jeudi 27 octobre 2005

Cœur calciné

Pilonné de bombes incendiaires le temps d’un coup de fil. Dresde dans ma poitrine.
C’est Elle qui me quitte.

Je ne supportais plus la séparation, aussi ai-je amené le sujet sur le tapis. Je voulais, pour une fois, que l’on parle vrai. Eh bien j’ai été servi, j’ai même été régalé. « Tu ne me manques pas », « je ne pense pas t’aimer », « je ne me sens plus attirée physiquement » (cette dernière est la plus sympathique de toutes, je trouve.) Il y a un mois elle voulait que l’on se laisse une chance, et aujourd’hui ce n’est plus d’actualité. J’ai pris sur moi pendant six semaines, le temps pour elle de se concentrer exclusivement sur son travail. Je ne l’ai pas sollicitée, je ne l’ai pas emmerdée pour la voir alors que moi-même, comme vous le savez, je n’allais pas bien. Soit.
Les six semaines passées, son diplôme en poche et moi tout heureux pour elle, je lui propose que l’on se retrouve enfin. Mais non, trop dangereux, je suis peut-être contagieux ! Soit.
Dix jours passent, les contacts téléphoniques sont comme d’habitude très agréables (si l’on fait abstraction de l’impression de quarantaine), je lui reparle de cette chance que nous devions nous laisser. Et me fait - à moitié en larmes - part de ses réticences (vous savez, les gentillesses citées plus haut.)

Elle veut bien laisser une chance, mais elle n’y croit plus, elle n’y est plus. Je ne suis pas celui qui lui faut. Ouais. Je ne sais pas combien de temps la Providence a décidé de me rouler dans la merde, mais ça commence à faire long.

Huit semaines qu’on m’enchaîne les coups de poing dans la gueule. J’ai calculé : sachant qu’en boxe un round dure trois minutes et qu’on accorde une minute de repos entre chaque round, huit semaines couvrent 20.000 rounds. Alors juste au cas où le Destin lirait mon journal : Hé connard, y a pas marqué Apollo Creed, ici.

Je n’en veux pas à Elle, elle n’est pas maîtresse de ses sentiments et elle m’avait prévenu dès le début que cela foirerait probablement. Et puis ne vous y trompez pas, c’est quelqu’un d’adorable (plus haut, je n’ai parlé que de ce qui m’affecte, elle vaut cent fois mieux.) Non, ce qui m’enrage c’est l’acharnement de ces deux derniers mois. L’accumulation.

Alors oui, si vous me le demandez, j’aimerais récupérer Elle. Tout comme j’aimerais récupérer mes testicules, ma fertilité, mon œil droit, la confiance en l’avenir. Et en moi, un peu. Mais je ne récupérerai rien. Dans cinq ou dix ans, une conne qui prétendra m’aimer voudra un enfant de moi. Et elle me jettera quand elle verra que j’en ai plus la faculté. Comme si ce n’était pas suffisamment douloureux pour moi, il faudra qu’elle en rajoute en y allant de sa très grande connerie congénitale. « Non mais tu comprends neev, je t’aime mais il faut que je pense à moi, à ma vie de femme. Il me faut un homme normal pour m’épanouir hein dis, tu comprends ? Si je n’ai pas d’enfant biologique je ne pourrai pas m’empêcher de me considérer comme une sous-merde. Quoi ? Mais non tu n’es pas une sous-merde neev, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Tu sais bien que je t’aime, c’est justement pour ça que je te quitte. »

Salope, tiens.

J’ai l’air d’avoir la haine et d’en vouloir à la Terre entière là, comme ça. Mais non. Il est simplement 3h47, j’aimerais vraiment dormir et évidemment, j’en suis incapable.
Ca irrite un peu.

lundi 24 octobre 2005

La France aux Français !

Nan, j’déconne.

Pourquoi cette accroche volontairement provocatrice ? Eh bien parce qu’en bon citoyen Français, j’ai pris l’initiative de renouveler ma carte d’identité française. Initiative certes tardive - il y a plus de 4 ans que ma carte est périmée - mais initiative quand même.
Le problème, car sur Déneevrance il y a nécessairement un problème, c’est que l’Etat français fait le distinguo à peine vexant entre « bon citoyen Français » et « (présumé) bon citoyen Français mais fils d’immigrés. » L’appartenance à la seconde catégorie m’a valu le dialogue suivant :

Dans les locaux des flics municipaux, vendredi. Je patiente gentiment sur ma chaise (comme un bon citoyen respectueux de l’ordre), mon regard se balade autour de moi. Au bureau devant moi, un jeune couple. Un grand type du genre rugbyman ou lanceur de disque, accoudé au comptoir (vous avez remarqué cette manie de foutre des comptoirs partout dans les administrations ?) et avec deux grosses fesses rebondies moulées dans un pantalon de survêtement bon marché bleu, accompagné de sa compagne, une assez jolie femme qui elle aussi possède un large postérieur mais très avantageusement moulé dans un jean serré. Je vous laisse deviner lequel des deux arrières-trains me divertissait le plus durant l’attente.
La fliquette du comptoir adjacent m’arrache à mes rêveries :


Elle : Personne suivante, s’il vous plaît.
Moi, m’avançant vite avant que la connasse à côté de moi ne veuille me piquer la place : Bonjour ! Voilà, j’ai une CNI ancien modèle, je souhaiterais la faire renouveler et j...
Elle, gentiment : Voulez avoir la liste des pièces à fournir, pas de problème. Alors...

Elle fouille dans ses papiers.

Elle : Alors, vous êtes né en France ?
Moi : Je suis né en France, oui.
Elle : Vous êtes hébergé chez vos parents ?
Moi : Je vis chez mes parents, oui.
Elle : Ils sont nés en France.
Moi : En Espagne.
Elle : Ah, les deux ?
Moi : Les deux.
Elle, dans un sourire : D’accord, pardon pour les questions mais les pièces à produire ne sont pas les mêmes en fonction de votre situation.
Moi : Mais je comprends très bien.

Elle est très sympa mais a l’air un peu troublé. Je crois que je l’excite, sexuellement. Si.

Elle : Alors voilà, il vous faut un certificat de nationalité française (ou déclaration de nationalité française) délivré par le Tribunal d’Instance, la photocopie, un extrait d’acte de naissance récent avec filiation complète, l’ancienne CNI, la photocopie recto-verso, deux photos d’identités tête nue sur fond blanc à faire chez le photographe parce les Photomatons ça ne vaut rien, un justificatif de domicile récent au nom de l’hébergeur, la photocopie, un justificatif de domicile à votre nom, la photocopie, une attestation sur l’honneur sur papier libre au nom d’un de vos parents et qui dit que vous vivez chez eux, sa carte d’identité ou de séjour, la photocopie recto-verso et... euh ben je crois que c’est tout. Vous voyez, vous avez de quoi faire !
Moi, dans un rire : Effectivement.

Elle me donne une feuille qui liste les pièces à fournir joliment soulignées en vert fluo.

Elle : Une fois les pièces réunies, il faudra passer une épreuve pour montrer votre attachement à la France.
Moi : Pardon ?
Elle : Oui, c’est une nouvelle loi. Vous aurez à choisir une épreuve parmi les trois suivantes : 1/ Devenir champion Olympique de ce que vous voulez ou, 2/ adhérer à l’UMP ou, 3/ abattre un Anglais. Généralement les gens choisissent la 3eme épreuve, les deux premières étant franchement trop dures.

...

Bon d’accord ce n’est pas vrai, on s’est quittés sur la feuille peinturlurée en vert fluo, là. Vous n’êtes pas marrants.

Je suis parti de chez les flics en me demandant si je possédais toujours la déclaration de nationalité qu’on m’a donné quand je suis devenu Français. En arrivant chez moi et pendant que mon père cherchait de son côté dans ses papiers, j’ai regardé sur le web comment se procurer ce document auprès du Tribunal d’Instance.

Héhé. Il faut fournir - entre autres - une CNI valable. Celle-là, elle est très bonne. J’imagine d’ici le dialogue au tribunal :

Elle (ou Lui) : Il me faut un extrait d’acte de naissance avec filiation complète, ainsi que la carte d’identité.
Moi : Les voilà.
Elle : La carte d’identité n’est plus valable, monsieur.
Moi : Je sais bien, je suis en train de la faire renouveler.
Elle : Alors revenez lorsqu’elle le sera, je ne peux rien faire avec votre ancienne carte.
Moi : Oui non mais justement, pour la faire renouveler j’ai besoin du certificat de nationalité !
Elle : Je ne peux pas vous le délivrer sans carte d’identité valable. Votre carte est périmée, qu’est-ce qui me prouve que vous n’avez pas changé de nationalité entre temps, hein ? Hein ? Ha ha ! Tu fais moins ta maligne, connard !
Moi : Mm. Ca vous attendrirait si je vous montrais ce qui est arrivé à mon testicule gauche ? Hein, dîtes ?

Heureusement mon père a remis la main sur le foutu papelard. Ca m’évitera quelques nœuds au cerveau.

************

Des nœuds au cerveau, certains d’entre vous s’en font. Je suis en effet très heureux d’avoir déjà reçu quelques réponses à la grille de mots croisés ! Et je le suis davantage de constater qu’il n’y a pour le moment aucun sans faute ! Mais pas mal de 1 ou 2 fautes, donc bravo.

J’ai fait une deuxième grille pour ceux qui ont fini la première et qui s’emmerdent dans les transports. Je la trouve plus dure que la première, mais on me dit le contraire, alors... à vous de voir :



Amusez-vous bien.

jeudi 20 octobre 2005

Dialogues

J’ai souvent des dialogues matinaux avec mon téléphone portable :

Lui : Bip tchin tchack, Tululut, tululuuut...
Moi : Mmm..mpff.
Lui : ...lululut tululuuuut, pim pam...
Moi : Haaannn.. ta gueul’..
Lui : TALALAAAA LALALAAAA, PIM PAM !
Moi : Faich’.

Note pour moi-même : penser à changer de sonnerie de portable sous peine de bientôt devoir racheter un portable.

*********

J’ai souvent des dialogues édifiants avec mon pôpa :

Paris, Gare du Nord, quai du RER B.

Lui : ... parce qu’avant je prenais le RER ici pour aller au travail (NDR : c’est la 25e fois qu’il me le dit.) Maintenant je préfère prendre la ligne 13, à Haussmann...
Moi : Mmm...
Lui : ...
Moi : ...
Lui : ... y a moins de noirs, quoi.

Plus, tard dans le train, une femme distribue des petits papiers sur lesquels elle demande l’aumône.

Lui : Hé bah. Quel beau travail. Alors que si ça se trouve elle roule en Mercedes.
Moi : Et si ça se trouve, non. On ne sait pas.
Lui : Ca devrait être interdit. D’ailleurs ça l’est, si un flic passe il la chope.
Moi : ...
Lui : Y a du laisser-aller chez ces gens là, c’est pas facile de trouver du travail mais quand même, moi j’en ai retrouvé à 55 ans et sans diplôme. (NDR : avec trois ans d’Assedic, une conjointe qui travaille et 30 ans d’expérience, c’est plus facile.)
Et enfin, dans la gare au retour :

Moi : Le train est à 12h19.
Lui : Beuh ? Comment ça se fait ? Il devrait être à 14 normalement ! 19 c’est le week-end ! Beuh. C’est bizarre, ça. Y a une erreur là, c’est pas possible. Normalement c’est 14, 29, 44 et 59. Et le week-end 19 et 49.
Moi : Et le numéro complémentaire, le 32.
Lui : Hein ?
Moi : Nan rien. Allons-y, quai 51.
Lui : Oui, il arrive toujours quai 51. Parfois 52, mais c’est rare.
Moi : Bon sang.

Note pour moi-même : penser à changer de père sous peine de bientôt faire une veuve.

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J’ai souvent des dialogues qui font mal au cœur, avec ma mère :

Il y a 7 semaines, lorsque l’infection urinaire me faisait pisser du sang. Traduction entre parenthèses.

Elle : Tou as voumi ? Ca va ? (Tu as vomi ? Ca va ?)
Moi : Oui, ne t’inquiètes pas. Je n’avais jamais vu du sang sortir de mes mictions, et puis la couleur marron-verte, l’odeur nauséabonde... Je me suis senti mal et choqué sur le moment, c’est tout. Ca va.
Elle : Oh. Non mais noun’ t’inquiété pas cé pas dou san’, cé dou calcairé. (Non mais ne t’inquiètes pas ce n’est pas du sang, c’est du calcaire.)
Moi : Du calcaire. Dans les urines.
Elle : Oui, noun’ t’inquiété pas. Ché lé vou moi à la télé. (Oui, ne t’inquiètes pas. Je l’ai vu moi, à la télé.)
Moi : A la télé. Du calcaire. Dans les urines.

A quelques jours de l’anniversaire de Tonio, mon neveu.

Elle : Tiens, mets un mot pour Tonio sour la carta. (Tiens, mets un mot pour Tonio, sur la carte.)
Moi : Ah, cool !
Le lendemain...
Elle : Neev, tiens. Mé oun’ mot, pour Tonio. (Mets un mot, pour Tonio.)
Moi : Euh, maman... On l’a fait hier...
Elle : Ché sé. Ché oublié dé mettré l’adresse y lé timbre en mettan’ l’autra dan’ la boîte. (Je sais, j’ai oublié de mettre l’adresse et le timbre en mettant l’autre dans la boîte.)

Note pour moi-même : très vite accepter la lente dégénérescence mentale et physique des parents. On ne lutte pas contre les années qui s’enfuient sans retour.

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Les dialogues sont pour moi des fenêtres ouvertes sur la cour intérieure de l’interlocuteur. Une cour qui reflèterait un bout du Moi de l’individu. Et par ces fenêtres, on devine tantôt un dallage accidenté et vainement enjolivé par quelques géraniums maladroitement entretenus, tantôt un splendide bronze briqué à en crever et se voulant être l’admiration de tous... mais posé sur un tréteau très précaire et menaçant de lâcher à tout moment. On y voit parfois un capharnaüm apocalyptique transpirant la désolation. On y voit parfois des couleurs qui flashent dans un ensemble incohérent et vide de sens. Mais à chaque fois, une petite cour intérieur.

Et ça peut faire mal, de regarder dans la petite cour des gens.

lundi 17 octobre 2005

Heu, j’attends mon extrême-onction, les gars.

Je m’en doutais un peu, mais étant aussi doué en anatomie qu’en bilboquet, j’ai préféré attendre confirmation d’un docteur pour le dire : vendredi, le chirurgien m’a retiré un bout de testicule totalement infecté, ce qui explique le trou que j’ai dans la couille gauche. Il s’agissait d’un abcès testiculaire, pas scrotal.

Je vous laisse digérer votre déjeuner avant de poursuivre.

** Interlude. Votre programme reprendra dans un instant. **

Le farfadet.

Le farfadet est un lutin généralement considéré comme démoniaque et ayant l’esprit follet. Vivant dans la forêt, il vit essentiellement de la culture du champignon, tant pour se nourrir que pour le négoce. Cependant, la constante croissance du commerce illégal de champignons hallucinogènes - pourtant sévèrement réprimé par les autorités farfadettes - pousse la République de Farfade (la nation des farfadets) à diversifier son économie depuis quelques années.

Aussi n’est-il pas rare de nos jours de retrouver des farfadets dans tous les secteurs socio-économiques, en République de Farfade comme à l’étranger. Très performants en Europe et plus particulièrement en France, ils ont d’ores et déjà percé dans l’industrie de la musique :

Le 2eme en partant de la droite en est.
Le 2eme en partant de la droite en est.


... mais également en politique :

Un célèbre farfadet (à droite) assis aux côtés d’un humain de taille normale.
Un célèbre farfadet (à droite) assis aux côtés d’un humain de taille normale.


... ou encore dans le terrorisme :

Vincent Delerm (également appelé
Vincent Delerm (également appelé "Darth Vader" ou "Lord Voldemort")



Etymologiquement, le terme « farfadet » vient de l’anglais « far » (loin) et « to fade » (s’évanouir, disparaître.) Les farfadets ont en effet la faculté de disparaître instantanément lorsque les soupçons se posent sur eux, et de courir très loin et très longtemps sans ravitaillement, à l’instar des chameaux dont ils sont génétiquement très proches :

La différenciation des espèces, de la création à nos jours.
La différenciation des espèces, de la création à nos jours.


Aux termes « far » et « fade » les farfadets ont ajouté un « t » à la fin, parce qu’ils trouvaient ça classe. Longtemps, l’Académie Linguistique Farfardette s’est déchirée sur le sujet : la moitié était partisane du « t » tandis que l’autre soutenait le « x. » Au bout de cinquante ans d’âpres négociations - durant lesquelles les farfadets étaient d’ailleurs appelés « farfadexts » - un consensus fût trouvé : personne ne discutant le fait que « farfadex » faisait un peu trop nom de médicament dégueulasse, le « t » fût adopté par défaut.

Aujourd’hui, le Larousse (dictionnaire humain) attribue l’origine du mot au provençal « fadet », mais les scientifiques du monde entier émettent de sérieuses réserves sur cette théorie, la plupart allant même jusqu’à dire que « c’est des conneries » et que « c’est faire preuve d’un farouche racisme anti-farfadet que de leur attribuer une origine marseillaise. »

(Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les scientifiques. On peut leur faire confiance.)


****** Fin de l’interlude ******

Je reviens donc sur mon histoire de boule de bowling, là. C’était un peu plus méchant que prévu, le testicule était lui-même infecté et il a fallu retirer ce qui n’allait pas. En revanche, ça cicatrise bien et c’est propre.
Je l’ai relancé sur cette histoire de stérilité. Il m’a dit que quand tout serait fini je devrai faire un spermogramme (pour compter mon nombre de spermatozoïdes) et qu’en attendant je pouvais toujours chercher des trèfles à quatre feuilles et m’attacher des pattes de lapin autour du cou, parce qu’on ne peut rien faire d’autre. Je suis ravi.
Enfin, concernant le test cutané à la tuberculine, il m’a confirmé qu’il était très légèrement positif et donc pas concluant. On attend les résultats des analyses diverses pour pouvoir se prononcer.

Plus tard, j’ai Elle au téléphone. Je suis toujours heureux de lui parler, ça me donne le sourire. Elle m’a dit préférer ne pas me voir tant que ma non-contagion ne sera pas établie (elle a, je l’avais oublié, un douloureux antécédent dans sa famille et a raison d’être prudente.) Ca m’a vraiment porté coup au moral.
J’ai de l’enthousiasme à revendre en ce moment, j’ai toutes les raisons de déprimer et je ne le fais pourtant pas ; je suis souriant et me sens bien, malgré ce puits sans fond de merde dans lequel je barbote gentiment. Mais cet acharnement commence sérieusement à me peser. Je commence à donner dans le mysticisme en me demandant ce que j’ai pu bien faire pour morfler comme ça. Je me console alors en me disant que même stérile, avec un bout de couille en moins, tuberculeux, dépressif et atteint de névrite optique, je serais mieux loti que le gosse de dix ans qui crève d’une leucémie.

Et en m’oubliant dans des histoires de farfadets.

PS : Et je vous ordonne de faire ma putain de grille de mots croisés.

dimanche 16 octobre 2005

Post - couic & schlack

*Toussotements* Hem. Bonsoir.

Avant de raconter ma vie de baltringue comme d’habitude, je veux vous proposer un jeu-concours. Avec un cadeau à gagner. Si si.
Ce soir, je vous propose et vous fait l’immense honneur de gagner un... T-SHIRT DENEEVRANCE !!! ©

(Joie !)

Eh oui, je ne me fous pas de vos gueules. Je vais vraiment faire gagner à l’un d’entre vous un... T-SHIRT DENEEVRANCE !!! © Et attention le... T-SHIRT DENEEVRANCE !!! © est disponible en quatre tailles, de S à XL. Pas en dessous de S parce que je n’aime pas les enfants [1] et pas au-dessus de XL parce que je n’aime pas les gros [2]. Et vous allez me dire : « oui mais neev, les enfants en surpoids taillent souvent du M ou du L, alors ça marche pas ton truc. » Et vous aurez parfaitement raison. Ca prouve bien que le système est pourri, et qu’il y a un grand complot contre moi, et que fuck the society. Un peu.

Quand même.

Vous pourrez également me dire : « Hé neev, regarde j’ai gagné à ton jeu, c’est trop chouette, mais j’en veux pas de ton T-shirt de merde. » Ce à quoi je vous répondrais, certes un brin vexé mais néanmoins bon prince : « Ce n’est pas grave, l’ami(e) ! Si tu ne goûtes pas à la splendeur semi-divine du... T-SHIRT ® DENEEVRANCE !!! ©, tu pourras demander un... TAPIS DE SOURIS ® DENEEVRANCE !!! © Deneevrance.com Limited, ou un... VERRE ® OPALE ®® DENEEVRANCE !!! © Deneevrance.com Limited (Deneevrance is a Trademark of Neev & Co, Inc. ©), ou encore un... MUG ® DENEEVRANCE !!! © Deneevrance.com Limited (Deneevrance is a Trademark of Neev & Co, Inc. ©. Copyright © 2005 Neev & Co, Inc ©. All rights reserved. T-SHIRT ® DENEEVRANCE !!! ©, TAPIS DE SOURIS ® DENEEVRANCE !!! ©, VERRE ® OPALE ®® DENEEVRANCE !!! © and MUG ® DENEEVRANCE !!! © are properties of Deneevrance.com. All products are made in Germany. Germany is a country. In Europe. )

(©)

Voilà, malgré les quelques mentions légales un peu envahissantes vous l’aurez tous compris : kado à gagner (pour de vrai.) Mais il n’y aura qu’un seul gagnant, y a pas marqué Crésus, ici. Vous avez jusqu’au 15 novembre minuit GMT pour m’envoyer votre réponse au jeu par email. Une seule réponse par joueur, alors prenez votre temps. Ce n’est pas un jeu de rapidité. Les ex-aequo seront départagés par des questions subsidiaires très pointues : combien de centimètres ma bite mesure t-elle, ce genre de choses.

Maintenant, place au jeu ! Et comme je suis un garçon plein d’originalité et qui donne beaucoup dans l’avant-garde, je vous ai préparé un jeu au concept parfaitement inédit... une GRILLE DE MOTS CROISÉS !!! © (ah ben non merde, y a un copyright dessus ! quelqu’un a dû avoir l’idée avant moi.) La voici :



Voilà, démerdez-vous. Je ne veux aucune erreur, sinon, pas de cadeau. Ah et puis jouez. Je ne me suis pas emmerdé pendant des heures à pondre ce truc pour des prunes. Vous allez jouer ou je vous tue tous un par un. Et je suis très sérieux (© Charles Manson, Inc.)

************

Voilà, maintenant on passe au côté intime du journal, au côté « c’est tellement intime ce que je raconte que je vous trace même les turpitudes de mes bourses, d’ailleurs à ce sujet McCarthy vous embrasse. »

Je suis donc entré à la clinique de Chanteroi hier (vendredi 14) à 7h45. Je le sais parce que dans le hall d’attente il y a une horloge très énervante qui fait tic-tac. Je monte dans ma chambre à 8h10, on m’informe qu’on va venir me raser les parties avant l’opération. Je m’en doutais un peu, aussi ai-je pris soin de le faire au préalable (ça s’appelle le respect de l’infirmière, vous ne pouvez pas comprendre.) Mon père est gentiment resté avec moi dans la chambre jusqu’à ce moment. L’attente a duré deux heures et nous n’avions rien à nous dire. Il était visiblement plus stressé que moi et pas mécontent de laisser place à l’infirmière venue me débarrasser de mes poils. Et là, première surprise. C’est un type.

Et moi qui étais tout fier de pouvoir montrer mon travail à une madame qui m’aurait dit « Oooh, c’est chouette ce que vous avez fait monsieur, ah si tous les patients étaient comme vous, on aurait la vie plus facile... mais ce n’est pas une raison pour vous approcher comme ça, vous me faîtes peur avec vos couilles bizarres, là. Voilà c’est ça, dégagez, merci. » Eh ben non. C’est un type. Certes il est un peu efféminé, mais c’est un type. C’est nul. Y a UN infirmier dans tout le personnel et c’est moi qui me le traîne. Bon, pas grave. Il installe du papier sur le lit, m’invite à me foutre à poil et à m’allonger. J’obtempère, il jette un œil sur mon paquet, et fait « Ah ? Vous avez rasé ? Ah, c’est bien ça. » Moi, j’avais envie de lui répondre « Ouais bah c’est pas une raison pour vous approcher comme ça, vous me faîtes peur avec vos yeux bizarres, là. Voilà c’est ça, dégagez, merci. » Il poursuit : « Bon, on va quand même raser tout autour. » Sur ces saintes paroles, il s’empare d’une tondeuse et entame de défricher tout ce que la puberté m’a offert. Mon regard se pose sur l’arbre subissant les assauts de l’automne, dehors. « Pauvres de nous, » lui dis-je par pensée. « Tous deux dépouillés de nos fards par l’adversité. »
Je suis très poète lorsque qu’on me touche les couilles.

L’infirmier est par moments contraint, pour œuvrer, de me tenir le sexe. L’homme a des doigts chauds et délicats comme ceux d’une femme. « Oh. Merde. Non, » pensé-je à mesure que je sens le sang commencer à affluer dans mon vît. Je n’ose regarder, je m’efforce de penser à autre chose : « Heu, vite un truc... Les pays d’Europe ! Alors, y a le Danemark, capitale : Copenhague. C’est bien ça, le Danemark, y a la petite sirène à la con là, et puis.. et puis y a plein d’éoliennes... bon, et ensuite y a la Suède, capitale : Stockholm. Ah, c’est drôlement chouette la Suède. Y a les Volvo, y a les Sué... Suédoises... non NON pas les Suédoises, j’ai rien dit, putain bande pas par pitié, NE BANDE PAS. »

Je n’ai pas bandé. Ca ne m’avait jamais autant fait plaisir de ne pas bander, dis donc.

L’infirmier est reparti avec mes poils - sans doute pour se tricoter une écharpe ? - et m’a laissé seul. J’ai peu dormi la nuit dernière, je tombe de fatigue. Je tente une sieste, sans succès. Pas étonnant : si quelqu’un avait un jour réussi l’exploit de s’endormir sur un lit d’hôpital, ça se saurait. Je reste allongé, tantôt les yeux dans le vague, tantôt plongé dans une grille de mots fléchés. Deux heures passent, il est 11h30 et un autre infirmier arrive, un brancard l’accompagnant. C’est parti.

Nous descendons au bloc, je poireaute encore 20 minutes. Il caille. A côté de moi, un autre type sur son brancard. Il interpelle une infirmière et lui dit qu’il croît qu’il va se pisser dessus, invoquant les chocottes. Ca m’a poussé à parfaire de me détendre. L’intervention ne me fait pas peur, c’est plutôt l’anesthésie que je redoute un peu. Je m’allonge complètement sur le dos, ferme les yeux et respire lentement en me concentrant sur mon abdomen. Ca m’aide très souvent à rester bien détendu. Plusieurs fois, le personnel me demande si ça va. Et invariablement, je réponds « ça va, je suis calme. » C’est vrai quoi, ce n’est qu’une petite opération superficielle, pas de quoi se donner des nœuds à l’estomac.

Le chirurgien que j’ai vu lundi dernier se pointe, me salue, on parle de mes résultats d’analyses et échographies de la semaine, de mon test cutané (pas vraiment positif, donc bonne nouvelle.) Il m’informe qu’il va me prescrire des soins à domicile pour la suite (encore heureux) et me donner les dates de nos prochaines consultations. Aussi m’informe-t-il que je trouverais tout cela dans mon dossier, à mon réveil. Là-dessus, il tourne les talons. Dix secondes passent. Je fronce les sourcils. Il a bien dit « à votre réveil ? » Ouh... mais je ne savais pas qu’ils comptaient m’endormir ces cons-là. Deuxième surprise.

On m’amène au bloc. On attend l’anesthésiste. Ce connard daigne finalement se pointer, me demande si je suis à jeun et si j’ai des allergies. Je réponds successivement oui (connard, ça doit faire 15 ou 16 heures que j’ai faim et soif : je dois être à jeun, oui) et non (connard, mais si tu continues de rester près de moi ça pourrait venir très vite.) Le toubib lui lance « Doucement cette fois sur la dose, c’est une intervention rapide hein ? » L’autre lui répond à peine un « ouais ouais », sans un regard. Je reste cool. Je n’ai pas tellement le choix en même temps.

12h10. Il emprunte mon bras, me pique. Je sens le liquide couler dans la veine. Ca monte le long de mon bras. C’est chaud et c’est désagréable : comme si ça brûlait légèrement la veine sur son passage. La seconde d’après, c’est dans l’épaule. Et celle d’après, au cœur. Je me sens partir, je ferme les yeux.

« Bonjour, vous êtes en salle de réveil. »
La petite voix a raison, je me réveille effectivement, groggy et un masque à oxygène sur le visage. Je veux lever la tête. Impossible, elle pèse 300 kilos. Oh et j’ai une vive douleur à l’entrejambe... Je demande : « C’est fini ? » Une voix masculine dont je ne peux identifier la source me confirme, amusé : « Ah ah, ça oui, c’est fini. » Je ne sais pas exactement ce que j’ai dit de drôle, je suis de toutes façons trop HS pour saisir quelconque subtilité. Je continue : « Quelle heure est-il ? » La petite voix douce de tout à l’heure me répond qu’il est 12h50. Je n’ai dormi qu’une grosse demi-heure, ça va.

Une minute passe et je peux lever la tête doucement. Tout autour de moi, plein de cadavres. C’est du moins l’idée que j’ai pendant une seconde, juste le temps de me rendre compte que ces gens sont destinés à se réveiller bientôt, comme moi. « Salle de réveil. C’est ça le concept, neev » me dis-je. Au bout d’une heure de prises de tensions, d’antalgiques etc., on me remonte dans ma chambre. Je m’installe à poil sur mon lit, avec juste ma blouse de patient sur les parties. Il fait chaud, pour une mi-octobre.

Mon père débarque vers 14h20. Je vais la faire courte : il a fait un malaise pendant deux heures. Il a une sorte de phobie du sang des autres, de la souffrance physique des autres, de l’hôpital, des appareils médicaux, bref : tout ce champ lexical-là colle à sa phobie. L’après-midi a été un calvaire pour lui, jusqu’à ce qu’on puisse partir enfin. J’avais de la peine pour lui, je connais bien les angoisses alors je me mets facilement à sa place. Aussi, ça me faisait chier qu’il se mette dans cet état à cause de moi. Je n’ai eu cesse d’essayer d’embrayer sur tout autre chose ou de lui dire d’aller dehors faire un petit tour, qu’il faisait bon dehors... Pauvre vieux, il est attachant et bon gars par certains côtés et totalement imbuvable par quelques autres.

Avant de partir, un chocolat, des biscottes (j’adore les biscottes), du beurre, de la confiture et un sucre me sont offerts. Je lance à mon père qui trop anxieux n’a pas déjeuné : « Si tu veux manger, c’est maintenant. Non ? Sûr ? Prend quand même le sucre, ça ne peut que te faire du bien. » Je sais bien que le sucre lui-même ne ferait rien du tout dans l’instant, mais en revanche l’effet placebo lui... rien que le fait de pouvoir se dire « ouf ! Ca y est je suis sauvé, j’ai un sucre. Tout va bien » lui a redonné des couleurs en trois minutes. Je ne connais ça que trop bien. Vraiment, je me suis senti proche de lui à cet instant. Pour une fois.

Le lendemain matin, première visite de l’infirmière chez moi. Troisième surprise. Une jolie blonde moulée dans un jean, des bottes aux pieds, la trentaine. Dans le salon, mon père a l’œil qui frise. Moi, je repense à l’épisode de la veille avec l’infirmier aux doigts habiles. « OK. Je vais gérer. Je n’aurai qu’à faire comme si on avait viré la Suède de l’Union Européenne. Aucun problème. D’ailleurs ils n’ont jamais été dans l’Union. C’est cool. Copenhague, Berlin... »

Bon allez, j’arrête ici l’effet comique, quand elle a enlevé le pansement placé la veille, j’étais tellement obnubilé par la plaie que j’ai dans le scrotum que même si j’avais eu ne serait-ce que l’ombre d’un quart de pensée dégueulasse, elle se serait évanouie dans la seconde. Je n’ai pas pu m’empêcher de dire :

neev : La vache. Heureusement que mon père ne voit pas ça.
Infirmière : Pourquoi ?
neev : Faudrait directement appeler une ambulance.
Infirmière : Mmm ? Pour vous ?
neev : Oh non, pour lui.

L’opération était de la gnognotte, mais le résultat est assez impressionnant. Une entaille d’un petit centimètre de profondeur dans le scrotum, bien rouge-chair. Mais aucune douleur. Mais alors aucune. J’ai pourtant une compresse de tulle gras *dans* la plaie, en contact quoi. Je devrais la sentir. Rien. Rien de douloureux en tout cas (je dis juste ça pour que les mecs qui me lisent se rassurent, j’en connais quelques uns qui doivent être évanouis depuis dix minutes.) Je n’ai pas été recousu pour que tout s’évacue correctement et que ça se referme naturellement. Pas plus mal.

Me voilà débarrassé un ami envahissant. La suite des aventures bientôt.

Ah et maintenant que cette entrée est finie... REMPLISSEZ MA GRILLE DE MOTS CROISÉS !!!

‘culés, tiens.

[1] Calmez-vous, je plaisante.

[2] Calmez-vous, là aussi je plaisante.

mercredi 12 octobre 2005

Pré- couic & schlack

Titre onomatopéique pour dire que je n’ai pas été opéré lundi, mais que je le serai demain. Cool. Il est temps d’en finir.

Retour en arrière, nous sommes lundi dernier. A la clinique, dans la salle d’attente, j’attends mon tour. Autour de moi, des gens qui ont pour la plupart des tronches de demeurés. A côté de moi, mon père.
Mon tour arrive. Nous entrons dans le cabinet du docteur, un chirurgien qui a été chef de clinique. Un gars réputé dans le coin, quoi. Il me pose des questions, m’ausculte. Je m’attends à ce qu’il me fasse l’opération pour laquelle je suis venu, mais non. Rien. Il me tripote, marmonne à voix haute. A un moment, il sort : « Ah mais l’épididyme droit est touché aussi. Ca vous fait mal, là ? » Ce con me pince le machin, évidemment que ça me fait mal, ça ferait mal à n’importe qui. Il ajoute : « Oui, c’est une épididymite en cimier de casque. »

Les gens très sûrs d’eux et catégoriques m’ont toujours énervé. Surtout lorsque je ne comprends rien à ce qu’ils racontent.

Son cabinet est, comme tous les cabinets du reste, divisé en deux : le bureau et la pièce d’auscultation. Il retourne dans la seconde en prenant à peine soin de refermer la porte coulissante que j’avais pudiquement fait glisser pour ne pas me retrouver la bite à l’air devant mon géniteur. De mon côté, la colère monte. Je reviens à mon tour et me rassois sur mon fauteuil. Une merde en cuir marron de quinze ans d’âge au moins, au ras du sol et donnant ainsi l’ascendant à l’interlocuteur. Heureusement que cette andouille n’est pas psy : il aurait du mal à boucler ses fins de mois.

Là, il nous annonce que sa puissante omniscience l’informe qu’en plus de l’orchi-épididymite du côté gauche (agrémenté de son joli abcès qui, soit dit en passant survivra très bien à la consultation alors que j’étais venu pour qu’on lui scalpe la gueule) j’ai, comme je vous le disais tout à l’heure, une épididymite en cimier de casque sur le côté droit. « OK », fais-je. Il enchaîne en me présentant une double préoccupation :

1/ « Votre épididymite bilatérale peut remettre en cause votre fertilité. » Mon cœur fait un bond, mais mon visage reste égal à ce qu’il était deux secondes auparavant : teinté de rouge, doté d’un œil noir et d’un sourcil menaçant. Dans ma vision périphérique, je sens mon père devenir pâle. S’en apercevant, le toubib enchaîne : « C’est une possibilité, c’est juste possible. »

2/ « La deuxième chose, c’est que le genre d’épididymite que vous présentez à droite est un des symptômes de la tuberculose. » Là, j’ai cru que j’allais lui faire rendre gorge sur son bureau. Il ajoute : « Je vais donc vous faire faire des tests et des analyses pour vérifier ça. D’accord ? » « Ouais, » réponds-je, « et en ce qui concerne l’abcès ? »

Rhihihi, pardon mais sa réponse est impayable, je reprends mon souffle.
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Il me répond : « Ah bah, va falloir inciser, hein. »
...
SANS BLAGUES, CONNARD ?!!

Plus tard, je sors de la clinique et mon humeur est massacrante. Mon père s’en rend compte et ne me saoule pas trop de ses grands discours moralisateurs. Tant mieux, car d’ordinaire il est très fort pour donner tort aux gens auxquels il arrive des emmerdes.

Je rentre chez moi, fou de rage et dépité à la fois. Dans la soirée, je me surprends à taper « adoption » dans google.

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Mardi. Debout à 7h pour aller rendre mon échantillon de jus de rein au laboratoire. Ils vont chercher des germes responsables de la tuberculose. J’espère qu’ils feront chou blanc.

Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, trop énervé. Et je n’ai pas le temps de faire une sieste, enfin, essayer d’en faire une : j’ai rendez-vous pour faire des échographies rénales et de mes désormais très célèbres testicules. Je vais d’ailleurs les baptiser : Staline pour la (couille) gauche, et McCarthy pour la droite. Bref.
Le radiologue auquel j’ai affaire est patibulaire, mais fait bien son boulot. Il farfouille partout et scrute le bousin sous tous les angles. Il est plutôt rassurant au sujet de l’épididyme droit, s’il est vrai qu’il est un peu remanié, on peut difficilement parler d’épididymite, mais davantage de signes. Donc possiblement les résidus de septembre qui s’estompent lentement. Bon.

L’après-midi, j’ai rendez-vous dans une autre clinique, celle de Chanteroi. C’est dans celle-là que le chirurgien vu la veille va m’opérer vendredi 14. Mais pour l’heure, je dois juste faire mon dossier d’admission et voir l’anesthésiste. Routinier.
Jusqu’au moment de donner ma Carte Vitale à la secrétaire (NDR pour ceux qui ne vivent pas en France : c’est une carte à puce qui permet de se faire rembourser ses frais médicaux, vous avez sans doute la même chose chez vous, on n’a rien inventé.) Elle la passe dans le boîtier électronique, et pouf : carte bloquée.

J’aurais dû m’en douter, j’étais affilié à la sécu étudiante pour l’année 2003-04 et n’ai pas cotisé pour l’année 2004-05, puisque je n’ai pas étudié. J’étais donc en maintient de droit, dont la durée légale est (apparemment) d’un an. Et aujourd’hui, ça fait (toujours apparemment) pile un an. A trois jours d’une intervention chirurgicale dans un établissement privé, c’est con. C’est très con.

Il n’y aurait eu aucun problème si ces mous du bulbe de la fac dans laquelle je veux m’inscrire ne faisaient pas traîner mon dossier (je l’ai déposé il y a trois semaines, et je n’ai toujours pas de réponse.) Je serais inscrit, aurais payé ma cotisation, et voilà. Mais non, il faut que les emmerdes s’enchaînent de manière interdépendante, comme s’il y avait une logique dans tout ça.

Encore une fois, je m’attendais à subir trois heures de remontrances destructrices de la part de mon père. Mais il a su que je n’avais pas dormi de la nuit et il a vu dans quel état d’angoisse (j’étais au bord des larmes dans la voiture, je dois avouer) me retrouver sans couverture sociale me mettait. Alors il est resté très calme et a même eu des paroles rassurantes.

Ca va s’arranger. Il y a forcément un moyen. Merci, papa.

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Mercredi. J’ai pu dormir un peu.

A l’ouverture, mon père et moi nous rendons à la sécu. Tout se passe sans problème : on me rattache à la couverture du père en attendant que je puisse cotiser pour l’année universitaire. Il y a juste un délai de quinze jours. Je devrai donc avancer l’argent pour l’opération, mais je serai remboursé rapidement. Ouf...

L’après-midi, rendez-vous chez mon généraliste pour qu’il me fasse le test cutané à la tuberculine. Résultat dans deux ou trois jours.

Le soir, l’équipe de France de football se qualifie pour la coupe du monde, non pas grâce à son jeu, mais grâce au talent du gardien de but Irlandais qui pendant ce temps-là empêchait l’équipe Suisse de nous prendre la place.

La roue de la chance tournerait-elle ?

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Jeudi. J’appelle une énième fois la fac pour avoir des nouvelles de mon dossier. Après une minute d’attente, on m’informe que c’est OK ! Enfin ! Ca m’a mis de bonne humeur, confortée plus tard par un coup de fil d’Elle. Nan, sans blagues là : la roue tournerait-elle enfin ?!

Petit coup de moins bien le soir. Je me suis senti seul, en manque d’amour pour être honnête. J’ai envie d’enfin retrouver Elle, de la serrer contre moi et de me plonger de nouveau dans ses beaux yeux verts. Qu’elle se rende compte qu’un chouette jeune homme qui s’est montré très patient ces dernières semaines l’aime.

Oh, pourvu que la roue soit vraiment en train de tourner...

vendredi 7 octobre 2005

Car à l’exception des bites, les plus courtes sont les meilleures.

J’ai passé une nuit étrange. J’ai d’abord rêvé que je connaissais Nicolas Sarkozy personnellement. Et je ne me suis pas suicidé au réveil, je sais, je suis très courageux. Ce con tenait un blog - à l’image de celui d’Alain Juppé du reste - et participait à des réunions de bloggeurs pour essayer d’encarter de nouveaux militants UMP. Il était là, à nous parler de flexibilité du marché du travail un sandwich au saucisson à la main pour faire peuple. Il était là, à nous distribuer des autocollants de son parti. Il était là. C’était atroce.
Il a fini par consentir à s’en aller à condition qu’on lui fasse tous la bise et qu’on lui promette de voter pour lui en 2007.

Et moi je crois que j’ai de très lourds problèmes psychologiques.

Puis vers 4h, et alors que j’avais déjà eu toutes les peines du monde pour m’endormir, je me suis éveillé, l’entrejambe humide. Merde, me dis-je, ça faisait bien 15 ans que je ne m’étais pas pissé dessus. En quête de lumière au propre comme au figuré, j’allume les 115 Watts de l’ampoule suspendue au plafond. La salope tentera d’achever le travail entamé quelques mois auparavant par la névrite, mais je ne me laisse pas faire facilement. Une fois mes pupilles raccoutumées, je jette un œil dans mon caleçon...

Ah. La bonne nouvelle, c’est que je n’ai pas mouillé mes draps. La mauvaise, c’est que j’ai crevé l’abcès dans mon sommeil.

J’ai passé une heure à vider cette merde purulente par un orifice large comme l’esprit de Bruno Gollnish, c’est vous dire si j’ai douillé par moments. Mais au final je me retrouve avec un abcès à 20% de sa taille initiale, j’ai fait du bon boulot. Le toubib de la clinique fera le reste lundi, moi je capitule.

*********

Je me fais chier ces temps-ci. J’en suis réduit à étudier de la comptabilité générale pour tromper l’ennui, c’est vous dire si je m’emmerde ferme. Alors, de temps à autre, je tâcherai de proposer une énigme multimédia, autrement dit une énigme qui repose sur d’autres supports que le texte brut.

Pour les résoudre, vous aurez parfois besoin de logiciels mais rassurez-vous, ce sont des logiciels bateaux qui sont déjà installés sur vos PC et Mac quand vous les achetez. Il n’est nul besoin d’être calé en informatique pour résoudre les énigmes. Tout juste faut-il savoir se servir d’un ordinateur.

Le but du jeu est de trouver un "mot mystère" (ça fiche la trouille, je sais.) Pour savoir si vous avez le bon mot, il faudra le taper à la place des ***** dans : http://deneevrance.com/*****.html . Si le mot est juste et donc que l’adresse est la bonne, vous aurez un message qui vous dira EXPLICITEMENT que vous avez résolu l’énigme. Si ce n’est pas le cas, continuez votre réflexion...

Sur ce, 1ere énigme :

****** Début de l’énigme ******



****** Fin de l’énigme ******

Je donnerai un indice de temps en temps (dans les brèves, à droite) si vous flanchez trop (mais faudra me le dire, par email.) De même, le premier ou la première qui trouve aura son nom ici (toujours dans les brèves, à droite) et se sera le début de la gloire, de la richesse et du sexe facile.

Dernière chose, je sais que quelques sites proposent des énigmes du même style et parfois en (beaucoup) mieux, je les connais. Le problème, c’est que leur solution se trouve partout sur le web. Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même...

Sur ce, bonne chasse et bonne nuit les lapins. Je suis cané, moi.

jeudi 6 octobre 2005

Purulence à bâbord

Je suis un garçon qui s’est tout au long de sa vie efforcé de faire dans la classe et la finesse. Et aujourd’hui encore en est une preuve éclatante.

J’ai un abcès scrotal rempli de pus greffé sur la bourse gauche. Un truc énorme prêt à exploser au moindre faux mouvement.

Juan-Pablo Classe-man a encore frappé. D’ailleurs, voici une photo.

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Le toubib a essayé de le vider à la seringue, au cas où le liquide ne serait pas épais. C’était drôle. Je suis sur la table d’auscultation, allongé sur le dos. Il m’anesthésie localement à la bombe froide, ce qui fait foutrement mal d’ailleurs. Puis il sort une grosse aiguille. Je m’allonge totalement, la tête bien en arrière pour ne rien voir (je suis sensible.) Il me pique. Ma respiration se bloque, je grimace de douleur. Je la sens remonter du scrotum, le long de la colonne vertébrale. La seconde d’après, l’autre me sort « Mais respire, c’est fini ! » Je respire et regarde ce qu’il en est... et je vois sa grosse seringue plantée dans ma bourse gauche. J’avais oublié que les toubibs sont un peu roublards quand il s’agit de tenir leur patient tranquille. Replaquant aussitôt ma tête en arrière, je ne peux m’empêcher de murmurer un « Rah l’enculé. » Et lui de répondre : « Rah, comme prévu c’est bien du pus et il est trop épais. Je ne peux pas le tirer à la seringue, faut inciser. »

Du coup je vais me faire retirer ma boule de mammouth lundi à 16h30. Anesthésie, scalpel, scouitch, drainage, on recoud et c’est bon. En théorie. Parce que Classe-man est un peu Poisse-man à ses heures. Enfin vous le savez.

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A part ça l’orchite se résorbe doucement. Et je n’ai pas de fièvre. Et ma névrite me fout la paix. Et les crises d’angoisse se raréfient. Et je n’ai pas de caries. Pardon, je suis un petit peu obnubilé par ma santé ces temps-ci. Mais je les cumule, quand même. Je me suis amusé à calculer combien j’ai coûté à la sécu cette année :

A/ 4000 EUR de séjour à l’hosto pris en charge à 80% par ma sécu étudiante ce qui nous fait donc 3200 EUR,

B/ ajoutés à facile 300 EUR d’imagerie médicale (IRM, échographie et échotomographie) pris en charge à environ 10 ou 20% par ma sécu ce qui nous fait en gros 40 euros,

C/ ajoutés à une vingtaine de consultations à 30 EUR pièce (soit 600 EUR au total) et remboursé à hauteur de 13 EUR pièce par la sécu, soit 260 EUR,

D/ ajoutés aux frais de médicaments (antidépresseurs, anxiolytiques, antibiotiques, anti-inflammatoires, antalgiques divers) ce qui est le plus facile à calculer vu qu’il suffit de connaître le nombre de jours, le nombre de cachetons par jour, le nombre de cachetons par boîte et son prix : ça donne 200 EUR d’Effexor + 30 EUR de bromazépam (vivent les génériques) + 120 EUR de citalopram + 150 EUR pour l’ensemble [infection urinaire, orchite, douleurs] = 500 EUR, en charge à 70% par la sécu soit 350 EUR.

E/ Addition finale : 3200 + 40 + 260 + 350 = 3850 EUR pour la sécu. Part de la mutuelle : 1600 EUR. De ma poche : 50 EUR (par-ci par-là.)

Je vais essayer de taper les 5000 d’ici la fin de l’année. L’idéal voudrait que je me pète un bras.

Je vais me remettre au roller, tiens.

samedi 1 octobre 2005

Bagatelles pour un massage

Le vendredi 30 septembre.

Je suis à la sérénité ce que Bruno Mégret est au charisme : un parfait étranger.

Pourtant, trouver la clé de la paix de l’esprit est le plus vif de tous mes désirs. Certes, en l’état actuel des choses l’expression populaire « c’est mal barré » semble la plus indiquée, mais je ne perdrai pas espoir tant qu’elle ne pourra être objectivement substituée par « on est pas dans la merde » ou par « bon ça a cessé d’être drôle : abattez-moi. »

Je remplis les grilles de sudoku en vidant les batteries de mon iPod. De temps à autre, une vague de flippe pousse ma main sur la boîte d’anxiolytiques. De temps à autre, une lame de douleur jette ma main sur la boîte d’antalgiques. Si vous me demandiez la définition du bonheur, aujourd’hui certainement vous répondrais-je : « Etat spirituel et émotionnel atteint lorsque l’on peut cesser de bouffer des trucs qui riment en ‘ique’ sans se mettre à réclamer sa maman. » Et évidemment, je me tromperais.

Ce n’est pas tant physiquement que c’est dur, un tour dans n’importe quel hôpital vous fait très vite relativiser l’étendue de votre souffrance. C’est surtout moralement que ça commence à m’atteindre. Dès que je mets le nez dehors et fais trop d’efforts, j’ai cette putain de gonade qui siffle et sonne mon hallali. Je me surprends parfois à souffler « Mais enlevez-la moi, qu’on en finisse... » Heureusement, je suis suffisamment lucide pour me rendre compte que de toutes les très mauvaises idées que j’ai eues dans ma vie, celle-ci serait facilement dans le trio de tête.

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Le samedi 1er octobre.

Cette nuit à 5h51 du matin, je me suis réveillé. Je suis resté un moment allongé dans le noir. Et je ne sais pas pourquoi, j’ai l’espace d’une seconde ou deux pensé à la mort, au suicide en somme. J’ai ressenti une espèce de chaleur réconfortante à cette idée. Au pire, il te reste cette solution.
De manière idiomatique, j’ai chassé ça de mon esprit en me disant « Non » et j’ai tâché de me rendormir.

Et voilà qu’aujourd’hui j’y pense encore. Je n’en suis pas à échafauder des plans pour me foutre en l’air, j’ai simplement besoin d’être rassuré. Je trouve assez peu de réconfort en ce moment, je suis isolé. Je ne peux aller nulle part, ça me fait trop mal et de toutes manières j’avance comme un papi. Ca m’enrage : mercredi matin c’était bien, aucune douleur même au toucher, taille de plus en plus satisfaisante... et il a fallu que je fasse le con à cavaler dans les transports et à m’installer n’importe comment pour foutre les progrès en l’air. Le traitement s’étant arrêté lundi (il dure 4 semaines et elles sont écoulées, d’autant plus que j’étais presque guéri), ça ne va pas en s’arrangeant. Jeudi, je me suis dit que ça allait passer avec le repos. Hier, même chose. Aujourd’hui, j’ai appelé le médecin pour qu’il me renouvelle le traitement, ou me fasse voir un urologue ou n’importe quoi. Absent. Bon, je me traîne à la pharmacie, explique mon histoire à la gentille demoiselle qui me renouvelle le traitement même sans ordonnance. Sympa.
Deux heures après, j’ai l’impression que ça va déjà un peu mieux. Mais j’en mettrais pas ma main à couper avec du feu.

Pourquoi avoir attendu samedi si j’avais mal mercredi soir ? Je ne veux pas être trop dur avec moi-même, ce n’est pas très bon pour c’que j’ai, mais je vois deux hypothèses claires : 1/ soit je suis crétin/naïf/inconscient, 2/ soit je suis inconsciemment plongé dans une logique de destruction, mais je n’y crois pas trop. En fait, comme il m’est arrivé la même chose la semaine dernière (trop bougé -> aïe) et que c’est bien passé, je me suis dit que ça serait la même chose ce coup-ci. « Oui sauf que, ducon, la semaine dernière t’étais toujours sous traitement. » Je vous le dis, je pense plus être idiot qu’autre chose.

Ou plutôt je ne voulais pas croire que ça allait recommencer. D’une manière générale, je ne veux pas croire quand quelque chose d’emmerdant m’arrive. Je nie le problème comme s’il n’existait pas. Ne serait-ce que pour le petit problème de dépression que j’ai. Je l’ai avoué l’autre jour au toubib, « je parle de ma dépression à qui veut bien l’entendre, mais dans le fond je refuse de me croire malade. J’ai du mal à faire la distinction entre ce que je pense vraiment et ce que j’essaie de me faire avaler. »

Je ne me sens pas bien. Je voudrais juste m’endormir et ne jamais me réveiller.