Prière de ne pas déféquer
C’est ce qu’il y avait écrit sur une petite affichette scotchée dans la cabine d’ascenseur de mon immeuble, jusqu’il y a peu. Plus exactement, il y avait écrit : « Nous rappelons qu’il est interdit de déféquer et de cracher dans l’ascenseur. Il est également interdit d’utiliser la perceuse à 23h30. » Je trouve que le message manque un peu de percussion. Je veux dire, on s’adresse tout de même à des gens qui s’amusent à chier dans un ascenseur et à faire hurler les perceuses la nuit. Personnellement, j’aurais rédigé l’affichette comme suit : « Nous informons l’aimable co-propriété ainsi que ces crasseux de locataires que ceux qui se sont récemment oubliés dans la cabine d’ascenseur et qui percent des trous pendant que les gens normaux essaient de dormir sont activement recherchés et seront passés au lance-flammes juste après avoir été démembrés au shotgun. Bonne journée. »
Et dire que si ça se trouve je leur dis bonjour lorsque je les croise, alors que je les voudrais pour morts.
******
Désolé pour l’absence. J’ai d’abord eu des problèmes d’ordinateur, puis on m’a appelé pour aller faire du ski nautique avec Bjorgssen ©. Enfin j’étais très occupé, quoi.
Tout à l’heure j’étais à Carrouf, à la caisse. Devant moi, un quadra à la gueule usée par le temps et, au vu de son teint rubicond, l’abus d’alcool chronique. Le parfait look Gaulois, la moustache en moins. Si j’avais un idéal masculin, l’homme en serait le quasi-parfait opposé (l’opposé serait le même mais avec la moustache manquante.) En caisse, une petite jeunette se fait former par une autre petite jeunette. Elle passe les articles du type.
Elle, s’adressant à sa collègue, un ticket en main : Alors là je note la référence, c’est ça ?
Le type : Oui et votre numéro de téléphone !
Il est hilare, visiblement très fier de sa grande trouvaille. La nenette poursuit son travail, les yeux baissés et un sourire convenu affiché.
Le type : Oubliez pas votre adresse ! Ha !
Le con rit de plus belle. Ses dents sont jaunes et tachées comme la pleine lune.
Elle : 24.90 euros, monsieur.
L’autre commence à lui raconter sa vie. La fille n’ose trop rien dire, elle cherche le prochain client du regard, c’est-à-dire moi. Je lui lance un sourire en coin compatissant, puis je fronce les sourcils en m’adressant au gars :
Moi : Bon monsieur ça suffit, je suis pressé.
Lui, surpris : Qu.. ? Non mais ça va ho...
Moi : Circulez monsieur, vous ne voyez pas que vous vous embarrassez vous-même ? (ndr : depuis que j’ai lu cette réplique dans un Harry Potter, j’ai toujours rêvé de la ressortir. C’est fait.)
Et le type se barre sans demander son reste. La caissière me fait un gros sourire que j’interprète comme reconnaissant, sa collègue est pliée de rire. En me rendant la monnaie, la première poursuit son sourire et me remercie, toute guillerette et la poitrine en avant.
Neev, le super héros qui sauve les jeunes femmes des gros lourds en recyclant les vannes de J.K. Rowling. La classe internationale, moi je dis.
J’ai cependant un petit remord. Le type a dû se sentir plutôt humilié. Imaginez qu’il se soit jeté sous un bus, en sortant de Carrouf ? Ou pire, que poussé par la frustration et la haine, il soit parti chier dans un ascenseur ? Je crois bien que je ne me le pardonnerais jamais.
******
Je sais bien que j’ai dit ne plus jamais parler de mes couilles dorénavant, mais il faut bien que je fasse le point histoire de vous tenir un minimum au courant, étant donné que la presse ne daigne apparemment pas en parler. Bon.
J’ai une cicatrice en étoile. Entre chaque bras de l’étoile, il y a un pli. C’est ridicule. Je ne sais pas qui sera ma prochaine copine, mais si d’aventure elle me sort au lit : « Oh oui Sheriff, faîtes-moi grimper sur votre gros cheval », je lui mets un coup de coude dans la gueule.
Et vous vous souvenez que le chirurgien m’avait dit en avoir enlevé un morceau ? Je le soupçonnerais d’y être allé à la machette si l’opération n’avait pas été aussi propre : il m’en a enlevé près de la moitié. Maintenant que la bourse a repris formé normale (hormis le coup de l’étoile, là), ça se voit très nettement. Mais je ne me plains pas, j’aime mieux avoir une demie-couille saine qu’une grosse infectée.
L’âge fait de moi un philosophe aguerri. « Mieux vaut une demie-couille saine qu’une grosse infectée. » C’est le genre de phrases qui forcent le respect. Les jeunes : à retenir pour vos copies de philo.
Et dire que si ça se trouve je leur dis bonjour lorsque je les croise, alors que je les voudrais pour morts.
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Désolé pour l’absence. J’ai d’abord eu des problèmes d’ordinateur, puis on m’a appelé pour aller faire du ski nautique avec Bjorgssen ©. Enfin j’étais très occupé, quoi.
Tout à l’heure j’étais à Carrouf, à la caisse. Devant moi, un quadra à la gueule usée par le temps et, au vu de son teint rubicond, l’abus d’alcool chronique. Le parfait look Gaulois, la moustache en moins. Si j’avais un idéal masculin, l’homme en serait le quasi-parfait opposé (l’opposé serait le même mais avec la moustache manquante.) En caisse, une petite jeunette se fait former par une autre petite jeunette. Elle passe les articles du type.
Elle, s’adressant à sa collègue, un ticket en main : Alors là je note la référence, c’est ça ?
Le type : Oui et votre numéro de téléphone !
Il est hilare, visiblement très fier de sa grande trouvaille. La nenette poursuit son travail, les yeux baissés et un sourire convenu affiché.
Le type : Oubliez pas votre adresse ! Ha !
Le con rit de plus belle. Ses dents sont jaunes et tachées comme la pleine lune.
Elle : 24.90 euros, monsieur.
L’autre commence à lui raconter sa vie. La fille n’ose trop rien dire, elle cherche le prochain client du regard, c’est-à-dire moi. Je lui lance un sourire en coin compatissant, puis je fronce les sourcils en m’adressant au gars :
Moi : Bon monsieur ça suffit, je suis pressé.
Lui, surpris : Qu.. ? Non mais ça va ho...
Moi : Circulez monsieur, vous ne voyez pas que vous vous embarrassez vous-même ? (ndr : depuis que j’ai lu cette réplique dans un Harry Potter, j’ai toujours rêvé de la ressortir. C’est fait.)
Et le type se barre sans demander son reste. La caissière me fait un gros sourire que j’interprète comme reconnaissant, sa collègue est pliée de rire. En me rendant la monnaie, la première poursuit son sourire et me remercie, toute guillerette et la poitrine en avant.
Neev, le super héros qui sauve les jeunes femmes des gros lourds en recyclant les vannes de J.K. Rowling. La classe internationale, moi je dis.
J’ai cependant un petit remord. Le type a dû se sentir plutôt humilié. Imaginez qu’il se soit jeté sous un bus, en sortant de Carrouf ? Ou pire, que poussé par la frustration et la haine, il soit parti chier dans un ascenseur ? Je crois bien que je ne me le pardonnerais jamais.
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Je sais bien que j’ai dit ne plus jamais parler de mes couilles dorénavant, mais il faut bien que je fasse le point histoire de vous tenir un minimum au courant, étant donné que la presse ne daigne apparemment pas en parler. Bon.
J’ai une cicatrice en étoile. Entre chaque bras de l’étoile, il y a un pli. C’est ridicule. Je ne sais pas qui sera ma prochaine copine, mais si d’aventure elle me sort au lit : « Oh oui Sheriff, faîtes-moi grimper sur votre gros cheval », je lui mets un coup de coude dans la gueule.
Et vous vous souvenez que le chirurgien m’avait dit en avoir enlevé un morceau ? Je le soupçonnerais d’y être allé à la machette si l’opération n’avait pas été aussi propre : il m’en a enlevé près de la moitié. Maintenant que la bourse a repris formé normale (hormis le coup de l’étoile, là), ça se voit très nettement. Mais je ne me plains pas, j’aime mieux avoir une demie-couille saine qu’une grosse infectée.
L’âge fait de moi un philosophe aguerri. « Mieux vaut une demie-couille saine qu’une grosse infectée. » C’est le genre de phrases qui forcent le respect. Les jeunes : à retenir pour vos copies de philo.
