, c’est promis. MAIS QU...
Lui : Ne serrez pas les fesses. (ndr : Ce con m’écarte les miches pour regarder mon anus.)
Moi : Hé mais vous pourriez prévenir espèce de nazi !
Lui : Je vais faire comme si je n’avais rien entendu.
Moi : Pardonnez-moi, mais ça surprend !
Lui : Allons allons, oublions cela.
Moi : Bon.
Lui : ...
Moi : ...
Lui : Vous habitez chez vos parents ?
Moi : Ok, j’appelle la police.
Lorsqu’il eut achevé de me tripoter partout, le satyre s’intéressa à mes kystes pendant au moins trois nanosecondes. Remarquez je le comprends, le kyste doit être au dermato ce que la chatte est au gynéco : un terrain connu, déboisé et sans aucun exotisme. Il m’a ensuite expliqué qu’on pouvait les enlever. Je lui ai à mon tour expliqué que c’est un peu pour ça que je suis là, que j’ai beaucoup aimé le coup de la spéléologie anale de tout à l’heure mais que j’aimerais surtout être délesté de ces sacoches greffées sur ma tête.
Rendez-vous en septembre pour l’intervention. Cinquante-cinq euros pour me dire ça.
Fils de pute.

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