Du sang froid
Une certaine inquiétude m’habite depuis quelques jours. Depuis deux ans que ce journal existe, j’ai réussi à, lorsque je ne parle pas de moi, me moquer de / traîner dans la merde / diffamer outrageusement : Jean-Paul II, Stéphane Bern, Charles Biétry, Wayne Rooney, Mc Donald’s, les juifs, les musulmans, les catholiques, les bouddhistes, les gens en général, Marc-Olivier Fogiel, le peuple anglais, le peuple portugais, le peuple américain, ces enculés de chinetoques (pardon : le peuple chinetoque), le peuple français (surtout ceux d’origine chinetoque), Adolf Hitler, Paris Hilton, l’Idéaliste, le Dalaï Lama, Zinedine Zidane, Leroy Merlin, Oussama Ben Laden, son pote le mollah Omar, le Jihad Islamique, George W. Bush, Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin, Michel Drucker, le Parti Socialiste français, le Parti Communiste français, les partis trotskistes français, la droite Républicaine française, le Front National (français, ils nous l’ont assez répété), Jean-Marie le Pen, les écologistes, les marques de lingerie, les publicitaires, les fournisseurs d’accès à l’Internet, le rap, le black et heavy metal, les femmes, les hommes, les travestis, The White Stripes, les adolescents, Vincent Delerm (et je ne suis pas prêt d’arrêter avec lui), Jean Duport, la Poste, les jeunes de banlieue, les parisiens, les branleurs, les partouzards, amazon.com, Roland Emmerich, le Service Public Français, les profs et les cheminots en particulier, les syndicalistes, David Douillet, mes lecteurs, les journalistes, le CNRS, les médecins, les psys en particulier, les bars, les discothèques, Bill Clinton, la Comédie Française, Jean-Pierre Chevènement, Jean-Claude Van Damme, HP, toute ma famille, la plupart de mes amis et enfin surtout moi-même.
Ca fait beaucoup. D’autant plus que j’ai dû en oublier quelques uns. Et sachant pertinemment que l’on ne récolte que ce que l’on sème, je suis convaincu qu’avec mes conneries je vais finir par me retrouver avec au mieux un procès au cul, et au pire un contrat sur la gueule.
J’ai par conséquent, comme je le disais, une certaine inquiétude. Mourir ou aller en prison je m’en fous, mais par pitié : attendez que j’obtienne mon permis de conduire ! Cela fait désormais vingt-cinq jours que je suis inscrit dans cette infâme et petite auto-école de banlieue, et que je m’enfile les questions de code de la route par milliers. Cela m’emmerderait que le boulot abattu quotidiennement le fût en vain. Alors retenez-vous encore quelques semaines avant de lâcher les pitbulls à la sortie de chez moi, merci.
************ Petite parenthèse ************
Je tenais aussi à vous prévenir, au cas où l’une ou l’un d’entre vous voudrait m’envoyer un CD de Vincent Delerm par voie postale pour me faire une blague, sachez que j’ai eu l’idée avant vous, que j’en ai déposé le brevet et qu’en conséquence je pourrais, en toute amitié, vous attaquer en justice, vous ruiner et vous pousser au suicide.
Vous êtes prévenus.
************ /Petite parenthèse ************
C’est toute une aventure, le code de la route. Ou est-ce simplement moi qui ai un peu forcé la dose ? Pour vous donner un exemple, prenez ce matin. 7h, le réveil sonne, je me lève (oui je me lève à 7h, je suis tout fier). J’ouvre les volets : brouillard épais. De manière machinale et totalement spontanée, je me mets à réciter cette étrange incantation : « Visibilité inférieure à 50 mètres, j’allume feux de croisement + feux de brouillard avant et arrière, je roule à 50 km/h en toute circonstance, je fais particulièrement attention aux distances de sécurité. Le brouillard étant un ensemble de molécules d’eau en suspension dans l’air, je surveille la netteté de mon pare-brise et de mes rétroviseurs latéraux. »
Et je vous jure que c’est vrai. Je deviens dingue.
Il faut dire que je prends tout ceci très au sérieux, je me suis bouffé en trois semaines ce que les gens normaux avalent en deux ou trois mois, c’est-à-dire environ 3500 questions/réponses. Résultat, je suis régulièrement sous le fameux seuil des cinq fautes ; si je ne l’étais pas ce serait tout de même assez grave. Mais c’est perfectible. Je vous tiendrai au courant, je sens bien que cela vous intéresse beaucoup.
Le code de la route n’est certes pas, et je suis assez bien placé pour en juger, la chose la plus intéressante dans l’existence, mais elle vous la modifie en profondeur, l’existence justement. Dans la rue je ne regarde plus les filles, je suis obsédé par les panneaux de signalisation et le marquage au sol. C’est très sexuel un panneau de signalisation, quand on regarde bien. Personnellement mon préféré, c’est celui annonçant un cassis ou un dos-d’âne. Il me fait penser à des nichons. Ca m’excite.
Aussi, ça change radicalement vos rapports avec les enfants. Aujourd’hui lorsque j’en croise un, je me mets à hurler de terreur et je change de trottoir. Oui car il faut savoir que de nos jours, au code de la route, on vous apprend que l’enfant est un petit hominidé apparenté au kamikaze, totalement dénué de sens commun et dont l’unique but dans la vie est de se jeter sous vos roues. C’est-à-dire que ça fiche la trouille, quand même.
NB : Il en va de même avec les personnes âgées, sauf que si vous avez le malheur de les rater, ils vous gueulent dessus.
Et puis, ça vous rend très méfiant, le code de la route. Un exemple : on vous projette l’image d’une route sur laquelle vous êtes absolument seul, personne devant, personne derrière. C’est la rase campagne, vous êtes entouré de champs de blé, pas l’ombre d’une vie à l’horizon. Vous roulez à une allure autorisée, vous êtes bien placé sur la chaussée. Question :
Je suis né le 23 février 1975 et j’ai mangé une crêpe à midi :
A/ j’accélère
B/ je maintiens mon allure
C/ ou je ralentis ?
Incrédule, vous relisez cinq fois la question pour finalement vous décider à cocher la case B, ne voyant aucune raison d’adapter votre allure à quoi que ce soit. Puis plus tard, la correction s’affiche :
Vous êtes nul et vous avez répondu n’importe quoi pour m’énerver. Dans le cas présent, vous êtes absolument seul sur la route. Vous n’allez donc devoir dépasser personne. Par conséquent, il est inutile d’accélérer. En temps normal, l’attitude à adopter serait de maintenir votre allure, mais ici, vous vous trouvez à côté d’un champ de blé. Celui-ci ne diminue d’aucune manière la visibilité sur la route, mais peut toutefois très bien masquer une invasion de criquets, qui pourrait s’avérer particulièrement meurtrière si vous rouliez à une vitesse supérieure à 2 (deux) km/h. Il faut savoir que les invasions de criquets sont la 7352e cause de mortalité sur la route, ce qui n’est pas négligeable. Dans l’absolu, en présence d’un champ de blé, l’automobiliste prudent devrait garer son véhicule sur le bas-côté en toute sécurité, ramper jusqu’à la ville la plus proche, et s’acheter un vélo pour circuler. Cependant, cela n’est pas toujours possible. Il faut donc ralentir.
La bonne réponse était : C.
Forcément, au bout de 3000 questions et autant de corrections de la même veine, vous êtes devenu complètement parano. Moi honnêtement, aujourd’hui si je vois un enfant dans un champ de blé, je m’évanouis.
Bon allez, j’arrête là. Dans mon prochain article, je mettrai pleins de choses intimes, sérieuses et croustillantes. Il y aura de la souffrance, du sexe et pas mal de violence. Et du chocolat. Et euh... Navarro, ça fait toujours une grosse audience ça, Navarro. Voilà, c’est dit : dans mon prochain article, il y aura Roger Hanin déguisé en M&m’s avec une colonne grecque dans les fesses.
Ami lecteur, tu sais que tu ne peux pas manquer ça. Alors, à dans quelques jours... Drogué.
Je ne déprime pas en ce moment mais rassurez-vous : ça va revenir.






