samedi 19 février 2005

Trois conneries, un café, l’addition.

La conscience collective est vérolée. C’est moi neev, votre prophète, qui vous le dit. La conscience collective du peuple de cette planète est salement vérolée. Un exemple parmi tant d’autres : il existe un milliard de personnes qui prétendent qu’un dénommé « Allah » serait « le plus grand », tandis qu’un un milliard d’autres répondent aux premiers que « non, c’est même pas vrai » (les quatre autres milliards s’en branlant plus ou moins).

Vous serez d’accord avec moi, il y a litige flagrant, et ce litige crée de nombreuses tensions un peu partout dans le monde. C’est pourquoi moi, neev, Elu parmi les Elus et envoyé sur Terre pour vous montrer la voie et dire du mal de Vincent Delerm, je propose de vérifier rapidement et pacifiquement l’affirmation tant controversée « Allah est le plus grand ». En effet, il est de notoriété mondiale que des divinités (ou assimilés), Bouddha est le plus gros et Zidane le plus friqué, mais Allah est-il vraiment le plus grand ? C’est pourquoi je propose que chaque Terrien se cotise à la hauteur de ses moyens afin de financer l’achat un double décamètre, à l’aide duquel nous pourrons mesurer Allah et enfin mettre tout le monde d’accord sur la question.

Vous pouvez m’envoyer vos dons en ligne, en scannant vos pièces et vos billets, et en me les envoyant par e-mail. Je me charge de l’achat du double décamètre et de contacter Allah. Je l’ai vu avant-hier à Concarneau, accroupi sur des rochers. D’où la célèbre formule « Allah pêche au moules ».

Si vous avez un litige, des questions, ou simplement besoin d’un guide spirituel, n’hésitez pas à me contacter : Julien Courbet c’est une petite bite comparé à moi.

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Bon, maintenant que j’ai fait le con et que je me suis mis tous les islamistes à dos, on va pouvoir parler sérieusement. Cette semaine, j’ai démarché pour déposer CV et lettres de motivation dans six magasins ou grandes surfaces, dont je tairai les noms car il y aurait largement de quoi vous foutre de ma gueule. Bon allez, d’accord : Carrefour, Auchan, Leroy Merlin, Go Sport, Score Game et Micromania. Pour y faire de la caisse. La classe internationale, je sais. Et encore, je vais faire pire la semaine prochaine : But, Monoprix. Là honnêtement, ça commence à faire mal au cul. Mais je vous promets de tout faire pour ne pas finir chez Mc Do. Miséricorde ! Quelque pitié pour un pauvre jeune homme qui a le Jihad Islamique aux fesses depuis cinq minutes !

En rentrant de mes démarches au goût funeste (ah si, si, Leroy Merlin je vous jure que ça pue la mort), il m’est venu une idée rigolotte pour égayer les prochaines fois. Hihi, je vais postuler chez Darjeeling (une chaîne de boutiques de lingerie fine, très fine). J’ai déjà préparé la lettre de motivation, que voici (je vous épargne l’en-tête) :

Madame, Monsieur,

J’ai choisi, en vous soumettant mon CV, de faire acte de candidature spontanée pour le magasin Darjeeling. Je souhaite y occuper un poste en vente, à temps partiel ou à temps plein en fonction des besoins du magasin.

Je connais Darjeeling depuis longtemps, pour y aller régulièrement et pour sa réputation désormais établie nationalement. A son ouverture, le Darjeeling de Maville a su rapidement se forger une réputation locale, ce qui est pour moi le gage de son dynamisme.

Ayant jusqu’ici suivi une formation d’informaticien, je suis rigoureux, précis et patient. Mon expérience de webmestre m’a donné l’exigence de répondre avec grande exactitude aux attentes du client. J’ai par conséquent une bonne faculté d’adaptation. De plus, j’ai toutes les qualifications requises pour conseiller la cliente sur tout type de lingerie, étant moi-même un grand passionné et un grand consommateur (je trouve par ailleurs que votre dernière gamme de strings serre un peu à l’entrejambe).

Je suis dynamique, j’ai le contact facile avec les gens (je tiens cependant à affirmer que d’éventuelles rumeurs me liant à une prétendue mineure répondant soit disant au nom de Vanessa ne sont que pure calomnie) et suis tout à fait apte à travailler autant seul qu’en équipe. Je suis fiable et volontaire, j’ai une bonne élocution ainsi qu’une bonne présentation. Mon domicile se trouve à proximité, ce qui m’offre une grande flexibilité dans les horaires.
Et pour finir, je souhaiterais élargir mon expérience passée par une expérience en caisse ou en vente. Entre autres, car il y a énormément de choses que je souhaiterais élargir. Si vous saviez.

Je pense que tous ces arguments feront de moi un bon élément dans votre équipe. N’hésitez pas à me contacter à tout moment, je suis disponible immédiatement et tous les jours. Même la nuit. Par pitié, appelez-moi.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations respectueuses.


Voilà. En revanche j’hésite à y coller mon véritable nom, des fois que la fille prenne peur et appelle les flics. Je vais suffisamment avoir à faire avec Al Qaeda.

vendredi 18 février 2005

Le faux ami

J’avais aperçu il y a de cela quelques années, dans un reportage mal monté dont certaines racoleuses émissions de télé sont remplies, un homme Américain, noir et démesurément obèse, mais surtout extrêmement touchant. L’ami nous expliquait la voix chevrotante et à demi-honteuse comme lors d’un lourd aveu, que dans les moments de déprime, de frustration, de détresse (moments qui se faisaient de plus en plus fréquents chez lui), il tombait si bas qu’il entendait son réfrigérateur lui dire « je suis ton ami », et l’appeler à s’empiffrer pour calmer sa douleur. Mais plus il se gavait, plus il souffrait et plus il souffrait... plus il se gavait.

Je pense souvent à lui, et j’ai de la peine à avoir oublié son prénom. Je pense souvent à lui car j’ai le même problème. Pas vraiment de la même nature, je pèse 72 kg pour 1m80 (brun, sur Paris et célibataire, mesdemoiselles n’hésitez pas à me soumettre vos candidatures par e-mail, j’étudierai toutes les propositions attentivement), merci beaucoup ça va pas mal pour moi à ce niveau-là.

J’ai en revanche moi aussi mon faux ami. Celui qui vous distrait d’une main pour vous poignarder de l’autre. Qui vous soulage en vous rendant dépendant. Il m’arrive en effet de rester des heures dans mon lit, éveillé et recroquevillé, entièrement recouvert d’une lourde couette. Gigotant d’une jambe. A gamberger. Dans le seul et unique endroit qui me rassure vraiment : le fond de mon lit. Des heures. Toute la journée.

Ce matin fût un de ces matins. Alors que j’avais à faire, j’ai eu une sorte de peur qui n’en ai pas une, comme une chape de plomb qui m’empêchait de me tirer de mon pucier. Non, je me trompe, ce n’est pas une chape de plomb. C’est trop lourd. Non, ce serait plutôt comme si l’on était face à une serrure très simple et qui ne pose aucune difficulté, à ceci près que la clé est l’une de vos molaires. Ce qui vous amène à un choix évident : soit vous restez gentiment devant le cadenas, soit vous le déverrouillez mais au prix de devoir dorénavant mâcher vos steaks du côté droit.

Appelez cela comme vous voulez : fainéantise, lâcheté, dépression, flemme, fatigue, lassitude, inconséquence... je m’en moque. Ce que je sais moi, c’est que c’est dur. Un mois maintenant que j’ai commencé le traitement, et je commence à en voir les limites. Plus à l’aise socialement, plus d’angoisses, certes. Mais les interrogations, les incertitudes, le manque de confiance en moi... tout cela demeure. Et que dire de ce manque d’envie, d’entrain. Le fait de ne plus m’enthousiasmer pour rien. Ne pas savoir où je vais, ni à quoi tout cela sert finalement ?

Le suicide, j’y ai pensé entre une et quarante fois par jour, tous les jours pendant huit ans. Ca m’a amené à faire deux ou trois conneries. Depuis un mois, je m’administre deux gélules qui, petit à petit, m’empêchent plus ou moins d’y songer. Super, vraiment. C’est fabuleux. Mais je ne vais pas mieux pour autant. Eh, tu m’étonnes. J’ai compris ces derniers jours que c’est moi qui devrai faire tout le boulot. Je le savais déjà, mais là je l’ai vraiment compris. Et c’est là que ça devient dur, que ça devient violent. J’ai l’impression d’être dans une mue, et toute la douleur qui vient avec me donne envie de hurler. Ces derniers jours, j’ai compris avoir entamé le processus manquant, celui qui achèvera de manière irrévocable de faire du petit garçon, un homme.

Et j’ose vous le dire : le petit garçon est terrorisé.

vendredi 11 février 2005

Un échantillon d’une vie de con. (1/3)

J’ai pour habitude de débuter mes petits articles par un paragraphe plus ou moins drôle en fonction de la substance de ce que j’ai à raconter, mais qui n’a absolument rien à voir avec le thème principal du texte. Voilà.

Maintenant que c’est fait, parlons vrai. J’ai eu mon premier entretien d’embauche. Si, si. Moi. Mais reprenons dans l’ordre les derniers évènements.

Je me suis inscris hier (mercredi) dans une agence d’intérim, pour avoir des missions de courtes ou moyennes durées, histoire de tuer le temps d’ici la rentrée de septembre (fac de géo, vous vous souvenez ?), de flinguer mes phobies sociales et de me faire un peu de caillasse bien entendu. Bon. Arrivé à l’agence, je fais la queue. J’ai chaud. Je me demande ce que je fous là. Ah oui, me dis-je, me bouger les fesses... eh bien, voilà qui leur changera. L’ironie de la vie veut que l’on se bouge les fesses en les calant justement bien confortablement sur une chaise. Chez votre toubib, votre avocat, votre banquier, dans le bureau de votre patron. Et neuf fois sur dix, c’est pour vous baiser la gueule. Mais passons.

Mon tour venu, je loge mes miches avec délicatesse et décontraction sur une chaise verte molletonnée, bien en face d’une dame d’un genre Marine Le Pen au discours plus agréable. Lui présentant mon CV, je lui déclare souhaiter m’inscrire. L’échange est cordial, elle me demande dans quelle branche je souhaite travailler. A ce moment, j’ai pensé très fort « dans les magazines de charme, connasse », mais je me suis contenté de répondre « Principalement la vente, la manutention, l’accueil, le dépannage informatique. Ce qui est susceptible d’être compatible avec mon CV, en somme. » Pas grand-chose, quoi. Cependant, ses yeux restent figés sur la feuille de papier à peine noircie relatant mes exploits professionnels (inexistants) et scolaires (très laborieux). Elle se lève brusquement, et s’en va dans l’arrière-salle en me demandant de patienter quelques instants. Je me dis en souriant que mon CV doit être tellement comique qu’elle tient absolument à le montrer à ses copines. Eh bien non, elle revient au contraire me voir avec une offre d’emploi, m’en touche trois mots (vente, mise en rayon, accueil, téléphone, bref, boulot de merde), obtient mon accord (je suis scatophile), et m’assure envoyer mon CV par fax à l’employeur. Elle doit me rappeler s’il se trouve intéressé. Soit. Nous nous quittons là-dessus.

********* Petite pause dans le récit *********

J’en parle naturellement, mais j’ai bien évidemment gambergé trois heures et tout répété cinquante fois dans ma tête avant d’aller m’inscrire. Arrivé sur place, j’ai même manqué de tourner les talons.

N’oubliez pas qui je suis, et appréciez l’effort. Bande de fascistes.

********* /Petite pause dans le récit *********

Le lendemain matin (jeudi), je n’y pensais même plus. Elle aura dit ça pour se débarrasser de moi, ou bien l’employeur se sera torché avec le fax, me disais-je. Dring. 11h. Mon portable.

neev : Allo. (ndr : je suis à environ 70 pulsations par minute (ppm))
Elle : Allo neev, c’est Chantal de l’agence.
neev : Bonjour Chantal ! (ndr : 95 ppm)
Elle : Oui, nous nous sommes vus hier, j’appelle au sujet de l’offre d’emploi dont je vous ai parlé. Vous auriez rendez-vous ce soir sur place à 17 heures, c’est possible ?
neev : Sans problème. (ndr : 478 ppm)
Elle : Entendu, je compte sur vous pour montrer votre dynamisme et être sur le coup, ok neev ?
neev : Je vois tout à fait le type de profil qu’ils attendent, oui (ndr : approximativement l’antithèse absolue de moi. On va rigoler. Ah ouais et ppm à 4.2 millions, j’oubliais.)

Il en suit une très sympathique de sa part mais fumeuse explication pour m’expliquer ou se trouve le magasin, ponctué d’un « On s’rappelle OK ? ». Clic.
Stress énorme, évidemment. Mais pas d’angoisse, grâce aux pilules magiques, évidemment. Bon, on va le faire. Rah, putain (me dis-je).

Je pars 1h30 à l’avance. Il faut quarante-cinq minutes de bus pour m’y rendre. J’ai pris ma ration de drogues avant de partir, donc je suis très calme. Presque trop, à vrai dire. J’arrive à l’arrêt de bus auquel je dois descendre avec trente minutes d’avance. Quatre minutes de marche sont nécessaires pour rallier le magasin. Grâce à mon phénoménal sens de l’orientation et à l’endroit qui ressemble davantage à une zone industrielle qu’à un centre commercial, j’en perds vingt-quatre. J’arrive donc juste à l’heure. Ca s’appelle le talent (ou la lose).

J’entre. L’intérieur m’est physiquement insupportable. On dirait un petit Leroy Merlin, mais bourré d’articles pour bureau. A vomir. Qu’importe, je me présente à l’accueil, je donne l’objet de ma visite. On me fait patienter, le type de l’accueil me fait croire qu’il attendait ma visite alors que dix secondes auparavant il me sommait gentiment d’ouvrir mon sac. Je commence à voir venir l’ambiance de cons à trois kilomètres.

Une dame blonde d’environ 32-35 ans s’entretient avec moi, dans un bureau ouvert dans un coin. CV, présentation, parlotte, tout va bien. J’assure plutôt bien pour un premier entretien d’embauche, je mets mes qualités en valeur (un peu trop), je pose pas mal de questions. Physiquement, je suis assez à l’aise, je prends soin de ne laisser transparaître aucun signe de nervosité, je la regarde dans les yeux. Elle me parle très naturellement mais sans me regarder dans les yeux, comme si c’était moi qui l’impressionnait. Soit elle se branle de ma pomme, soit elle me trouve mignon. Toujours est-il que ça se passait pas mal, et j’étais même presque content d’être là.

Jusqu’au moment où le boss est arrivé. Je me lève pour lui serrer la main, le salue, bref. Nous parlons un peu de ma situation, et il tique sur le fait que je compte reprendre les études en septembre. Ah. Ils croyaient sérieusement que j’allais faire le larbin pendant trois ans dans leur magasin paumé au milieu de nulle part. Ben non, je suis intérimaire, je ne pensais que dépanner les arrêts maladie, faire de l’évènementiel, etc. Nan ils veulent un type motivé pour déboucher sur un CDI. Quand le boss me demande ce que je veux reprendre comme études, je lui annonce « géographie ». Les deux gloussent. « Rien à voir effectivement, mais je suis un garçon polyvalent et curieux de tout ! », je leur ai répondu, alors que me démangeait un « Ben oui mes connards, j’ai envie de faire quelque chose qui me plaît, MOI ». Bref, le gars à compris que je cherche à m’occuper d’ici la rentrée, et c’est incompatible avec ce qu’il recherche. Et comme il ne faisait que me chercher des poux sans porter d’importance aux bons côtés de ma candidature, et n’a cessé d’insister sur le fait que le rythme était très soutenu, ça m’a un peu décontenancé et je m’en suis nettement bien mois sorti avec lui qu’avec sa copine folle de mon corps, là. Il faut dire que j’étais de moins en moins chaud pour le poste, d’un coup.

Eh ben oui. D’accord, il faut que je travaille. Mais je ne veux pas faire n’importe quoi. J’entends : vendeur en boulangerie, je veux bien. Laver les chiottes même, je veux bien (mais je préfèrerais voir des gens). Mais me taper 1h30 de bus par jour sachant que le bus me rend malade (oui, j’ai le mal de bus, la voiture ça va, le train ça va, l’avion ça va, mais le bus non, ça me retourne l’estomac), pour courir toute la journée (magasin largement en sous-effectif, les deux me l’ont avoué) comme un abruti à faire un travail crétin, dans un cadre de merde, au milieu d’un désert de bitume sinistre, et le tout pendant non pas un mois, non pas deux mois, mais SIX MOIS, alors là non, faut pas déconner. Je ne fais pas la fine bouche, je n’ai pas peur, plus peur du tout depuis que je les ai vus, ça non. Je tiens juste à ma santé mentale. Je viens à peine de commencer un traitement censé m’aider à retrouver une vie saine, pas à m’aliéner un peu plus chaque jour. Pour des clopinettes, en plus. Et en disant cela, je demande sincèrement pardon à ceux qui me lisent et dont ce que je décris aujourd’hui est le quotidien. Aucune offense, je ne parle que pour moi.

L’entretien s’est achevé cordialement, ils m’ont dit qu’ils allaient discuter de ma candidature et qu’ils m’appelleraient très prochainement. J’ai pris ça pour un non, vu l’urgence dans laquelle ils sont, ils auraient dû me dire oui d’entrée. Je leur ai fait part d’une vive espérance d’une réponse positive (j’ai joué le jeu jusqu’au bout), je les ai remercié et j’ai quitté le bureau. Au bout de quelques pas, j’ai entendu un drôle de bruit comme celui d’une broyeuse à papiers. Mon CV y serait passé que cela ne m’étonnerait pas, ils auraient simplement pu attendre que je sois sorti du magasin.

Et de ce magasin, j’en suis justement sorti avec un goût amer. Celui de l’échec, je pense. Pas pour le job, je le répète je n’en veux pas, dans l’hypothèse improbable d’une réponse favorable je m’empresserais de refuser le poste, quitte à me griller définitivement avec l’agence d’intérim. Cet échec a un goût amer car c’est celui sanctionnant une première fois. Bon, je le relativise d’autant mieux que je n’ai pas été ridicule, et qu’il y a deux mois je ne me serais même pas rendu au rendez-vous. Mais... toujours ce mais. Bah ! Le prochain sera nettement meilleur !


Mais Dieu qu’il est fatigant d’avoir tout à apprendre.

De l’art de dire merde. (2/3)

Hihi, là j’ai fait assez fort dans la connerie. Mais je suis particulièrement content et même carrément fier. Je vous explique.

Chantal de l’agence d’intérim m’appelle à 14h30 :

neev : Aaaallo ? (j’ai appris la décontraction en 24 heures)
Elle : Oui bonjour neev, Chantal de l’agence, j’appelle car le client veut que vous commenciez demain matin, il faut donc que vous passiez nous voir cet après-midi pour vous inscrire chez nous définitivement. (ndr : MOUAHAHA, ces imbéciles veulent de moi j’y crois pas !) (ndr2 : il y a deux inscriptions, une première où l’on ne donne que son CV et ses attentes, et une seconde définitive dès qu’on commence une 1ere mission)
neev : Mmm... Je suis désolé mais je ne vais pouvoir faire cette mission. Hier, je me suis vendu du mieux que j’ai pu, j’ai joué le jeu comme vous me l’aviez demandé, mais le responsable m’a très bien spécifié qu’ils recherchent quelqu’un pour du long terme, or je reprends les études en septembre, ce qui est incompatible. Je recherche des missions de courte ou de moyenne durée.
Elle : Qu... Mais pourquoi vous ne me l’avez pas dit, neev ?!
Neev : Parce que quand nous nous sommes vus tout s’est enchaîné très vite, et je n’ai à aucun moment songé à une mission longue durée.
Elle, luttant pour contenir son exaspération : Bon... je rappelle le client, est-ce que pour deux ou trois semaines, le temps que je vous trouve un remplaçant vous acceptez ?
Neev : Mmm... pour trois semaines, oui.
Elle : Entendu, je vous rappelle.

J’ai commencé à réfléchir. Bosser là-bas, à partir de demain ? Comment est-ce que je me sens à cette idée ? Excité ? Certainement pas. Ai-je peur ? Ma foi oui, un peu, mais beaucoup moins qu’hier. Voyons...

Mais Chantal me tira de mes pensées, en me rappelant deux minutes plus tard :

Elle : C’est encore Chantal, j’ai eu le client et il est d’accord. Donc vous commencez demain (samedi) de 11h30 à 19h30, et il faut que vous veniez vous inscrire au plus chez nous, cet après-midi entre 15h et 17h, avec votre Carte vitale, pièce d’identité, justificatif de domicile.
Neev : Entendu, je fais ça.

Clic.

Je continue ma réflexion là où je l’avais arrêtée. Ai-je envie de cela ? Non. Ai-je envie d’être trimballé comme un pantin par une femme qui ne pense qu’à son client ? Non. Ai-je envie de me rendre malade en bus matin et soir pour faire un boulot détestable, même pour trois semaines ? Non.
Je me mis à me parler à moi-même, intérieurement. Je la rappelle, et je lui dis de m’oublier pour de bon. Ouais. Ouais !

neev : Allo Chantal, c’est encore neev.
Elle : Oui ?
neev : Je suis vraiment navré de vous mettre dans l’embarras, mais je ne vais ni m’inscrire, ni faire cette mission.
Elle, ne contenant plus du tout son exaspération : Attendez, là, je ne comprends pas, alors pourquoi vous êtes venu chez nous, pourquoi vous êtes allé au rendez-vous !

J’avais envie de lui dire « Pour me prouver que je pouvais le faire et parce que ça faisait partie de mon processus personnel de guérison », mais je me suis contenté de ceci :

neev : Mmm pour des raisons assez compliquées, toujours est-il que je n’ai la motivation ni pour cette mission, ni pour aucune autre.
Elle, flippée : Et je lui dis quoi à mon client, moi ?!!!
neev : encore désolé de vous mettre dans l’embarras, mais c’est non, je ne m’inscrirai pas.
Elle, après un moment de silence qui puait la rage : OK ! Au revoir !
neev : Au revoir.

J’ai raccroché, et je me suis dit « comment te sens-tu, et pour quelle raison ? » Je me sentais très, très satisfait de moi. J’ai dit merde à la plus grosse boîte d’intérim de France, et calmement en plus. Ai-je agi par lâcheté ? me suis-je demandé. Même pas. C’est précisément la lâcheté qui m’a fait solliciter cette agence. J’avais trop peur de faire les démarches moi-même, je préférais encore qu’une agence m’appelle et me propose n’importe quoi, n’importe où. Ca oui, c’en était de la lâcheté, de la faiblesse.

Alors aujourd’hui, vendredi 11 février à 14h45, je leur ai courtoisement dit merde. Je ne veux pas être votre jouet expédiable à l’envi et n’importe où. Je ne veux pas être votre marchandise. Je suis un homme qui va reprendre ses études pour essayer de faire quelque chose de sa vie, qui veut se faire du blé en attendant, voir des gens, sortir un peu, mais pas à ce prix-là.

Alors oui, j’ai eu un comportement anti-professionnel. Pour ce que j’en ai à foutre ! Ha ! Je veux guérir de mes maux, moi, pas prostituer ma santé mentale et mon estime propre pour trois cacahuètes et deux gambas.

Ce week-end j’ai des projets. Mais dès la semaine prochaine, je cherche un petit boulot à ma convenance, à mon rythme, et par mes propres moyens. Ca sera plus difficile ? Qu’importe ! Ca sera nettement meilleur.

Aujourd’hui j’ai dit merde. Et sur mon honneur... quel pied !

Crétin (3/3)

J’ai relu mon précédent article, et je le trouve à moitié crétin et entièrement ridicule. Je me suis comporté comme un con parfait. Cependant, je ne regrette rien. Je ne voulais vraiment pas ce poste-là. Mais vis-à-vis de l’agence, j’ai été à chier.

Je vous résume en un log MSN ce que Pinkie et Trent m’ont dit :

Trent : Désolé, mais Pinkie à raison, tu t’es dégonflé. Tu trouveras pas vraiment plus peace, tous les boulots sont dans ce genre là, plus ou moins. Et c’est un bon exercice pour se tester et pour se confronter aux cons, d’autant que comme c’est pour peu de temps t’en n’a rien à foutre. Et en plus tu t’es grillé avec l’agence.

neev : Ecoute, j’assume. Si je trouve pas, tant pis pour ma gueule ça m’apprendra. Mais y a un truc qu’il faut comprendre, c’est que je suis pas dans une logique de dépucelage à la tronçonneuse, et ce qu’on me proposait c’était exactement ça. J’ai fait plus de choses en deux semaines quand un an et demi, alors ça me débecte d’être traité de dégonflé. Putain, je ne suis pas infaillible !

J’en ai pleuré, ça m’a cassé le moral, mais je crois que ça m’a fait du bien. J’ai déconné sur ce coup-là, j’essaierai de me faire davantage violence sur le prochain. Nan, je me ferai violence sur le prochain. Dès dimanche je commence à faire des lettres de motivation aux petits oignons, et je m’active dès lundi.

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Bon, ceci étant dit, ce journal devient chiant. Il faut que je retrouve ma verve, mon humour douteux, mon originalité. Et ma libido, aussi. Celle-là, si quelqu’un l’a vue, faîtes-moi signe.

mercredi 2 février 2005

Libidon

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs. L’heure est grave. Ce n’est pas la première fois que je vous le dis. Aujourd’hui, en 2005, les dénommés Paris Hilton et Vincent Delerm sont toujours en vie. Je vous rappelle, s’il en est besoin, que ceci est absolument intolérable et constitue formellement une violation des Conventions de Genève. Si. J’ai vérifié.
Mon médecin traitant m’ayant formellement interdit d’assassiner des gens (il a d’ailleurs beaucoup insisté sur ce point), j’en appelle donc à votre sens civique, à votre honneur, à votre humanité pour faire le boulot. Pour l’Amour du Ciel, que quelqu’un refroidisse ces gens. Merci.

Tenez, je suis allé faire des photos d’identité récemment. Et comme j’en ai retrouvé d’anciennes datant de différentes époques, je me suis amusé à faire un petit comparatif que voici :



Je me bonifie avec l’âge, comme la plupart des gens, du reste, mais là ce n’est carrément plus le même garçon ! Je suis de plus en plus joli, j’en suis content. A ce rythme, et si mes calculs sont exacts, je devrais normalement pouvoir débuter une carrière de mannequin vers l’âge de 135 ans. J’ai hâte d’y être.

Mais je pense, amis lecteurs mais néanmoins gentils crevards, que vous vous fichez un peu de mes appels au meurtre d’agaçantes peoplettes sans intérêt et de mes photos d’identité. Non, ce que vous êtes pour la plupart venus chercher, ce sont des nouvelles fraîches et saignantes de toute l’entière souffrance que me donne ma nécrotique cervelle, aimablement suppléée, à l’occasion, par un système nerveux central totalement apathique à mes vaines supplications. Eh bien soit !

Depuis la dernière fois, je suis allé deux fois en agence d’intérim pour trouver des petits jobs (j’ai fait deux fois la démarche du moins), je suis allé deux fois à Paris, ville que j’abhorre pour des raisons évidentes que je m’en vais expliquer immédiatement car je sais par expérience que la plupart d’entre vous qui me lisez êtes des abrutis finis : Phobies sociales + Mégalopole surpeuplée = approximativement 40 fois Hiroshima. Voilà. Je suis également allé deux fois au restaurant, et j’y étais remarquablement à l’aise, ce qui est pour moi un demi-miracle (pour les raisons susmentionnées).


********* Petit aparté *********

Pour ceux que cela intéresse, j’ai pris une très agréable grande salade Crétoise suivie d’un chocolat Liégeois dans un Hippopotamus (le premier qui fait un commentaire je le transforme en Vincent Delerm, je le ceinture de dynamite et je le donne en cadeau au HAMAS) vers Opéra, et une tiède mais correcte pizza regina dans un Pizza Dell’Arte (là en revanche vous avez ma bénédiction pour vous foutre de ma gueule).

********* /Petit aparté *********


Ah, et j’ai même tenté de laisser mon CV dans un Carrefour, mais ces connards demandent une lettre de motivation (alors que par définition pour être agent de caisse, faut être sacrément motivé, mais passons). Mais j’y retournerai bientôt. Tout ça pour dire que je me bouge le cul pour retrouver une vie normale. C’est physiquement fatigant, moralement pesant, mais je sais que c’est ce que je veux. Mais ça ne m’enthousiasme pas... ce qui m’amène au point de vue médical.

J’ai vu le toubib lundi, nous avons décidé de commencer à réduire les doses de l’anxiolytique. Bonne nouvelle en soi, mais peut-être un poil prématuré selon moi, l’avenir nous le dira. En revanche au niveau de l’antidép, on reste évidemment sur les mêmes bases d’un traitement moyenne ou longue durée. C’est là où je veux en venir, j’ai l’impression que l’antidépresseur a quelque effet indésirable sur moi. Le premier, c’est la libido. Je ne saurais le confirmer, étant célibataire, mais j’ai l’impression d’être un chameau eunuque à ce niveau. Très peu de désir sexuel. Sensiblement au même niveau que l’été dernier, lorsque j’étais plongé dans un sombre marasme. Ca m’ennuie un peu. Mais ce qui m’ennuie davantage, c’est mon absence d’enthousiasme. Je ne palpite pour rien ni personne, c’est très étrange. J’ai l’impression d’avoir soudainement beaucoup moins de capacité à ressentir. Comme si j’étais devenu quasiment incapable de m’énerver, de m’émouvoir, de m’extasier, de me passionner. Pas plus de quelques secondes, j’entends. Mmm.

Je vais tenter une expérience en direct, avec vous. J’ai sous la main deux catalogues, un de La Redoute, et un des 3 Suisses. Lorsque j’avais 12 ou 13 ans, je me paluchais de temps en temps devant les pages où les femmes sont en sous-vêtements. Alors je vais y jeter un coup d’œil (mais pas de branlette, promis) et vous dire ce que je ressens, d’accord ? Je reviens dans deux minutes.

...
Ouais ok, oubliez tout ce que j’ai dit.

(j’épouserais bien la page 343, moi.)