vendredi 25 mars 2005

Du sang froid

Une certaine inquiétude m’habite depuis quelques jours. Depuis deux ans que ce journal existe, j’ai réussi à, lorsque je ne parle pas de moi, me moquer de / traîner dans la merde / diffamer outrageusement : Jean-Paul II, Stéphane Bern, Charles Biétry, Wayne Rooney, Mc Donald’s, les juifs, les musulmans, les catholiques, les bouddhistes, les gens en général, Marc-Olivier Fogiel, le peuple anglais, le peuple portugais, le peuple américain, ces enculés de chinetoques (pardon : le peuple chinetoque), le peuple français (surtout ceux d’origine chinetoque), Adolf Hitler, Paris Hilton, l’Idéaliste, le Dalaï Lama, Zinedine Zidane, Leroy Merlin, Oussama Ben Laden, son pote le mollah Omar, le Jihad Islamique, George W. Bush, Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin, Michel Drucker, le Parti Socialiste français, le Parti Communiste français, les partis trotskistes français, la droite Républicaine française, le Front National (français, ils nous l’ont assez répété), Jean-Marie le Pen, les écologistes, les marques de lingerie, les publicitaires, les fournisseurs d’accès à l’Internet, le rap, le black et heavy metal, les femmes, les hommes, les travestis, The White Stripes, les adolescents, Vincent Delerm (et je ne suis pas prêt d’arrêter avec lui), Jean Duport, la Poste, les jeunes de banlieue, les parisiens, les branleurs, les partouzards, amazon.com, Roland Emmerich, le Service Public Français, les profs et les cheminots en particulier, les syndicalistes, David Douillet, mes lecteurs, les journalistes, le CNRS, les médecins, les psys en particulier, les bars, les discothèques, Bill Clinton, la Comédie Française, Jean-Pierre Chevènement, Jean-Claude Van Damme, HP, toute ma famille, la plupart de mes amis et enfin surtout moi-même.

Ca fait beaucoup. D’autant plus que j’ai dû en oublier quelques uns. Et sachant pertinemment que l’on ne récolte que ce que l’on sème, je suis convaincu qu’avec mes conneries je vais finir par me retrouver avec au mieux un procès au cul, et au pire un contrat sur la gueule.

J’ai par conséquent, comme je le disais, une certaine inquiétude. Mourir ou aller en prison je m’en fous, mais par pitié : attendez que j’obtienne mon permis de conduire ! Cela fait désormais vingt-cinq jours que je suis inscrit dans cette infâme et petite auto-école de banlieue, et que je m’enfile les questions de code de la route par milliers. Cela m’emmerderait que le boulot abattu quotidiennement le fût en vain. Alors retenez-vous encore quelques semaines avant de lâcher les pitbulls à la sortie de chez moi, merci.

************ Petite parenthèse ************

Je tenais aussi à vous prévenir, au cas où l’une ou l’un d’entre vous voudrait m’envoyer un CD de Vincent Delerm par voie postale pour me faire une blague, sachez que j’ai eu l’idée avant vous, que j’en ai déposé le brevet et qu’en conséquence je pourrais, en toute amitié, vous attaquer en justice, vous ruiner et vous pousser au suicide.

Vous êtes prévenus.

************ /Petite parenthèse ************

C’est toute une aventure, le code de la route. Ou est-ce simplement moi qui ai un peu forcé la dose ? Pour vous donner un exemple, prenez ce matin. 7h, le réveil sonne, je me lève (oui je me lève à 7h, je suis tout fier). J’ouvre les volets : brouillard épais. De manière machinale et totalement spontanée, je me mets à réciter cette étrange incantation : « Visibilité inférieure à 50 mètres, j’allume feux de croisement + feux de brouillard avant et arrière, je roule à 50 km/h en toute circonstance, je fais particulièrement attention aux distances de sécurité. Le brouillard étant un ensemble de molécules d’eau en suspension dans l’air, je surveille la netteté de mon pare-brise et de mes rétroviseurs latéraux. »

Et je vous jure que c’est vrai. Je deviens dingue.

Il faut dire que je prends tout ceci très au sérieux, je me suis bouffé en trois semaines ce que les gens normaux avalent en deux ou trois mois, c’est-à-dire environ 3500 questions/réponses. Résultat, je suis régulièrement sous le fameux seuil des cinq fautes ; si je ne l’étais pas ce serait tout de même assez grave. Mais c’est perfectible. Je vous tiendrai au courant, je sens bien que cela vous intéresse beaucoup.

Le code de la route n’est certes pas, et je suis assez bien placé pour en juger, la chose la plus intéressante dans l’existence, mais elle vous la modifie en profondeur, l’existence justement. Dans la rue je ne regarde plus les filles, je suis obsédé par les panneaux de signalisation et le marquage au sol. C’est très sexuel un panneau de signalisation, quand on regarde bien. Personnellement mon préféré, c’est celui annonçant un cassis ou un dos-d’âne. Il me fait penser à des nichons. Ca m’excite.

Aussi, ça change radicalement vos rapports avec les enfants. Aujourd’hui lorsque j’en croise un, je me mets à hurler de terreur et je change de trottoir. Oui car il faut savoir que de nos jours, au code de la route, on vous apprend que l’enfant est un petit hominidé apparenté au kamikaze, totalement dénué de sens commun et dont l’unique but dans la vie est de se jeter sous vos roues. C’est-à-dire que ça fiche la trouille, quand même.
NB : Il en va de même avec les personnes âgées, sauf que si vous avez le malheur de les rater, ils vous gueulent dessus.

Et puis, ça vous rend très méfiant, le code de la route. Un exemple : on vous projette l’image d’une route sur laquelle vous êtes absolument seul, personne devant, personne derrière. C’est la rase campagne, vous êtes entouré de champs de blé, pas l’ombre d’une vie à l’horizon. Vous roulez à une allure autorisée, vous êtes bien placé sur la chaussée. Question :

Je suis né le 23 février 1975 et j’ai mangé une crêpe à midi :
A/ j’accélère
B/ je maintiens mon allure
C/ ou je ralentis ?


Incrédule, vous relisez cinq fois la question pour finalement vous décider à cocher la case B, ne voyant aucune raison d’adapter votre allure à quoi que ce soit. Puis plus tard, la correction s’affiche :

Vous êtes nul et vous avez répondu n’importe quoi pour m’énerver. Dans le cas présent, vous êtes absolument seul sur la route. Vous n’allez donc devoir dépasser personne. Par conséquent, il est inutile d’accélérer. En temps normal, l’attitude à adopter serait de maintenir votre allure, mais ici, vous vous trouvez à côté d’un champ de blé. Celui-ci ne diminue d’aucune manière la visibilité sur la route, mais peut toutefois très bien masquer une invasion de criquets, qui pourrait s’avérer particulièrement meurtrière si vous rouliez à une vitesse supérieure à 2 (deux) km/h. Il faut savoir que les invasions de criquets sont la 7352e cause de mortalité sur la route, ce qui n’est pas négligeable. Dans l’absolu, en présence d’un champ de blé, l’automobiliste prudent devrait garer son véhicule sur le bas-côté en toute sécurité, ramper jusqu’à la ville la plus proche, et s’acheter un vélo pour circuler. Cependant, cela n’est pas toujours possible. Il faut donc ralentir.
La bonne réponse était : C.


Forcément, au bout de 3000 questions et autant de corrections de la même veine, vous êtes devenu complètement parano. Moi honnêtement, aujourd’hui si je vois un enfant dans un champ de blé, je m’évanouis.

Bon allez, j’arrête là. Dans mon prochain article, je mettrai pleins de choses intimes, sérieuses et croustillantes. Il y aura de la souffrance, du sexe et pas mal de violence. Et du chocolat. Et euh... Navarro, ça fait toujours une grosse audience ça, Navarro. Voilà, c’est dit : dans mon prochain article, il y aura Roger Hanin déguisé en M&m’s avec une colonne grecque dans les fesses.

Ami lecteur, tu sais que tu ne peux pas manquer ça. Alors, à dans quelques jours... Drogué.

Je ne déprime pas en ce moment mais rassurez-vous : ça va revenir.

dimanche 20 mars 2005

Représailles

Je dépose les armes, je capitule, je me rends à l’évidence : il faut que je bosse mon jeu d’acteur. A moins qu’un connard ne se soit mieux défendu que moi ? Qu’importe, Gentille RH ne m’a pas rappelé. Salope.

J’ai perdu cette guerre, je l’admets. Mais je suis toujours en vie ! Et il ne sera pas dit que Neev, Monseigneur Le Roi du Bricolage de CV, fût rejeté par Leroy Merlin, Monseigneur Le Roi Du Bricolage tout court. Ce serait une humiliation, ce serait comme voir mes avances repoussées par une de ces bimbos engrossées à longueur d’année dans les chiottes d’improbables discothèques Provinciales. Ah ! Non, cela ne peut définitivement pas se passer ainsi !

Car j’ai fait des recherches. Mmm ? Non, pas avant l’entretien évidemment, j’y suis allé les mains dans les poches. Après, bien sûr. Logique neevienne oblige. Mais là n’est pas mon propos : j’ai fait des recherches. Et j’aime autant vous le dire, ce que j’ai trouvé n’est pas joli-joli.
Alors écoutez-moi mes amis, écoutez-moi attentivement car, une fois encore, Neev votre Prophète Adoré va vous montrer la Voie et vous dire la Vérité. Bien qu’il Abuse un Peu des Majuscules.

Cliché n°1, Livry-Gargan, 1943.
Cliché n°1, Livry-Gargan, 1943.


Ce cliché a été pris à Livry-Gargan (région Parisienne), en 1943 et à l’occasion de l’ouverture d’un magasin Leroy Merlin dans la ville occupée, à l’époque, par les forces Allemandes. Maintenant, regardez attentivement la rangée du bas, le douzième homme en partant de la droite. Oui. C’est bien lui. Hitler en personne. C’est très clair sur ce cliché. Mais comme tout le monde n’a pas la chance d’avoir comme moi 72 sur 10 à chaque œil, je vous ai fait un zoom :

Zoom x 10.
Zoom x 10.


Voilà qui devrait mettre tout le monde d’accord. Ceci est la preuve irréfutable que Leroy Merlin et le IIIe Reich ont eu des liens particulièrement étroits durant la guerre. Proprement infect.

Mais il y a pire. Leroy Merlin n’a pas simplement collaboré avec l’ennemi pendant les heures les plus sombres de notre Histoire. Je suis en effet en mesure de prouver qu’il a également développé et organisé une milice secrète, un véritable réseau armé et dont les cerveaux sont ancrés à tous les étages de la hiérarchie sociale, partout dans le monde.
Leur technique de combat est basée sur un art martial Nord-Coréen : le Tching Pinch-Pounch (ce qui signifie « l’Art d’éventrer tout le monde » en coréen). Voici d’ailleurs une photo prise à Pampelune (Espagne) par un de mes agents, infiltré dans un camp d’entraînement déguisé en Leroy Merlin :

Miliciens à l’entraînement.
Miliciens à l’entraînement.


Edifiant, non ? Mais comme je le disais, le pire est qu’ils sont armés ! Et pas comme une milice ou une guérilla ordinaire, attention. Pas de Kalachnikov, ni cocktails Molotov, ni frères Bogdanov, non : ils possèdent des armes chimiques foudroyantes, dont la technologie a été volée aux laboratoires secrets de l’Armée Américaine elle-même !

Mais pourquoi, vous demandez-vous ? Quel est leur but ? C’est très simple. Leroy Merlin a pour objectif de façonner un monde à son image : un monde où les bricoleurs seraient la race supérieure, où tout le monde serait habillé de vert et où le port de la visseuse/dévisseuse à la ceinture serait obligatoire dès l’âge de 13 ans. Oui, Mesdames et Messieurs, ces gens sont des malades. Et dire que j’ai postulé chez eux !

Mais vous me connaissez, je n’avance jamais rien sans preuves. En voici une. En 1995, une étude comportementale d’envergure a été menée sur les loisirs des populations en fonction de leur prénom. Il en résulta, entre autres, que 87% des Josiane aiment les arts plastiques, que 93% des Jean (et des John, Juan, etc) aiment la musique, et que 100% des Vincent Delerm sont alcooliques, drogués et antisémites.
Mais ce qui est surprenant, et n’a pas échappé à Leroy Merlin, c’est que 0% des Rémi aiment le bricolage, 67% d’entre eux avouant même être pris de violents vomissements à la simple vue d’un tube d’enduit.
Gardez ceci dans un coin de votre tête. Maintenant, intéressons-nous au nom lui-même de Leroy Merlin. Regardez attentivement : « LEROY MERLIN ». Vous ne remarquez rien ? Eh oui, les plus perspicaces d’entre vous l’auront vu : il s’agit de l’anagramme de « NOYER LE REMI » !!! Vous avez bien compris : les magasins Leroy Merlin ont leur leitmotiv à l’intérieur même de leur propre nom ! Dans leur idéologie de pauvres tarés, il faut liquider tous les Rémi de la Terre pour tendre vers un monde pur et qui sent bon les plinthes fraîchement vernies. Voyez vous-mêmes :

Miliciens, avant une chasse au Rémi.
Miliciens, avant une chasse au Rémi.


Vous remarquerez les réservoirs de leurs armes chimiques, sur leurs épaules. Chaque milicien s’en sert pour aveugler son Rémi, puis l’achève généralement en lui brisant la nuque d’un coup sec de Tching Pinch-pounch.
Vous remarquerez également qu’ils portent tous un numéro. C’est leur nom. Le milicien perd toute identité et est appelé à vie par son numéro, à l’exception de certains numéros spéciaux qui possèdent leur nom propre ; par exemple le numéro 206 s’appelle Peugeot, à cause de la 206 Peugeot. C’est de l’humour de bricoleur, ce n’est pas drôle mais ça les fait beaucoup rire.
L’horreur étant omniprésente chez Leroy Merlin, leurs chasses au Rémi s’avèrent souvent fructueuses... (attention, âmes sensibles s’abstenir) :

Miliciens, après une chasse au Rémi.
Miliciens, après une chasse au Rémi.


Ici, c’est un trinôme de miliciens dégustant un Rémi fraîchement abattu. Oui, j’ai omis de le dire mais tous les miliciens ainsi que tous les employés de chez Leroy Merlin sont cannibales. Et moches. Et ils sentent des pieds, aussi. Voilà voilà.

Ahem.

Non, je ne suis pas dégoûté du tout de ne pas avoir été retenu par ces enculés de fascistes.

vendredi 18 mars 2005

« Souvenez-vous des Ides de Mars ! »

Un drogué. C’est ce que je suis.

J’ai fait cette semaine un pas supplémentaire dans ce grand voyage qu’est la découverte et la compréhension de soi-même. Je suis incapable d’être heureux sans l’utilisation de médicaments psychotropes. Pire : leur emploi me fait me convaincre - sans sourciller - que je pourrai être heureux un jour. Ah ah ! Avouez qu’elle est bonne.

Le sommeil tailladé au cutter, j’ouvre les yeux. Mon cerveau cogne contre mon crâne à chaque afflux de sang. Bom. Bom. Bom. J’arrive presque à sentir mes nerfs optiques. Ils me font l’effet de deux seringues plantées dans les globes. La douleur est si vive que j’en visualise mentalement le contour. Mais très vite, elle se calme. Et laisse place à une sensation inédite pour moi : celle d’être dans la peau - le caoutchouc ? - d’une chambre à air. Rempli d’air, j’ai l’impression d’être rempli d’air ! Ni sang ni muscle, ni cœur ni boyasse. Pas de vie. Une simple entité gazeuse aux sens altérés.

Quelques minutes me sont nécessaires pour retrouver des sensations humaines.

Le corps est, certes, désormais revenu. Mais l’esprit est lointain. Une simple nervosité intérieure. Attention, rien d’apparent. Pas d’agressivité, pas d’anxiété. De la nervosité pure et irrationnelle. Juste suffisante pour me plomber le moral. Aïe... cela faisait longtemps, plusieurs mois que je n’avais plus rendu visite à mon abîme propre. Pour comprendre de quoi je veux parler, il vous faut imaginer un gouffre mental où rien ne peut être : aucune tristesse, aucune joie, aucune larme, aucun sourire. Chaque parole est un effort. Vous n’avez même plus envie d’émettre un son, d’ailleurs, vous n’avez plus envie de rien. Un autisme certain a son emprise sur vous et pétrifie votre flamme. Vous ne voyez plus rien, plus aucune perspective n’existe alors que tout est là ! Vous êtes prisonnier à l’intérieur de vous-même. Et vous vous dîtes que la mort, le sommeil éternel peut-être serait...

Mmm. Cela m’ennuie assez de parler de cela, très honnêtement. Car les gens, les bienheureux, qui ne connaissent rien de cet univers-là confondent très souvent tristesse et (petite) dépression. Sachez-le : dans ces moments-là, on paierait cher pour être triste. Car au moins se sentirait-on vivant. La tristesse et ce dont je vous parle sont deux choses totalement distinctes et même, allez je me risque à le dire, rigoureusement antinomiques. La première est un système regroupant une réaction, une émotion et un sentiment. La seconde, c’est... une dimension. Ceux qui ont fait/subi un peu de physique au Supérieur comprendront de quoi je parle.

Quoiqu’il en soit, toute la journée fût comme décrit plus haut. Jusqu’au moment de prendre mes cachetons. Vingt minutes plus tard, j’avais retrouvé la pêche. Un. Dro. Gué.
La preuve, la veille j’avais oublié ma dose. Le lendemain, j’ai compris ma douleur.

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Le texte qui précède n’a pas pour dessein de me poser en Caliméro. Je vais bien, merci, même si néanmoins tout est véridique. Là où je voulais en venir, c’est sur ces saloperies de psychotropes. Je n’ai jamais pu blairer les junkeries, douces ou dures, faibles ou chargées. Et j’accepte mal le fait de devoir être contraint de me reposer sur ces immondices pour avancer. Même si ce n’est que temporaire. Bon sang.

La journée dont je parlais était celle du mardi 15 mars. Le lendemain, j’avais récupéré. Et ça tombait plutôt bien, étant donné que j’avais un entretien d’embauche à 14h30 dans une grande enseigne spécialisée dans l’outillage, l’équipement domestique et la domotique et toutes ces conneries. Enfin bref, Leroy Merlin.

Un entretien autrement plus sérieux, et plus humain que celui obtenu par le biais de Manpower, là (allez relire ma petite trilogie du mois de février sur le sujet si vous ne vous souvenez plus). Nous sommes huit ou neuf pour un poste (SAV + manutention = aptitudes relationnelles client et aptitudes manuelles = je veux ce job). La RH m’a dit que sa préférence allait vers moi pour le moment, en attendant de recevoir les trois derniers connards qui veulent me piquer mon job. Bon, peut-être fait-elle ce genre de discours à tout le monde, mais l’entretien était tellement humain et détendu qu’elle n’avait vraiment pas besoin de mentir en cas d’avis défavorable sur ma candidature. J’ai su me vendre sans réciter un texte appris par cœur, je me suis totalement adapté à la situation et à la personne que j’avais en face de moi. Lorsqu’elle m’a posé des questions sur mon entourage familial et ma situation personnelle, j’ai pu, soit en étant totalement honnête ou au contraire complètement baratineur, retourner tous les points faibles de ma candidature :

Gentille RH : Je vois que vous avez fait du gardiennage d’immeuble ? (ndr : quasi-totalement faux, mais c’est sur mon CV)
Neev : Oui, un week-end sur deux pendant deux ans. Pour être honnête, c’est le poste qu’occupe ma mère, et je l’aidais car elle travaille aussi la semaine et elle a 61 ans cette année : c’est dur pour elle. Ce n’est donc pas très légal, mais entre ma mère et la Loi, le choix n’est franchement pas cornélien. (ndr : gros sourire approbateur de mon interlocutrice)

[...]

Gentille RH : Parlez-moi de ces deux dernières années, d’abord le CNED puis webmaster chez vous ? (ndr : comprendre : vous n’avez pas mis le nez dehors pendant deux ans)
Neev : Je crois que sur le plan de mon épanouissement personnel, ce fût l’époque de la croisée des chemins. Après la déception de la fac de sciences, je n’étais pas encore dégoûté de l’informatique. J’ai alors entrepris une année de BTS Info par le CNED, car il était trop tard pour aller ailleurs (ndr : faux, j’ai choisi le CNED par pure trouille et facilité, mais j’ai suffisamment parlé de cette époque dans ce journal). C’est durant cette année-là que j’ai compris que je m’étais totalement trompé d’orientation. Le temps de me remettre les idées en place et de savoir ce que je voulais vraiment faire, j’ai pris du recul et me suis servi de mes compétences pour mettre de côté. L’ennui a surtout été le manque de vie sociale, j’ai vraiment pris conscience que le contact humain était primordial pour moi (ndr : bingo vis-à-vis du poste) et que je ne voulais plus jamais avoir à communiquer toute la journée avec une machine. (ndr : ou comment vendre deux années de branlitude complète, j’espère que vous appréciez le talent)

[...]

Gentille RH : Et hormis tout cela, vous n’avez jamais travaillé l’été ? (ndr : gros point faible de mon CV)
Neev : Non. Comme je vous l’ai expliqué, mes parents sont en fin de carrière, et très franchement ils comptent leurs jours. Ils ont trimé toute leur vie dans des emplois difficiles, et ont donc développé un rapport conflictuel avec le travail (ndr : à ce moment précis, j’ai failli avoir une éjaculation tant je me trouvais jouissif). Ils nous ont donc, consciemment ou pas, toujours protégés vis-à-vis de cet univers. Sans doute un peu trop ! (ndr : ultra archifaux, j’avais juste la trouille et pas du tout envie de bosser, et mes sœurs ont toujours bossé l’été et au-delà) D’ailleurs, je vais vous faire une confidence, il y a deux jours j’ai parlé de cet entretien à ma mère, et elle s’est empressée de me dire « Tu sais, si tu n’as pas envie hein, t’es pas obligé d’y aller... » (ndr : véridique, elle est trop permissive). Ce à quoi j’ai répondu « Heu maman, 1/ j’en ai besoin ET envie, 2/ cela ne se fait pas ! » (ndr : rires partagés par Gentille RH et moi-même). Mais vous le savez sans doute aussi bien que moi, à force de dissuader son enfant de faire quelque chose, on décuple sa motivation à faire précisément l’inverse ! (ndr : je devrais faire avocat, incroyable ce que je peux dire comme conneries quand je m’y mets)

[...]

Gentille RH : Ces deux années d’inactivité sociale ont-elles eues des conséquences sur votre moral ? (ndr : ils recherchent quelqu’un de dynamique, je la vois venir gros comme une maison)
Neev : Très honnêtement, si, bien sûr que si, surtout pour quelqu’un comme moi qui recherche l’humain avant tout, et qui déteste rester sans rien faire (ndr : festival de conneries, ce n’est plus du talent à ce niveau, c’est du génie pur). Mais depuis le début de mes recherches d’emploi, entre autres, ça va beaucoup mieux ; dès qu’il y a un petit rayon de soleil : il est pour moi ! (ndr : un Oscar, donnez-moi un Oscar !)

Enfin voilà, un mélange d’honnêteté et de mensonges éhontés qui me vaudront à coup sûr un petit séjour au purgatoire à l’heure du trépas, mais à la guerre comme à la guerre ! Mais attention, ne vous y trompez pas, j’ai l’air fier de moi comme ça, mais ma performance était largement perfectible et je le sais.
Dans tous les cas, réponse vendredi 18, normalement. Si je ne suis pas pris, je me concentre totalement sur cette saloperie de code de la route (y a pas à chier, Gilles de Robien a fait un sacré travail en rehaussant drastiquement le niveau de l’examen), et si je suis pris, je mène les deux de front et j’aurai fait un grand pas en avant, bordel de Dieu ! (Pardonne-moi le blasphème, maman)

Ca va bientôt ressembler à un blog d’entreprise, ici. J’en ai la nausée, tiens. Dîtes à Cego de me filer une de ses passoires.

lundi 14 mars 2005

Article gonflant (on ne peut pas toujours être génial)

Juste un petit paragraphe politique pour commencer, et après c’est promis je vous fiche la paix avec ça : les salariés du privé se sont une fois de plus faits mettre en beauté par ceux de cette racaille mafieuse du Public (troll intended).
Les deux secteurs manifestaient dans tout le pays jeudi dernier, main dans la main, pour qu’on augmente leur pouvoir d’achat d’une manière ou d’une autre. Certes, c’est légitime, les temps sont chaque année un peu plus durs. Mais résultat, le Premier Ministre ouvre des négociations dans les domaines où son pouvoir peut effectivement s’exercer : les salaires du Public. Il leur donnera la pièce, histoire de marquer le coup. Mais cette pièce, de la poche de qui sortira t-elle ? Voilà, vous me suivez : des salariés du privé, bien entendu. Et étant donné que Raffarin ne peut évidemment pas jouer sur l’interventionnisme étatique pour contraindre les entreprises à augmenter les salaires (il ne peut que, je cite, « vivement les inciter à »), seule la Fonction Publique sera augmentée.
Conclusion : les gens du privé présents dans les rues à beugler comme des abrutis jeudi dernier ont contribué à voir leur propre pouvoir d’achat baisser (pour financer la hausse de celui du Public), alors qu’ils étaient justement censés le défendre.

35 millions de personnes qui l’ont dans l’os pour défendre les petits privilèges de 5 millions d’autres, et sans même l’avoir vu venir. Pas besoin d’être madeliniste pour l’admettre : c’est d’une beauté rare.

Alors maintenant, les gens, écoutez plutôt ma solution. Au lieu de manifester dans le vide, on ne bouge pas. On laisse la théorie libérale faire son travail. Pendant des années. A la suite de quoi, deux cas de figure :

1/ le libéralisme crée tellement de richesses qu’au bout du compte tout le monde s’y retrouve. Dans ce cas-là, pas de problème. Tout le monde ferme sa grande gueule.

2/ le libéralisme diminue drastiquement le niveau de vie de plus de 70% de la population Française (il faut qu’on soit nombreux, c’est important) pour augmenter celui des 30 autres pourcents. Bref, échec total et inégalités sociales insupportables. Dans ce cas-là, facile : on prend les armes et on tue tout le monde. Toute l’Histoire de France est basée sur ce principe. Ca fait mille ans que ça fonctionne ! Profitez de la vie au lieu de manifester puisqu’à terme, quoiqu’il arrive, ça finira dans un joyeux bain de sang.

Parfois je me dis que les valeurs de ce pays foutent vraiment le camp.

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Voilà pour le chapitre politique. A vrai dire, j’avais beaucoup d’autres choses à développer sur le sujet, mais je ne voudrais pas que Sarkozy (il me lit assidûment) me pique mes brillantes idées et qu’il les emploie dans sa future campagne présidentielle. Merci de votre compréhension.

Il y a une chose qui m’a donné la banane pendant au moins cinq minutes consécutives, dimanche (un exploit, surtout pour un dimanche). Cette chose, c’est ceci :



L’hiver est enfin terminé. Les températures remontent. Les jours rallongent. La présentatrice météo de TF1 en fait même des grimaces de joie. Ah, printemps joli. Tu t’es fait attendre, mais enfin tu es là !

...
Bon ben casse-toi maintenant, c’est l’été qui m’intéresse.

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Depuis deux semaines, je continue graduellement de baisser les doses d’anxiolytiques. C’est agréable, mais je retrouve petit à petit ma nervosité latente d’avant. Je dois apprendre à composer avec. Nerveux, je le suis d’autant plus que mercredi, j’ai un entretien d’embauche dans un des magasins démarchés le mois dernier. Ca ne m’inquiète pas, ne me pose aucun problème particulier, mais je ne suis pas calme. Perpétuellement en ébullition à l’intérieur. Comme avant.

Ca me gonfle d’être ainsi. Je ne l’accepte pas. Je ne m’accepte pas. Et à cela s’ajoute mon humeur de ces derniers jours. Je suis un peu morose, absent, je prends la mouche au moindre reproche. Je ne suis pas très agréable à vivre, en ce moment. J’ai ce sentiment, toujours le même, que je ne m’aimerai jamais. Que je serai éternellement ce petit angoissé. Ce petit névrosé, un jour dépressif, un jour psychorigide, un jour transparent... J’exagère sans doute. Mais c’est ainsi que je me vois.

Vivement la mort.

jeudi 10 mars 2005

Mobilisation ! Ouais !

Pour ceux qui ne sont pas au courant, aujourd’hui en France - enfin surtout à Paris, mais Paris est la France, le reste n’est qu’une vague province sans intérêt où subsistent le droit de cuissage et la gabelle - il y a une journée de manifestation générale pour la défense : 1/ de cette connerie que sont les 35 heures, 2/ des salaires de ces fainéants qui « travaillent » (comprenez : tchatent sur Internet toute la journée) dans la Fonction Publique.

Et me voilà bien embêté. Car cette mobilisation m’inspirait néanmoins beaucoup de sympathie, aussi voulais-je y participer ! Défiler comme un baltringue, demander la démission de tout ce qui bouge (Raffarin, Fillon, Vincent Delerm, etc), hurler d’effrayants slogans tels que : « Raf-fa-rin, t’es foutu, les guichetiers RATP sont dans la rue ! » (Ca fiche la trouille, hein ?).

Non, vraiment, j’étais bien motivé pour y aller. Malheureusement, tous les trains pour Paris étaient supprimés, vu que tous les cheminots font la grève. Du coup, je vais devoir me mettre à voter UMP (à droite, pour ceux qui ne le sauraient pas) pour qu’enfin un jour on instaure le service minimum dans toute la Fonction Publique, et qu’on puisse aller manifester tranquillou contre les mééééchants gouvernements UMP.

On appelle cela « vivre dans un pays de cons ».

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Il m’est arrivé plein de choses ces derniers jours. L’ennui pour vous, c’est que je ne ressens pas le besoin d’en parler ici, étant donné que j’ai déjà dit ailleurs tout ce que j’avais à en dire. Alors ce que je vais faire, c’est vous donner des mots-clés dans le désordre, et vous vous inventerez votre propre histoire : argent, dehors, police, coups, père, coup fourré, neev, hôtel, hurlements, froid. Voilà, amusez-vous. Un indice toutefois : ce n’est pas un conte de Noël, mais les plus avertis d’entre-vous l’auront compris.

On appelle cela « vivre dans une famille de cons ».

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Cela fait 9 jours que je suis inscrit à l’auto-école. J’appréhendais un peu une ambiance de cour d’école avec plein de djeunz qui écoutent du Kyo ou du Snoop Dogg très fort dans leur casque. J’avais tort, je suis dans la moyenne d’âge. Il y a des djeunz certes, mais également pas mal de moins jeunes qui se sont vus retirer leur permis pour diverses raisons. Mais de toutes manières, comme personne ne parle à personne, cela n’importe finalement que très peu.
Vous connaissez le principe, je suis nouvellement inscrit donc pour le moment je m’exerce pour l’examen du code de la route. D’ailleurs à ce sujet, le « Code de la Route » est le livre le plus chiant que j’ai lu de ma vie. Il n’y a pas de trame principale, le scénario est totalement décousu, et les personnages principaux sont des Fiat Punto et des 106 Peugeot, ce qui limite leur charisme et les dialogues. Mais passons.

Je disais donc que je me mange du code tous les jours. La salle à beau être sinistre, je m’y amuse bien ; je crois même être le seul à m’amuser. Chaque jour, j’arrive en avance pour occuper ma place favorite : au milieu, contre le mur de droite. Pour tuer le temps, je lis les mots laissés par les djeunz sur les petites tablettes qui, pendant la séance, nous servent d’appui pour cocher les cases sur la feuille de réponses. C’est presqu’à chaque fois une délectation. Ca va du « JH cherche plan cul, les filles appelez-moi au 06 68 14 XX XX » avec pour réponse « T’as qu’à te branler, connard », aux classiques « [Insérez ce que vous voulez] en force », par exemple « PSG en force », « Ivry-sur-Seine en Force », ou encore « Nicolas Sarkozy en force » (j’avoue avoir inscrit le dernier, ça me faisait beaucoup rire sur le moment).

Lorsque j’ai fini mes lectures, je relève la tête. Mes yeux se fixent sur le mur d’en face, couleur jaune sale. Sur la droite, presqu’à l’angle, il y a une affiche pour les restaurants « Chez Papa », sur Paris. Cela me rappelle la première fois que j’ai rencontré Miss Chococat et Tessa. Ca remonte à octobre 2003. Je me souviens, c’est ce soir-là que j’étais tombé amoureux de Miss, assise juste en face de moi, ses yeux verts sombre plongés dans les miens. J’étais tellement ému que je n’avais pas pu finir mon assiette, il faut le dire, généreusement remplie.
Puis, lorsque je m’arrache de mes souvenirs, je viens à penser que cela fait désormais une grosse année, qu’hormis deux coucheries malheureuses, je n’ai personne dans ma vie.

Et une petite moue triste, de s’afficher sur mon visage.

Je regarde alors autour de moi, guettant l’arrivée d’une jeune femme qui serait à mon goût. Voyons voir qui entre ! Une femme mûre et voilée. Bon, mauvaise pioche. Attendons la prochaine. Un type. Et moche, en plus. Allez, j’aurai plus de chance au prochain coup. Ah ! Une brune, cheveux longs, visage lisse... et accompagné de son petit ami, évidemment. Je me mets à regarder le plafond, me disant que je ne suis de toutes manières pas là pour ça.

Puis une fille s’installe sur la chaise derrière moi. Je n’ai pas vu à quoi elle ressemblait, tout juste ai-je entendu un très timide « bonjour » lorsqu’elle est entrée. Je me retourne l’air détendu et désintéressé pour regarder naturellement autour et moi, et jette un coup d’œil derrière pour voir à quoi elle ressemble. Et elle est mignonne. Dix-huit ans, des cheveux blonds en pétard, de drôles d’yeux gris. Son regard accroche le mien. Merci, me dis-je, je n’en demandais pas tant.

Pensées en italique :

Neev : Bonjour !
Elle : Salut !
Neev : Tu es là depuis longtemps ?
Elle : Je viens d’arriver !
Neev : Non mais je voulais dire, inscrite depuis longtemps ? Connasse ?
Elle : Boh, trois mois, en gros.
Neev : Ah oui ? Et combien de fautes, ces temps-ci ?
Elle : Une douzaine, et toi ? (ndr : AHEM.)
Neev : A peu près la même chose (ndr : moins en fait, mais passons).
Elle : Et t’es là depuis longtemps toi ? Je t’ai jamais vu !
Neev : Une semaine.
Elle : Ah bah t’es drôlement fort alors, je sais pas comment tu fais ! Je trouve ça trop dur !
Neev : J’ai lu le bouquin, connasse. Putain, c’est une cruche totale. Quel con je fais, je parle vraiment à n’importe qui. Je crois qu’on progresse très vite au début, et qu’on stagne après. Et j’ai beaucoup de temps à y consacrer, je n’ai pas de cours en ce moment.
Elle : Ah ouais ? Tu fais quoi ?
Neev, sur le ton de la blague : Une dépression.
Elle : Ah ouais, j’ai déjà vu des gens comme ça dans « Ca se discute ».
Neev : Heureusement que je ne lui ai pas dit que j’étais un islamiste préparant un attentat, elle l’aurait gobé. Oui moi aussi, mais je plaisantais. Au fait moi c’est Neev, et toi ?
Elle : Charlène.
Neev : Ok, ça va commencer, bonne chance ! La vache, c’est pas encore aujourd’hui que je vais trouver quelqu’un, moi.

C’est vraiment déprimant ces filles qui perdent tout leur charme dès qu’elles ouvrent la bouche. Enfin bon. Au moins, j’ai pu lui adresser la parole. Je progresse.

samedi 5 mars 2005

Bouquet de larmes.

Il y a les grosses, celles qui coulent par paquets, par charges. Elles sont généralement accompagnées de petites, pénibles plaintes et d’onomatopées ridicules. On appelle cela chouiner. Pleurnicher.

Il y a les jumelles. Les deux uniques qui ne se rencontrent jamais, puisqu’à chacune son œil. Deux larmes qui roulent le long des joues et s’épuisent parfois au menton, parfois à la commissure des lèvres. Les jumelles témoignent d’une émotion contenue et d’apparence noble et sereine.

Il y a les lacrymales. Des larmes mécaniques, qui ne sont que l’expression automatique d’une douleur physique aiguë ou de l’inhalation d’un gaz. De simples rouages, les derniers maillons d’une chaîne. Les membres d’une vulgaire relation de causalité.

Il y a les spontanées. Celles qui arrivent sans prévenir et coulent d’elles-mêmes. Elles sont provoquées par une émotion soudaine et brutale. La joie intense... la profonde tristesse ! C’est tout l’un ou tout l’autre : on se sent maître du monde, ou bien tout s’écroule autour de soi. Les hourras, ou les insupportables supplications de celui sur qui le malheur s’abat. Mais toujours, les spontanées vous cueillent, vous agrippent, et vous ne pouvez qu’attendre le tarissement de la source.

Et enfin... il y a les inexorables. Celles-ci, je les connais comme si je les avais inventées. Ce sont les pires. Vos poings sont serrés, les ongles plantés dans les paumes. Les muscles faibles, les jambes tremblantes. Une journée de grève SNCF dans laquelle chaque cheminot serait une de vos fibres musculaires. Paralysie quasi-générale. La poitrine sur-pressurisée, le cœur tambourinant, la gorge serrée et le visage crispé... vous êtes incapable d’émettre le moindre son ou même de respirer autrement que par d’hypothétiques et aléatoires saccades. Vos paupières font barrage aussi puissamment que possible aux assauts d’un torrent de ces inexorables, de celles qui jaillissent d’une source faite de douleur pure, et je ne vous parle pas d’un bobo, je vous parle de la putréfaction de votre intimité profonde, de la sublimation instantanée des petites briques que vous avez entassées une par une pour vous fabriquer toutes vos petites carapaces. Je vous parle de l’ultra-violence intérieure. De la croisée des chemins, dont un mène droit à la folie furieuse.
Les inexorables, je les connais si bien que j’ai presque appris à les aimer. Ou plus exactement, j’ai appris à presque les aimer. Elles sont si belles. Vous êtes impuissant, prostré les poings sur le sol, et sans bruit, sans aucune plainte ni gémissement, vous laissez toute votre plus profonde douleur se déverser. C’est la souffrance pure. Ce sont les inexorables.

Mais aujourd’hui je n’ai pas pleuré. On m’a pourtant traité comme de la merde. On m’a pourtant foutu dehors, le pied au cul en prime. Quelqu’un m’a pourtant trahi et - je le sais désormais - me trahit depuis fort longtemps. J’ai pourtant eu froid. Je me suis pourtant incroyablement senti seul, et abandonné. Mais pourtant, rien. Pas une larmichette.

Aujourd’hui j’ai cessé de croire. Amour, amitié, estime, famille, confiance. Autant de concepts fumeux qui ne font plus partie de mon univers, si tant est qu’ils en ont fait un jour partie. Aveugle que je suis ! Trahison, profit, égoïsme, vengeance, élimination, voilà les vraies valeurs qui m’entourent. Alors voyons voir un peu ce qu’elles donnent entre mes mains !

Aujourd’hui j’ai pris conscience de qui étaient « certains ». Et croyez bien que je le déplore, « certains » devront mourir. Ce n’est pas une menace.

C’est une promesse.