vendredi 24 février 2006

On a pas l’même maillot, mais on a la même passion ! (Ou pas.)

Encore pardon pour l’absence, mais le gouvernement m’a demandé de trouver une cure contre la grippe aviaire, alors j’ai été un peu occupé. Bon la mauvaise nouvelle est que j’ai fait chou blanc donc on va quand même tous crever (c’est con), mais la bonne nouvelle est que j’ai dans le même temps appris à faire les tartes aux pommes (c’est bon), ce qui, puisque nous ne pourrons bientôt plus manger de volaille, devrait me maintenir en vie jusqu’à ce que la si promise pandémie me fauche en pleine envolée lyrique.

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Il y avait des mois que je n’avais pas regardé la télévision. Mais, sacrifiant à une petite tradition datant de l’enfance, ce mois-ci j’ai regardé les JO. Un régal de chaque instant. Pas tant par (1) le spectacle offert, mais par (2) les commentaires offerts par (3) les journalistes grassement payés par (4) le Service Public. Non franchement, si l’argent de la redevance télé part (4 et demi) là-dedans, alors je ne comprends vraiment pas pourquoi les gens gueulent. Un petit revival s’impose.

[Compétition de hockey sur glace. Russie - Canada. Le spectacle offert est chiant au possible, ça joue presqu’aussi bien que lors d’un Troyes - Nancy footballistique. A un moment, un joueur Russe a la très riche idée de prendre 10 mètres d’élan et de venir cartonner dans le dos un joueur Canadien qui regardait ailleurs. Je peux comprendre : ça énerve vite, un Canadien, surtout s’il chante. Mais bon, merde, ce sont les Jeux Olympiques, tout de même... Réaction des commentateurs : ]

Commentateur 1 : Oh tiens. Le joueur Canadien reste au sol.

[En réalité il gît, complètement soufflé. Je ne sais pas trop comment il peut encore être conscient.]

Commentateur 2 : Il a l’air un peu sonné, effectivement. Revoyons le choc au ralenti.

[Sur le ralenti, on voit le Russe foncer sur le Canadien, le percuter de la hanche par derrière et se barrer vite fait en se désintéressant complètement de sa victime qui, après avoir été éjecté sur trois mètres, atterrit gueule la première sur la glace et a l’air de débuter une crise de spasmophilie.]
Commentateur 2 : Ah oui. Il y a une petite touchette régulière. Ca peut surprendre.
Commentateur 1 : Oui, la charge est tout à fait régulière, c’est la faute du joueur Canadien qui ne regardait pas où il allait, c’était à lui d’éviter le Russe.
Commentateur 2 : Indiscutablement, c’était...

[Deux coéquipiers emmènent le joueur Canadien hors de la glace, complètement prostré et ayant visiblement du mal à respirer convenablement.]

Commentateur 2 : ...un très beau geste du défenseur russe.


Je suis resté comme un con la bouche ouverte pendant quinze secondes.

Et il y a autre chose de fascinant avec ce sport : la propension des joueurs à cracher. Partout, tout le temps. Dès que la caméra s’arrête sur eux ils se démerdent pour vite lâcher sur la glace un immonde glaviot de la taille d’un astéroïde. Et ils patinent là-dessus, en plus. Remarquez, ça pourrait donner des dialogues rigolos entre nos deux commentateurs :

Commentateur 1 : Le joueur Canadien s’approche des buts adverses... Ooooh ! Quel tir surpuissant !
Commentateur 2 : Heu... Non, Michel, il vient juste de lâcher un mollard.
Commentateur 1 : Ah. Au temps pour moi, je débute en hockey.
Commentateur 2 : Aucun problème Michel, tout le monde fait la faute au début. C’est très courant.
Commentateur 1 : Merci Francis, un sport décidément très technique et très noble que France Télévisions a l’honneur et le privilège de vous proposer, amis téléspectateurs !

Mais ça encore, ce n’est rien. Le pire, et ce n’est pas nouveau, c’est lorsque les Français gagnent. Un exemple édifiant récemment avec l’équipe de France de biathlon qui a gagné heu, à l’heure à laquelle j’écris, quatre médailles, dont deux en or. Bon. Là-dessus, les commentateurs nous expliquent que « c’est un miracle compte tenu des seuls deux cents licenciés en biathlon » de ce pays. Et c’est vrai que le ratio est particulièrement éloquent.
Là où ça devient amusant, c’est quand l’information est relayée sur les autres chaînes. En effet, canal + nous sort en titre de son journal du soir « Et encore une médaille en biathlon pour la France, un perpétuel miracle lorsqu’on sait que ce sport ne compte que cent cinquante licenciés dans notre pays. »
Il faut croire que le passage de France Télé à Canal + a tué cinquante biathlètes Français, à moins qu’ils ne se soient mis au curling entre temps, je ne sais pas. Mais le pire fût le passage sur l’inénarrable TF1, un peu plus tard : « Splendide médaille de bronze aujourd’hui pour l’équipe de France de bi.. a... biathlon, sport méconnu qui ne compte qu’une poignée de licenciés en France... »
Là on touche à l’atroce : TF1 a génocidé la quasi-totalité des biathlètes Français. Je n’ai pas osé regarder le « six minutes » de M6 (si ça existe toujours ?), ils sont capables d’annoncer un nombre de licenciés négatif ces cons-là.

Oh et tant que je suis lancé dans le sujet, il y en a un qui a véritablement illuminé les ondes hertziennes de son génie pendant cette quinzaine olympique, c’est cet imbécile de Philippe Candeloro (un ex-patineur franchouillard pour ceux qui ne connaissent pas.) Ce type est sympathique et attachant comme seul un crétin fini sait l’être. Ainsi, a-t-il déclaré, après le magnifique passage d’une patineuse Japonaise (championne olympique, du reste) : « Bon bah elle, elle aura bien mérité son bol de riz ce soir ! » Le fils spirituel de Thierry Roland.

Et à propos de Thierry Roland (un commentateur footeux reconnu pour la surpuissance de son esprit ; il a notamment gratifié le téléspectateur d’un « il n’y a rien qui ressemble plus à un Coréen qu’un autre Coréen » après avoir confondu deux joueurs de l’équipe de Corée, enfin bref : le stéréotype du beauf Français), il y a bien une chose que j’adore dans les retransmissions de football, ce sont les questions auxquelles on doit répondre (par téléphone) pour gagner des cadeaux (généralement un petit paquet de pognon) pendant le match. Il y a dix ans, les questions étaient encore un peu pointues, ça donnait quelque chose du genre : « Passons à notre question Minitel, chers téléspectateurs. Ce soir, 10000 francs à gagner. Alors : quel était le score de la demi-finale 1958 opposant le Brésil à la France ? A/ 3-0, B/ 4-0, C/ 3-1, D/ 3-2 ? » Alors évidemment, à moins d’avoir en tête tous les scores de l’équipe de France depuis la création du football, on sèche vite devant une question comme ça. Du coup, peu de gens devaient appeler au numéro (bien surtaxé) pour tenter leur chance et donc, le jeu était peu rentable pour la chaîne. Mais ça a vite changé. Aujourd’hui, ces opérations existent toujours, mais ressemblent davantage à ceci : « Eeeet c’eeest l’heure de nooootre questioooon SMS, ce soir il y a 6000 euros à gagner et la question est assez facile ! La voici : qui la France a-t-elle battu en finale de la coupe du monde 1998 ? A/ Le Brésil ou B/ Lionel Jospin ? A vos téléphones ! »

Et la chaîne se fait des couilles en or massif. Et s’en cache à peine, en plus.

J’achève ici ma petite revue de télévision. Les JO s’achèvent, je peux sans regrets éteindre la boîte à conneries. En puis, plutôt que de regarder celles des autres, j’aime mieux me remettre à écrire les miennes.