mercredi 2 novembre 2005

Vous aussi, nettoyez votre karma en souffrant votre race

Adressé ce soir.

Cher fils de pute,

Je crois vous savoir très occupé ces temps-ci avec ces histoires de voitures qui brûlent dans les cités, aussi vous demandé-je d’avance pardon pour ces quelques minutes volées à votre précieux capital-temps. Mais si j’en crois les journaux, vous vous dîtes capable de simultanément « nettoyer les banlieues », redresser l’économie du pays, atomiser le taux de chômage, donner le droit de vote aux étrangers tout en les renvoyant dans leur pays d’origine, protéger le territoire de toute attaque terroriste, et tout ça en faisant baisser le taux de prélèvement obligatoire ! Je vous avoue que personnellement, ça m’impressionne drôlement.
J’en appelle donc à vos talents de magicien pour tenter de régler mes petits problèmes d’humble citoyen. Vous êtes mon antépénultième recours, Monsieur Sarkozy, juste avant Dieu et le suicide.

Voilà, je vous explique : j’ai 23 ans (et demi !) et je prends des psychotropes médicamenteux depuis près d’un an. Je ne voulais pas, mais mon médecin m’y a contraint, vous verrez donc avec lui pour le déficit budgétaire de l’Assurance Maladie. Récemment - je vous passe les détails, Monsieur le Ministre - on m’a retiré un morceau de testicule gros comme le Viêt-Nam, et ce à la suite d’un ennui bilatéral dans la région (j’emploie volontairement un vocable militaire pour vous exciter.) Mon chirurgien m’a conseillé de commencer gentiment à me faire à l’idée d’une forte réduction de la fertilité, voire de la stérilité totale.

A la suite de ça, la femme que j’aimais m’a quitté. Je ne saurais vouloir remuer le couteau dans la plaie, soyez-en assuré, mais j’aimerais que vous me donniez les quelques astuces qui vous ont permis d’oublier cette petite salope de Cécilia. La perte de mon amour me faisant autrement plus souffrir que mon testicule vietnamien, j’espère de tout cœur que vous accéderez à ma requête, ne serait-ce qu’au nom de l’éternelle et immuable fraternité masculine.

Nos points communs ne s’arrêtent pas là. Comme vous, je suis continuellement brocardé dans les moments difficiles. Comme vous, je suis d’origine étrangère mais blanc - fort heureusement, pas vrai ? Comme vous, je m’y connais autant en économie que ma petite sœur en culturisme mais j’ouvre bien grand ma gueule quand le bon sens voudrait que je la fermasse.

En passant, vous remarquerez que « fermasse » rime avec « connasse. » Cécilia est décidément partout.

Comme vous, la frustration me rend tout nerveux et me fait faire et dire des conneries vietnamiennes, elles aussi. Je prends pour exemple vos amalgames récurrents entre « jeunes de banlieue » et « racailles cocaïniques et fourreuses d’ours. » J’habite la banlieue et jure sur mon honneur n’avoir jamais touché un ours et ma vie. Même en peluche.

Je suis de bonne foi, Monsieur le Ministre, je suis un bon élément, gentil comme un petit lapin et ne mérite en rien le calvaire dans lequel je suis plongé. Alors je vous en conjure, Monsieur, faîtes réparer cette injustice et offrez-moi un nounours. S’il vous plaît. Je promets de voter pour vous. Un nounours. Avec un noeud. Rose.

Je me sens si seul.

En attendant ma peluche par voie postale, veuillez recevoir, pauvre enculé, mes sentiments les meilleurs.

neev

PS : Fasciste.