Avens cryogènes
Il y a des mois que je n’ai traité qui que ce soit de nazi. Tant mieux, me direz-vous ? Ah, certes oui dans la mesure usuelle des choses, mais pour moi traiter quelqu’un de « nazi », et à fortiori de « putain de sale nazi de merde », c’est comme céder au rituel du petit déjeuner : ce n’est pas vital, mais ça aide à garder la patate. Et au-delà de cela, c’est aussi un peu mon devoir de mémoire personnel. Non pas des atrocités perpétrées par les fous führieux quelques décades en arrière, mais de ma propre profonde connerie congénitale. A chaque fois que je traite quelqu’un de nazi se rappelle à moi ma qualité de gros con, que je dois à mon père (ça et mes dents du bonheur.)
Cela faisait donc des mois que j’avais oublié, en dépit d’une certaine intransigeance dans mes efforts, que je suis un gigantesque connard. Des efforts, oui. Par exemple en janvier j’ai adhéré à l’UMP. Ce n’est pas en soi une bêtise mais c’en est une monumentale lorsqu’on n’est pas franchement de droite et elle aurait dû être suffisante pour me ramener à mon identité d’imbécile inconséquent, mais non. Mon Moi (ou mon Sur-Moi, ou peut-être même mon Super-Moi, je n’ai jamais rien compris à ces conneries de toutes manières) s’est contenté de mettre ça dans la case « idioties Mickaël Younesques de jeunesse », tuant de facto dans l’œuf mes remords éventuels.
Bref, des mois, disais-je.
...
Cela fait deux ou trois semaines que j’ai arrêté les médocs, le toubib m’y ayant (enfin) invité. L’ennui, c’est que ce n’était peut-être pas le *meilleur* moment pour arrêter. Et je ne peux m’en prendre qu’à une seule personne pour le coup. Bibi.
Je suis un con, je vous dis.
Cela fait des semaines entières que je dors par épisodes de deux heures et demi, trois heures. Je subis mon sommeil , anarchique, fractionné et étalé dans la journée. L’autre nuit, je me suis surpris à me féliciter parce que j’avais réussi à dormir quatre heures de suite. Vous imaginez le tour de force : quatre heures. Evidemment, je n’ai pas pu me rendormir.
La conséquence directe c’est que je suis perpétuellement plongé dans la torpeur : complètement lénifié, le garçon. Les paupières qui tirent, les épaules qui tombent... les paupières qui tombent, les épaules qui tirent. Le cerveau enfumé, la nuque plâtrée, les jambes ankylosées, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Quand je dors, je me fais massacrer la gueule en rêve, et au réveil, j’ai réellement l’impression d’avoir été roué de coups.
Mais ça ce n’est pas grave. Ce qui l’est davantage, pour moi, c’est que lorsque je suis fatigué, je suis particulièrement irritable. Et lorsque je suis irritable - c’est un de mes grands défauts - je suis, mais alors en toute rigueur, insupportable. Y compris pour moi-même. Je m’insupporte tout seul, quoi. Donc j’insupporte vite les autres, généralement en les phagocytant mentalement.
Hum. L’expression « phagocyter mentalement » est peut-être un peu compliquée à saisir pour vous autres, les sains d’esprit.
J’entends par là que, très progressivement, je perds pied et mon attitude envers les autres dévie. Exemple : hier mes parents discutaient tranquillement (autrement dit ils braillaient, comme tous les méditerranéens.) J’avance vers eux et je leur lance : « S’il vous plaît, vous ne pouvez pas plutôt discuter en espagnol ? » Mon père répond : « Mmm ? Pourquoi ? » Et moi de leur dire : « Comme ça je ne serais pas obligé de comprendre vos conneries. »
Bon évidemment, en voyant leurs mines déconfites je me suis vite rendu compte de ce que je venais de leur dire et je me suis platement excusé trois fois, mais quand bien même. Ce n’est vraiment pas le genre de choses que je dis en temps normal. Enfin si, tout le temps, mais pas sérieusement comme dans le cas présent.
Et des exemples j’en ai d’autres mais je me connais, si je me relis je risque de me balancer par la fenêtre de honte. Donc je vais les laisser dans ma poche.
Bref, voilà ce que j’entends par « phagocyter mentalement », je les use par un comportement exécrable, étrange, voire caractériel à tendance maniaco-dépressive avec des relents de violence ponctuée par des saluts hitlériens (c’est un TOC comme un autre. Mais là en l’occurrence, je plaisante.)
Heureusement que je ne suis pas toujours fatigué, dîtes.
J’aurais dû le lui dire, que ce n’était pas la meilleure période pour arrêter. Mais je n’avais pas envie de lui expliquer pourquoi. Bah ! Je le revois dans quinze jours, de toutes façons. Ca sera peut-être rentré dans l’ordre d’ici là. D’autant que ça a l’air de s’estomper progressivement.
J’espère juste que je vais cesser de solliciter ma bêtise en attendant.
Cela faisait donc des mois que j’avais oublié, en dépit d’une certaine intransigeance dans mes efforts, que je suis un gigantesque connard. Des efforts, oui. Par exemple en janvier j’ai adhéré à l’UMP. Ce n’est pas en soi une bêtise mais c’en est une monumentale lorsqu’on n’est pas franchement de droite et elle aurait dû être suffisante pour me ramener à mon identité d’imbécile inconséquent, mais non. Mon Moi (ou mon Sur-Moi, ou peut-être même mon Super-Moi, je n’ai jamais rien compris à ces conneries de toutes manières) s’est contenté de mettre ça dans la case « idioties Mickaël Younesques de jeunesse », tuant de facto dans l’œuf mes remords éventuels.
Bref, des mois, disais-je.
...
Cela fait deux ou trois semaines que j’ai arrêté les médocs, le toubib m’y ayant (enfin) invité. L’ennui, c’est que ce n’était peut-être pas le *meilleur* moment pour arrêter. Et je ne peux m’en prendre qu’à une seule personne pour le coup. Bibi.
Je suis un con, je vous dis.
Cela fait des semaines entières que je dors par épisodes de deux heures et demi, trois heures. Je subis mon sommeil , anarchique, fractionné et étalé dans la journée. L’autre nuit, je me suis surpris à me féliciter parce que j’avais réussi à dormir quatre heures de suite. Vous imaginez le tour de force : quatre heures. Evidemment, je n’ai pas pu me rendormir.
La conséquence directe c’est que je suis perpétuellement plongé dans la torpeur : complètement lénifié, le garçon. Les paupières qui tirent, les épaules qui tombent... les paupières qui tombent, les épaules qui tirent. Le cerveau enfumé, la nuque plâtrée, les jambes ankylosées, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Quand je dors, je me fais massacrer la gueule en rêve, et au réveil, j’ai réellement l’impression d’avoir été roué de coups.
Mais ça ce n’est pas grave. Ce qui l’est davantage, pour moi, c’est que lorsque je suis fatigué, je suis particulièrement irritable. Et lorsque je suis irritable - c’est un de mes grands défauts - je suis, mais alors en toute rigueur, insupportable. Y compris pour moi-même. Je m’insupporte tout seul, quoi. Donc j’insupporte vite les autres, généralement en les phagocytant mentalement.
Hum. L’expression « phagocyter mentalement » est peut-être un peu compliquée à saisir pour vous autres, les sains d’esprit.
J’entends par là que, très progressivement, je perds pied et mon attitude envers les autres dévie. Exemple : hier mes parents discutaient tranquillement (autrement dit ils braillaient, comme tous les méditerranéens.) J’avance vers eux et je leur lance : « S’il vous plaît, vous ne pouvez pas plutôt discuter en espagnol ? » Mon père répond : « Mmm ? Pourquoi ? » Et moi de leur dire : « Comme ça je ne serais pas obligé de comprendre vos conneries. »
Bon évidemment, en voyant leurs mines déconfites je me suis vite rendu compte de ce que je venais de leur dire et je me suis platement excusé trois fois, mais quand bien même. Ce n’est vraiment pas le genre de choses que je dis en temps normal. Enfin si, tout le temps, mais pas sérieusement comme dans le cas présent.
Et des exemples j’en ai d’autres mais je me connais, si je me relis je risque de me balancer par la fenêtre de honte. Donc je vais les laisser dans ma poche.
Bref, voilà ce que j’entends par « phagocyter mentalement », je les use par un comportement exécrable, étrange, voire caractériel à tendance maniaco-dépressive avec des relents de violence ponctuée par des saluts hitlériens (c’est un TOC comme un autre. Mais là en l’occurrence, je plaisante.)
Heureusement que je ne suis pas toujours fatigué, dîtes.
J’aurais dû le lui dire, que ce n’était pas la meilleure période pour arrêter. Mais je n’avais pas envie de lui expliquer pourquoi. Bah ! Je le revois dans quinze jours, de toutes façons. Ca sera peut-être rentré dans l’ordre d’ici là. D’autant que ça a l’air de s’estomper progressivement.
J’espère juste que je vais cesser de solliciter ma bêtise en attendant.

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