lundi 30 mai 2005

29 mai 2005 : le fracas sismique sensationnel (Mauresmo a encore perdu)

J’ai participé hier soir au dépouillement des bulletins de mon bureau de vote. Nous étions quatre à ma table (je suppose que ce nombre est le même partout, le protocole étant très codifié). Les Deschiens. Deux types quinquagénaires à l’air négligé et au français approximatif, une bobonne quadra joufflue et timide, et enfin, moi.

Je fus d’abord souriant et faussement intéressé par les discussions affligeantes des deux types. Celles-ci se résumaient à un échange de préjugés douteux sur les Corses et à des anecdotes pitoyables sur les chèvres et les brebis de leur grand oncle du Loir-et-Cher. Mon sourire a vite capitulé, laissant la place à une mine sinistre et à un regard envieux des gouttelettes de pluie écrasées sur les vitres : elles, au moins, étaient à l’extérieur.

Je fus ensuite nettement plus impatient ; aussi me suis-je spontanément proposé pour la tâche la plus emmerdante mais également la plus stratégique : retirer un à un les bulletins de leur enveloppe et les passer à ma copine bobonne joufflue de mes deux. Pourquoi stratégique ? Mais parce qu’en me chargeant de la besogne, c’est moi qui mène la cadence, pardi (ah tiens, j’ai mon syndrome 1923 qui recommence.)

********* Interlude pédagogique *********

Pour ceux qui ne le savent pas, voici comment se déroule une séance de dépouillement :

1/ Un trou du cul (également appelé « Président du bureau de vote ») vous donne une grande enveloppe censée contenir 100 petites enveloppes que les gens ont au préalable glissé dans l’urne, avec généralement un bulletin de vote dedans.

2/ Vous videz la grande enveloppe sur la table, et vous recomptez le nombre de petites pour vérifier qu’il y en a bien 100. Etant donné qu’il y a au minimum quatre abrutis à chaque table, cela va vite.

3/ Un des quatre larbins (en l’occurrence ici, c’était bibi) ouvre une petite enveloppe, retire le bulletin qui se trouve à l’intérieur et l’offre au deuxième larbin.

4/ Lequel (en l’occurrence (bis) ici, ma bobonne aux grosses joues qui communiquait par onomatopées) exprime à voix haute ce qu’il y a écrit sur le bulletin.

5/ Les deux (minimum) derniers esclaves prennent bonne note de ce qu’a exprimé le deuxième trou de balle et font un trait sur leur feuille dans la case correspondante.

6/ Et on recommence jusqu’au centième bulletin. Suite à quoi on se congratule parce qu’on ne s’est pas gourrés, puis on vous apporte une seconde fournée de 100 enveloppes de merde, le sourire aux lèvres.

7/ Les quatre imbéciles attablés (également appelés « scrutateurs ») se demandent intérieurement si les gens qui tiennent les bureaux de vote ne sont pas tous nazis, puis ils se remettent au travail jusqu’à ce que l’urne soit vide (ou jusqu’à constatation clinique du décès.)

8/ Lorsque c’est fini, les nazis proclament les résultats du bureau de vote pendant que tous les autres se barrent en courant.

********* Voilà. *********

Donc, disais-je, je me suis spontanément proposé pour la tâche première. Les trois autres m’ont regardé d’un air compatissant dont la substance était quelque chose du genre : « Ah ! Le pauvre, il est jeune. S’il savait ! »
Hé hé hé.

J’ai imprimé un rythme de malade à ces enculés.

Ca, ils ont vite compris leur douleur, et le plus drôle c’est qu’aucun ne mouftait. On a torché 278 bulletins en une demi-heure. Et pas une erreur, du moins les deux débiles trouvaient le même nombre de bâtons donc ça devait être juste. Pour l’anecdote : 154 non, 118 oui, 6 nuls. Je m’y attendais, donc pas de déception. A peine ai-je erré en larmes, sous la pluie, en suppliciant « PoOoOOOooourquoOooOOoOOooii !!! NooOoOOOn, c’est impossiiiiible !! » pendant trois quart d’heure.

Puis les flics sont venus me chercher et j’ai arrêté les conneries.

Suite à quoi j’ai mangé mes trois gélules anti-dépressives avec une cuisse de poulet et des pâtes au gruyère, à moins que ça ne soit de l’emmental (moi à part le Kiri, j’y connais queud en fromton.)

J’ai ensuite regardé un petit bout de la soirée électorale, enfin très honnêtement j’ai surtout passé 25 minutes à fantasmer sur Clémentine Autain, la jeune adjointe communiste au maire de Paris :

Clémentine, tantôt rieuse...
Clémentine, tantôt rieuse...


Autant je ne peux pas blairer les communistes, autant si elle me le demande gentiment j’adhère au Parti sans discuter. Et dire qu’ils nous ressortent Robert Hue et Marie-Georges Buffet alors qu’ils ont une arme de destruction massive, au Parti Communiste Français... Je veux bien faire la Ve Internationale à moi tout seul si ça me donne une demie chance avec elle.

...tantôt sérieuse...
...tantôt sérieuse...


...tantôt inquisitrice.
...tantôt inquisitrice.


Bon, j’arrête avant de transformer Déneevrance en skyblog. Je manque cruellement d’affection. Ne faîtes pas attention.

vendredi 13 mai 2005

Habemus spam pam

J’ai décidé de me lancer dans l’écriture d’un album solo. Et comme je n’ai jamais aimé être à la mode, ce sera un album de heavy metal. Dans la lignée de ce que font Manowar ou Virgin Steele, mais en pire. Voici la liste des titres :

1. Triumph of the metal blade made of steel
2. My magic sword will cut your throat
3. Say goodbye to your ass
4. Glorious iron God of metal
5. Iron. Steel. Metal.
6. Earth, wind and fire (and steel)
7. Power of the golden steel of metal
8. Linkin Park is for sissies (and so is Vincent Delerm)
9. I sold my horse and bought a dragon
10. You’ll be dead when you die (probably by my blade)

11. (bonus track) Damn, there’s no one left to kill !

A première vue on pourrait croire qu’il s’agit d’un concept-album sur l’industrie métallurgique, mais il n’en est rien. Ce sont juste les sujets développés par la plupart des groupes de heavy/true metal : le fer, l’acier, le métal, les chevaux, la guerre, les gentils, les méchants, les épées, les rois, les seigneurs, la magie, les dragons, etc. Que ça. Tout le temps.

Mais heureusement, ça se vend très mal.

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C’est aujourd’hui l’anniversaire de ma sœur. L’une de mes caractéristiques étant d’être nul pour les cadeaux, j’ai pris le parti de lui offrir quelque chose de particulièrement et volontairement pourri. Elle doit bientôt partir pour Agadir (Maroc) en stage avec son club de karaté, alors sur sa carte d’anniversaire, j’ai écrit :

Chère grande sœur,

Voici un humble présent pour préparer ton stage commando chez nos amis islamistes modérés. J’espère que tu feras honneur à la patrie en leur pétant bien la gueule.
Mes amitiés à Saddam,

Ton petit frère
.

Et en guise de cadeau, je lui offre un magazine ridicule sur les arts martiaux avec tout un tas de photos de baltringues très fiers de savoir lever la patte à 2,50m de haut. Pour appuyer le côté grotesque, j’ai emballé le magazine dans les pages du Traité Constitutionnel qu’on a tous reçu récemment, en écrivant sur le devant : « Je remercie la République Française pour ce papier-cadeau gratuit (c’est du bon papier en plus.) »

Ma sœur a beaucoup d’humour mais là je me demande si je ne vais pas un peu trop loin. Mes vannes ne font parfois rire que moi, j’appréhende un peu. Réponse bientôt.

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Mon œil récupère. Je suis passé d’un voile gris foncé à un voile blanc. Progrès conséquent : je peux désormais relever mes emails, pardon, mon spam. J’aime bien le spam, ça me détend. Lorsque je vois écrit « Vous avez 46 nouveaux messages », je suis certain d’en avoir pour au moins dix bonnes minutes de franche rigolade, et ce rien qu’avec les objets. L’autre jour - je crois que c’était d’ailleurs juste avant d’avoir mon attentat à l’œil, là - je n’en pouvais plus (j’ai patché en rouge) :



On m’annonce successivement : 1/ que je suis une merde au pieu, 2/ que je suis fauché, 3/ que les femmes se foutent de ma gueule lorsqu’elles me voient, 4/ que j’aime les vieilles, 5/ que je suis dépressif.
Les techniques de vente ont drôlement changé, à une époque il me semble qu’on flattait le client pour le pousser à débourser, non ? Aujourd’hui on vient le mettre minable directement chez lui, en lui expliquant qu’il est une merde de très grand standing. Je trouve ça tellement cynique que je n’ai pas pu m’empêcher d’exploser de rire.

En même temps, c’est vrai que je n’ai pas beaucoup d’argent. Et que je suis vaguement dépressif. Et que je ne suis pas un dieu de la séduction. Et que les vieilles ça m’excite.

...
Et puis merde.

mercredi 11 mai 2005

Névrite optique

Voilà, c’est ce que j’ai à l’œil. Je vous raconte brièvement les derniers jours.

Il y a une semaine, je plaisantais au sujet de mon œil, vous vous en souvenez. Eh bien trois jours plus tard, j’en riais beaucoup moins. La baisse d’acuité était devenue sévère et vu de l’œil droit, tout n’était qu’un sombre brouillard. Je suis allé aux urgences des Quinze-Vingts à Bastille (Paris, hein) samedi soir, et je ne suis - pour faire court - ressorti de l’hôpital qu’aujourd’hui midi. Pendant ces quatre jours qui m’ont paru un mois entier, j’ai eu droit à deux ou trois bricoles, certes pas méchantes, mais qui surprennent :


- une bonne douzaine de fonds d’yeux, dont deux particulièrement longs et douloureux administrés par une tarée (pardon, une urgentiste)

- une perfusion, couplée aux corticoïdes de temps en temps

- un passage à l’I.R.M (pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un genre de scanner qui fait un bruit de boîte techno-makina-hardcore assourdissante pendant une demi-heure : j’y suis entré aveugle d’un œil, j’ai failli en ressortir sourd)

- un P.E.V (on vous plante deux aiguilles en haut de la nuque, vous place deux pinces sur les lobes d’oreilles et une sur la main, on balance des stimuli et on regarde ce que ça donne, comme ça, pour déconner)

- divers tests de champ visuel classiques (sonner dès qu’on aperçoit une lueur sur une demie sphère creuse, ce genre de conneries)

- E.C.G (quatre), prise de sang (à 6h du matin), tension (artérielle et de l’œil), température, bref les niaiseries habituelles

- des plateaux repas infects, sauf un (poisson et riz) dont je me suis délecté

- des internes apprentis sorciers qui oublient vite que le patient qui est en face d’eux n’est ni un cas clinique ni un animal de ferme, mais un être humain doté de facultés intellectuelles au moins aussi importantes que les leurs

- quelques toubibs et infirmières sympas (dont une vraiment très sympa)
- un sympathique camarade de chambrée de 27 ans mon aîné (qui a une jolie épouse et trois beaux enfants) avec lequel j’ai heureusement tué le temps.
- des nuits très courtes, des journées très, très longues.

Bref. Au final, j’ai une névrite optique, autrement dit une inflammation du nerf optique, autrement dit un truc pas trop méchant mais qui devrait néanmoins m’handicaper quelques semaines. Origine du mal : probablement virale (comprendre : ça peut vous arriver aussi, n’importe où, n’importe quand, à n’importe quel âge.)

Quelques semaines avant de retrouver le parfait usage de mon œil (du moins je l’espère). Moi qui allais justement commencer les cours de conduite. Dois-je y voir un signe divin ? Variante : Dieu essaierait-il de me signifier qu’il est inutile que je dépense 6 euros pour aller voir l’Episode III de Star Wars la semaine prochaine ?

Points positifs de l’histoire :


- j’ai bossé ma sociabilité et c’était très agréable

- mon père, qui est venu me voir deux fois (bon, l’hôpital est près de son lieu de travail mais ça nous a permis d’arrondir les angles, ce qui n’était pas du luxe)

- le plomb que ce genre de petites aventures vous met dans le crâne. Du plomb qui vaut de l’or.

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Voilà pour l’épisode « névrite optique », en espérant qu’il soit bientôt terminé. Vous pardonnerez l’indigence de forme de cet article, car vous comprendrez aisément que j’évite l’écran d’ordinateur (qui ne m’est pas dangereux, mais désagréable à fixer).

De plus, j’ai quelques branlettes à rattraper, moi. Allons, au travail.

jeudi 5 mai 2005

Something wicked this way comes

J’ai vaguement relu ma dernière entrée. Autant il y a trois jours je me trouvais très drôle avec mes faux bulletins de vote, autant aujourd’hui je me demande dans quel état psycho-émotionnel j’étais plongé ce jour-là pour en être réduit à sortir les mêmes gags que je faisais quand j’avais 14 ans.

N’importe quoi.

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Ca fait drôle de voir son quartier en photo sur Yahoo news. Et dans les journaux. Je ne vais pas me faire le relais d’un fait divers horrible en brodant du pathos dessus, mais disons juste que samedi dernier, dans ma rue, un gamin de 17 ans a tué ses deux parents et s’est défenestré ensuite. C’est toujours lorsque l’atroce est à sa porte que l’on se met à réfléchir.

Davantage que l’événement lui-même, c’est un petit détail qui me glace le plus le sang. Samedi matin, en me rendant au pique-nique dont je parlais il y a peu, je suis passé à dix mètres de l’endroit où, six heures plus tôt, on ramassait trois cadavres. Oui, je suis passé juste à côté, évidemment dans l’ignorance totale et coupé du monde par mon iPod.

Le décalage entre la réalité et les univers que l’on s’invente est parfois effrayant d’éloquence.

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J’ai l’œil droit qui fait des siennes. Cela fait trois jours que j’ai un voile trouble - qui grandit de jour en jour - devant cet œil, accompagné d’une douleur lorsque je regarde sur les côtés, en haut et en bas. Par exemple, si je ne tapais qu’à l’aide de l’œil droit, j’hésiterais un peu avant de frapper les touches, et je serais incapable de me relire (je tape sous Word en taille 10, à 50 cm de l’écran.) Un peu emmerdant.

D’autant plus qu’ayant l’exam du code de la route en poche, je vais commencer les cours de conduite. Avouez qu’il est rageant de devenir aveugle juste avant de prendre le volant. Mais je ne vais pas me laisser abattre : j’ai encore 10/10 à l’œil gauche. Mais pour combien de temps encore ?

Je vais prendre les devants. D’abord, je vais en parler au toubib la prochaine fois que je le vois (le 18 mai). Ensuite, je vais apprendre le braille, par sécurité et par désir intellectuel. Et enfin, si mes finances me le permettent, je vais m’acheter un labrador dressé. En plus de me guider dans les rues, il fera un parfait copilote. Je l’entraînerai à dire « wouf » pour tourner à gauche, et « wouf wouf » pour tourner à droite.

Je ne vais pas me laisser emmerder par cette salope de vie.

Et sinon blagues à part, je ne sais pas trop ce que j’ai, les toubibs me le diront. Il y a deux semaines on a augmenté la prise d’antidépresseur, ce qui correspond avec l’arrêt de l’anxiolytique. J’ai lu dans la notice - il y a longtemps, puisque aujourd’hui je suis dans l’antichambre de l’infirmité - que les troubles visuels étaient inscrits dans la liste des effets indésirables. Pourquoi pas, mais ça n’explique la douleur dont je parlais et surtout, ça ne m’explique pas pourquoi l’œil gauche continue de très bien fonctionner (non pas que je m’en plaigne, hein.)
J’ai peut-être chopé une saloperie à la piscine qui m’a un peu enflammé le nerf optique. Il est vrai que j’y ai pas mal regardé les filles lundi. Dieu m’a peut-être puni ? Ce serait un peu vache de sa part mais il n’est plus à une connerie près, après tout.

Peut-être abusé-je de l’écran ? Ha ! L’écran.

****** DIGRESSION ******

Symbole du prétendu génie technologique dont les sociétés riches sont inondées. Ecrans d’ordinateurs, de télévision, de téléphones portables, d’ordinateurs portables, de consoles portables, de juke-boxes portables... Chez nous le luxe est portatif et abordable ! Mais aussi omniprésent et quasi-incontournable.

Je vous ai parlé tout à l’heure de l’iPod shuffle que l’on m’a offert. Vous savez ce qu’il y a d’écrit au dos ? « Designed in California. Made in China. » On pensait l’esclavagisme aboli, mais non. Nos nouveaux esclaves nous fabriquent à la chaîne d’inutiles merdes qu’ils ne peuvent même pas se payer en rêve mais qui pour nous autres Occidentaux, selon nos standards sur lesquels reposent toute notre économie, seront totalement démodés au bout de deux ou trois ans.

Tenez, en ce moment les médias partent dans leur délire référendaire au sujet du Traité Constitutionnel Européen, comme s’il allait changer quoique ce soit à nos vies (mais allez voter quand même, même blanc). Eh bien moi, j’aurais un référendum à proposer, sur une question qui m’intéresse vraiment. La question serait celle-ci : « Consentez-vous, afin de financer une hausse significative du niveau de vie des ouvriers concernés, de payer deux fois plus cher vos appareils électroménagers, Hi-fi, vidéo, informatiques et électroniques fabriqués dans les pays dits du Sud ? »

Je serais curieux de voir le pourcentage de NON.

****** /DIGRESSION ******

Bref. Oui, il est possible que j’abuse de l’écran. Rendre aveugles les Occidentaux, voilà au moins un motif de satisfaction pour les ouvriers du Sud-est asiatique, tiens.

Et le pire, c’est que plus je passe de temps ici à en parler, plus je m’esquinte l’œil. Y a pas à dire, ceux qui disent que le système est pervers à tous les échelons sont vraiment de mauvaises langues.

Putain de vie de merde.

mardi 3 mai 2005

Le référendum expliqué aux bâtards

Vous devez être au courant : le 29 mai prochain les Françaises et les Français seront appelés à voter OUI ou NON au projet de traité constitutionnel. N’ayez crainte, je ne compte pas vous gonfler avec le sujet, le traité est suffisamment chiant à lire comme ça. Mais en cette période trouble qui accompagne une campagne absconse, il me semblait primordial que la plèbe sache ce que Moi-même, Neev, l’Elite de l’Humanité (salut, ça va ?) pense de tout ceci.

(Hihi, je vais encore flinguer tout le monde, ça va me calmer les nerfs. Je ne sais pas encore par quel moyen je vais pouvoir pourrir Vincent Delerm, mais je vais bien trouver, je trouve toujours.)

Allons-y.

Article Premier : CE REFERENDUM EST UNE CONNERIE SANS NOM.
(Variante : ce référendum il pue des pieds.)

Je ne vais pas m’étendre longtemps sur le sujet. Je ferai juste un calcul très simple :

Le 29 mai, il y aura en gros 50% de participation, comme lors de tous les scrutins référendaires.
Sur ces 50%, la moitié aura lu le texte (et encore, je compte large). Ce qui nous donne 25%.
Sur ces 25%, la moitié aura lu le texte de manière non-partisane (même chose, je compte large). Il nous reste 12,5%.
Sur ces 12.5%, la moitié (dont, je l’avoue très volontiers, je ne fais pas partie) aura été capable de comprendre toutes les subtilités juridico-économiques. Il nous reste 6.25%. Une élite, ce que je déplore : un texte constitutionnel devrait être compréhensible de tous.

Mon propos est clair : soit le texte est simple et c’est le peuple qui décide, soit le texte est compliqué et ce sont des gens compétents et dont c’est le TRAVAIL qui décident. Et là, au pif hein, en France on dispose de deux chambres parlementaires (l’Assemblée et le Sénat) dont la principale (l’Assemblée) est élue par le peuple tous les cinq ans. C’est ce que l’on appelle la délégation des pouvoirs.

Mais notre cher Président Jacques 1er, en grand monarque et s’appuyant sur les sondages de juillet 2004 qui donnaient le OUI largement vainqueur à 70%, souhaitait s’offrir un plébiscite qui aurait masqué l’inutilité chronique de son action. Pour cette seule raison, un NON le 29 mai au soir me ferait sourire. Mais malgré cela, je voterai OUI.

Article 2 : EH OUI. C’EST COMME CA. PARFAITEMENT.

Ce n’est pas un OUI de conviction profonde (en réalité ma conviction profonde est que je n’en ai strictement rien à branler, que j’ai faim et que je me ferais bien un grec), mais un petit OUI, un OUI timide et mignonnet, un « ui » quoi. Un peu comme un prof de philo qui annote une copie en disant : « Bon, c’est pas terrible mais vous ne ferez jamais mieux alors je vous mets 11, je suis sympa. » Voilà, ça résume le fond de ma pensée.

Mais ce qui renforce mon vote, c’est qu’à Paris à l’occasion des défilés du 1er mai, il y avait une bande de cadors de premier choix qui se faisaient appeler « Les fils d’Adolf » et qui appelaient à voter NON. En marge du cortège formé par ces charmantes têtes blondes aux yeux bleus étaient distribués des dépliants et des parodies, dont une parodie des albums de Tintin appelée « Tintin au pays du 9-3 », dans lequel on peut voir le jeune reporter coursé par des Arabes. Le tout - ce détail est délicieux - aux éditions « Fromage Blanc ». Véridique et édifiant.

Je refuse catégoriquement de voir ma voix ajoutée à celle de ces gens, même avec les meilleures intentions du monde. Il me reste donc le vote blanc ou nul et le vote OUI. Je remercie les néo-nazis de sortie dimanche dernier d’avoir achevé de me convaincre en faveur du OUI.

Mais...

Article 3 : ... NEEV A PENSÉ A VOUS !

Je me fais vraiment flipper quand je parle de moi à la 3e personne, mais passons.

J’ai pensé à vous, disais-je. Car je sais que la plupart d’entre vous, comme je l’expliquais plus haut, vont s’abstenir. Je comprends. Manque d’intérêt, dégoût pour les choses politiques, week-end à la campagne, révisions pour les exams de juin, Roland Garros, flemme, cannabis (je rappelle d’ailleurs aux jeunes que le cannabis c’est mal : ça fait foirer des trimestres), autant de raisons qui poussent à la désertion des bureaux de vote.

C’est pour ça que j’ai inventé pour vous le bulletin de vote personnalisé ! C’est comme les logos personnalisés pour les portables, sauf que là ça sert à voter et vous les imprimez vous-mêmes. Par exemple, voici les bulletins qui vous seront proposés le 29 mai :



et



Ca laisse peu de choix, je vous l’accorde. C’est pour ça que pour les indécis, celles et ceux qui ne veulent pas prendre une décision, je propose ce bulletin :



Avec ça, vous êtes peinards. Ne me remerciez pas, ça me fait plaisir. Mais ce n’est pas fini, j’ai également pensé aux éternels contestataires mécontents (casse-couilles) :



Nul doute que celui-là en intéressera beaucoup. J’ai également pensé à ceux qui n’ont pas compris la question qui leur est posée et qui confondent campagnes publicitaires avec campagnes électorales :



Aussi, pour les plus jeunes et les plus illettrés d’entre nous, j’ai pensé à ceci :



Alé lé jeune vou me prometé d’alé voté, 1 ? Merci. Sinon j’ai également pensé à mes amis fainéants (lâchez rien les gars, un jour on les niquera tous !) :



Et pour finir, évidemment, le bulletin de votre serviteur destiné à mes fans (lâchez rien les filles, un jour je vous niq... ahem, nan rien, oubliez) :



Bref. N’hésitez pas à vous servir d’un de ces bulletins si vous ne savez vraiment pas quoi voter. Il devrait normalement sortir de l’imprimante aux dimensions des bulletins de vote réels.

Article dernier parce que les conneries ça va bien cinq minutes : LE (c’est mon article préféré).

Vous l’aurez compris, que le OUI ou le NON l’emporte, je m’en fiche comme de mon premier appel au meurtre de Vincent Delerm (je vous l’avais dit que je trouverais), mais en revanche, si le taux de participation est à 70%, là oui, je serai content.

PS : je rappelle que les bulletins blancs et nuls comptent dans le taux de participation (mais seulement dans le taux de participation), et qu’ils ne risquent pas d’être également comptés à part entière tant que les gens ne voteront pas massivement blanc ou nul plutôt que de s’abstenir.

lundi 2 mai 2005

Jesus rocks everything that moves

Avertissement : cette entrée, qui n’a pour objet que de donner de mes nouvelles, est affligeante de platitude. En revanche, la prochaine sera comiquement très marrante de drôlerie.

J’ai connu quelques jours difficiles le mois dernier qui m’ont valu une petite coupure. La bêtise de certain(e)s, des crises de larmes répétées, des angoisses : mon jihad personnel et habituel, en somme.

Ayant quelque accointance avec le désespoir, le chaos et la désolation, et surtout n’étant satisfait... euh... eh bien de rien à vrai dire, j’ai d’abord songé à la mort - « comme d’hab » railleront certains, « oh la la c’est pas bien » déploreront d’autres. L’envisager m’a redonné le sourire. Il y a toujours une solution me suis-je dit, alors autant ne pas utiliser la pire d’entre elles tout de suite. Oui, il m’arrive aussi d’avoir de bonnes idées.

Pour éviter de penser trop longuement à de désagréables extrémités, j’ai œuvré à garder ma cervelle occupée. Je me suis d’abord débarrassé d’une demie phobie : celle de la piscine. On ne se moque pas. 1/ je ne sais quasiment pas nager, 2/ barboter dans un bouillon de culture urino-morvo-salivaire est un concept difficilement acceptable pour moi, 3/ je n’aime pas particulièrement me promener en moule-bite devant des inconnus (devant qui que ce soit d’ailleurs.)
Au bout de cinq heures en l’espace de trois semaines je ne suis toujours pas foutu d’aligner une longueur sans m’arrêter (je panique et je coule), mais je m’amuse bien. J’envisage d’afficher mes chronos ici même, pour que vous puissiez bien vous foutre de ma gueule. Je vous tiendrai au courant.

J’ai ensuite « fêté » mon anniversaire, le 24. Je place le verbe entre guillemets, car comme tous les ans, l’histoire s’est résumée à un silencieux repas en famille, au triste dérisoire. Et à la distribution des cadeaux, tout le monde se réveille et y va de son bon mot, comme si de rien n’était.
Mes sœurs m’ont offert un iPod shuffle. Je ne m’y attendais pas du tout. Je suis très content de ce petit machin blanc ; regarder les gens dans le métro tout en écoutant une chanson qui parle d’une pluie ardente liquéfiant la chair humaine et réduisant tout en cendres fumantes est une expérience, hé hé, jouissive.

Le 26, j’ai réussi à l’examen du code de la route. Il y avait bien longtemps que je n’avais pas eu cette sensation que la réussite procure. Une satisfaction d’abord intense, puis qui nous paraît inepte trois heures plus tard.
En rentrant chez moi, j’ai dit à mon père que j’avais réussi. Il n’a pu réprimer un sourire et un « bravo ». J’avoue que ça m’a un peu déstabilisé.

Quoiqu’il en soit, d’ici septembre je saurai nager et conduire une auto. C’est important : lorsque je serai père, je devrai être en mesure d’amener mes enfants à la mer et d’aller chercher ces imbéciles qui ne manqueront pas de s’aventurer trop loin du rivage. Je parle de gamins parce que j’ai Tonio à la maison en ce moment. Ma sœur l’a eu lorsqu’elle avait 23 ans, l’âge que j’ai depuis une semaine. Ca me ramène à la notion de responsabilité, enfin vous voyez le topo.
Bref. Je suis chargé de le faire étudier. Ce môme est une brute épaisse en maths, mais une quiche lorraine en orthographe. Cette nouille trouve le moyen de faire 15 fautes dans une dictée de sept phrases qu’il a déjà faite. Alors que je dicte très, très, très lentement en exagérant les liaisons. Bref, il me fait transpirer.

Alors pour me venger je l’emmène à la piscine et je le balance à la flotte. Ca l’amuse et ça me calme les nerfs.

J’ai achevé mes trois semaines de mutisme par un pique-nique en compagnie de baltringues qui racontent leur vie sur internet (bref : des collègues). Ils ont tous essayé de coucher avec moi, tentant de me tenter (redondance-man) par le biais de divers artifices : parmi ces demoiselles, une a essayé le décolleté outrageant (j’ai bien aimé), deux ont usé des résilles et des frêles épaules dénudées (j’ai bien aimé), une a abusé de l’accent exotique des mers du Su... euh, Nord et du regard papillonnant (j’ai bien aimé), une a mis en avant son tour de poitrine démesuré (j’ai bien aimé) et la dernière m’a simplement harcelé tout l’après-midi (je l’ai trouvée limite pénible d’ailleurs, les plus courtes sont les meilleures, Maz.)
Les messieurs ne sont pas restés en reste (super-redondance-man), le premier a essayé de me séduire avec ses cheveux soyeux et un discours syndicaliste huilé, le second avec ses cuisses musclées de cycliste Helvétique au chômage technique (il m’a expliqué que faire du vélo en Suisse en hiver, c’était comme essayer de disserter sur un film de Roland Emmerich : faut se lever de bonne heure pour trouver une piste), le troisième a tenté une imitation négligée de Jack Bauer et le dernier avait mit un jean mettant en valeur son énorme paquet.
Quant à moi, comme d’habitude en société, je n’ai pas été moi-même. Soit mentalement totalement ailleurs, soit complètement crétin et lourdingue.

Mais ça ne m’a pas empêché de coucher avec moi-même le soir venu. Je ne peux pas me résister.