« Je suis Ozymandias, le Roi des Rois ! Contemple mon œuvre, O Tout Puissant, et désespère ! »
Mais ce qu’Ozymandias ne savait pas, c’est que son lointain descendant Ozyosborne ferait vingt fois mieux que lui et ses pyramides à la con. Et je ne parle même pas de son cent quarante-sept fois arrière-petit-fils Ozynedinezidane. Non sans rire : on se la racontait beaucoup, dans l’antiquité.
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Ce qu’il y a de fascinant avec mes parents, c’est qu’ils se comportent tant comme des enfants que j’en viens parfois à en oublier qu’ils sont adultes. Ils se sont de nouveaux rabibochés, au début du mois. Je ne sais d’ailleurs pas ce qui m’est le plus pénible : les voir se déchirer comme les chiens galeux qu’ils sont, ou les voir copains comme cochons à se faire des gentillesses et se bidonner ensemble alors qu’ils ont toutes les raisons du monde de vouloir s’entretuer, la première d’entre elles étant quarante ans de mariage. Quarante ans de mariage. Sérieusement : ça me fatigue rien que de l’écrire.
Jeudi, nous avons fêté l’anniversaire de mon père. Fêter est évidemment un bien grand mot quand on connaît le sens de l’événementiel dans ma famille, disons qu’il y avait un gâteau. Ah, et une bougie plantée dessus. Et trois personnes gênées par le gros chiffre inscrit sur le glaçage : 60.
Mon père a soixante ans. Ma mère les a eu il y a deux ans, alors j’ai eu le temps de me faire à l’idée que mes parents ne seront plus vraiment mes parents et que je ne serai plus vraiment leur enfant à mesure où le temps passera. L’idée m’est triste, mais je suis assez à l’aise avec. En revanche mon père encaisse très moyennement.
Pendant que nous mangions le gâteau devant le match Italie vs. République Tchèque, il m’a annoncé que le médecin lui avait « trouvé une saloperie, là à l’intérieur. » Il m’indique son abdomen. Inquiété par le ton inhabituellement grave, je lève les yeux vers les siens et pose ma petite cuillère dans mon assiette, comme pour m’apprêter à être fort.
« Une hernie », qu’il me dit.
J’ai eu du mal à ne pas exploser de rire. Il m’a dit ça d’un œil sombre, comme s’il était frappé d’un mal insidieux qui allait lui ronger les os. Puis j’ai pensé à son père, disparu alors que lui n’avait que onze ans. Il ne l’a jamais accepté complètement et je sais qu’aujourd’hui, à quelques jours de son départ en retraite, il y pense lui aussi. Je lui ai alors souri d’un de mes sourires sérieux dont je passé maître absolu le jour où Didier Deschamps a pris sa retraite, et lui ai offert d’une voix réconfortante un « Il faut surveiller ça, et tout ira bien. J’avais une amie qui en avait une jolie collection autour du nombril. » Ca a dû lui plaire de savoir qu’une jeunette souffrait des mêmes terribles maux que les siens, car il s’est de nouveau intéressé au match et à sa part de gâteau avec une satisfaction à peine dissimulée.
Le pauvre bougre a beau avoir bien des défauts, il n’en a pas moins quelques côtés bien attachants.
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Il y a quelque chose que je me dois absolument de vous montrer, je voulais le faire le mois dernier et j’ai oublié. Mais tout d’abord, quelques explications. Chaque année entre la dernière semaine du mois de mai et la première de celui de juin est organisé à Paris (ou plus exactement dans son immédiate périphérie sud-ouest) un grand tournoi de tennis, nommé « Roland Garros ».
Ah mais je suis con. Il faut d’abord que je vous explique ce qu’est le tennis.
Bon, le tennis est un sport. Et de part sa qualité de sport inventé par les Anglais, c’est un sport nécessairement stupide. La vérité est d’ailleurs encore plus cruelle : c’est le duc d’Orléans qui, pendant un séjour linguistique (ou un emprisonnement de vingt ans suite à la bataille d’Azincourt de 1415, je ne sais plus), importa le « jeu de paume », sport de raquette et de balle affligeant d’invention française. Quatre siècles plus tard, les Angliches l’adaptèrent pour être joué sur gazon et avec des balles de caoutchouc, ce dernier étant comme chacun sait le fruit d’empires coloniaux plus glorieux les uns que les autres. Du coup, ça tombait pile poil.
C’est ainsi que naquit ce sport de merde qu’est le tennis : d’une liaison illégitime entre les deux pires nations que la Terre ait jamais porté (hormis la Suisse bien entendu, mais ça ne compte pas puisque ce n’est même pas un vrai pays de toutes manières.)
Bien sûr, il a évolué. On le joue désormais non seulement sur gazon, mais aussi sur surface synthétique, sur ciment, sur terre battue. Certains ont même tenté d’en faire un sport de plage, mais chaque partie se transformait invariablement en pugilat car la balle ne rebondissait pas, ce qui énervait tout le monde et amputait la pratique de ce sport d’un intérêt déjà fort limité.
Le matériel également a beaucoup évolué. Il y a encore cent ans, le cordage des raquettes de tennis était fait à partir de boyaux de chat. Si, si, c’est vrai. Des boyaux de chat. Du moins jusqu’au jour où on est tombé à court de chats, après quoi on s’est dit qu’il fallait peut-être arrêter les conneries.
Aujourd’hui le sport est nettement plus propre, mais fort heureusement toujours pratiqué par des baltringues (je sais de quoi je parle, je l’ai pratiqué durant quatre ans.) Voilà pour l’historique.
Roland Garros, disais-je donc. Grand tournoi qui fait, et on se demande bien pourquoi, la fierté du microcosme tennistique français. Surface en terre battue, réputée pour ralentir le jeu à l’extrême, ce qui : 1/ favorise les gros bourrins, 2/ endort tout le monde (au sens propre, on voit régulièrement des gens écrasés par la chaleur et la nullité du spectacle proposé s’endormir dans le public.)
Tous les ans, un bourrin un peu plus bourrin que le bourrin de l’année précédente brandit, tout fier, un immonde trophée devant une assemblée de dix mille abrutis soulagés de deux ou trois cents euros et applaudissant timidement à la fin de chaque indigente phrase du discours du héros du jour, traduit bien entendu, car ledit héros n’est bien sûr jamais Français (il est d’ailleurs le plus souvent Espagnol, ce qui montre que même les plus glorieux villages font de très beaux idiots.)
Et j’en viens à mon propos. Cette mascarade dont chaque brique et chaque seconde pue la caillasse possède son logo. Une affiche officielle, pour être exact. Une différente pour chaque édition. Et depuis une quinzaine d’années, on demande à un artiste de l’élaborer. Cela donne - est censé donner - un côté hype et chic à l’événement. Pourquoi pas. Mais comprenez-moi bien, car c’est important : on paie, sûrement même très cher un type ou une gonzesse pour ce travail, ce qui est évidemment normal.
Ouais hein. Normal. Ouais ben, regardez ce que le génie de cette année a pondu :

Je vous jure que ce n’est pas une de mes photoshoperies. Un type a été payé pour faire ça, et pire : parmi la, j’imagine, dizaine de projets proposés par l’artiste, la Direction du tournoi a retenu celui-ci. Je ne sais pas à quoi les pognonés de la Porte d’Auteuil se piquent le matin, mais quelqu’un aurait pu leur dire qu’un gosse de 7 ans en fait très exactement autant, et de la main gauche avec ça. J’ai d’ailleurs au début cru que le logo avait fait l’objet d’un concours de dessin pour les enfants, alors je suis allé me renseigner. Eh bien non : le type s’appelle Günther Förg, il est connu en plus, dans le milieu. Il a donc dû ramasser un cachet relativement conséquent comparativement à l’effort fourni. Tant mieux pour lui, mais je connais un Jean-Kévin en classe de CE2 B de l’école Hervé Villard de Jouy-en-Josas qui doit être sacrement énervé de s’être fait piquer son concept de gribouillis über-arty par un type qui, en plus, s’appelle Günther.
Et après on s’étonne que les gamins tombent dans la délinquance.

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