mercredi 12 octobre 2005

Pré- couic & schlack

Titre onomatopéique pour dire que je n’ai pas été opéré lundi, mais que je le serai demain. Cool. Il est temps d’en finir.

Retour en arrière, nous sommes lundi dernier. A la clinique, dans la salle d’attente, j’attends mon tour. Autour de moi, des gens qui ont pour la plupart des tronches de demeurés. A côté de moi, mon père.
Mon tour arrive. Nous entrons dans le cabinet du docteur, un chirurgien qui a été chef de clinique. Un gars réputé dans le coin, quoi. Il me pose des questions, m’ausculte. Je m’attends à ce qu’il me fasse l’opération pour laquelle je suis venu, mais non. Rien. Il me tripote, marmonne à voix haute. A un moment, il sort : « Ah mais l’épididyme droit est touché aussi. Ca vous fait mal, là ? » Ce con me pince le machin, évidemment que ça me fait mal, ça ferait mal à n’importe qui. Il ajoute : « Oui, c’est une épididymite en cimier de casque. »

Les gens très sûrs d’eux et catégoriques m’ont toujours énervé. Surtout lorsque je ne comprends rien à ce qu’ils racontent.

Son cabinet est, comme tous les cabinets du reste, divisé en deux : le bureau et la pièce d’auscultation. Il retourne dans la seconde en prenant à peine soin de refermer la porte coulissante que j’avais pudiquement fait glisser pour ne pas me retrouver la bite à l’air devant mon géniteur. De mon côté, la colère monte. Je reviens à mon tour et me rassois sur mon fauteuil. Une merde en cuir marron de quinze ans d’âge au moins, au ras du sol et donnant ainsi l’ascendant à l’interlocuteur. Heureusement que cette andouille n’est pas psy : il aurait du mal à boucler ses fins de mois.

Là, il nous annonce que sa puissante omniscience l’informe qu’en plus de l’orchi-épididymite du côté gauche (agrémenté de son joli abcès qui, soit dit en passant survivra très bien à la consultation alors que j’étais venu pour qu’on lui scalpe la gueule) j’ai, comme je vous le disais tout à l’heure, une épididymite en cimier de casque sur le côté droit. « OK », fais-je. Il enchaîne en me présentant une double préoccupation :

1/ « Votre épididymite bilatérale peut remettre en cause votre fertilité. » Mon cœur fait un bond, mais mon visage reste égal à ce qu’il était deux secondes auparavant : teinté de rouge, doté d’un œil noir et d’un sourcil menaçant. Dans ma vision périphérique, je sens mon père devenir pâle. S’en apercevant, le toubib enchaîne : « C’est une possibilité, c’est juste possible. »

2/ « La deuxième chose, c’est que le genre d’épididymite que vous présentez à droite est un des symptômes de la tuberculose. » Là, j’ai cru que j’allais lui faire rendre gorge sur son bureau. Il ajoute : « Je vais donc vous faire faire des tests et des analyses pour vérifier ça. D’accord ? » « Ouais, » réponds-je, « et en ce qui concerne l’abcès ? »

Rhihihi, pardon mais sa réponse est impayable, je reprends mon souffle.
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Il me répond : « Ah bah, va falloir inciser, hein. »
...
SANS BLAGUES, CONNARD ?!!

Plus tard, je sors de la clinique et mon humeur est massacrante. Mon père s’en rend compte et ne me saoule pas trop de ses grands discours moralisateurs. Tant mieux, car d’ordinaire il est très fort pour donner tort aux gens auxquels il arrive des emmerdes.

Je rentre chez moi, fou de rage et dépité à la fois. Dans la soirée, je me surprends à taper « adoption » dans google.

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Mardi. Debout à 7h pour aller rendre mon échantillon de jus de rein au laboratoire. Ils vont chercher des germes responsables de la tuberculose. J’espère qu’ils feront chou blanc.

Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, trop énervé. Et je n’ai pas le temps de faire une sieste, enfin, essayer d’en faire une : j’ai rendez-vous pour faire des échographies rénales et de mes désormais très célèbres testicules. Je vais d’ailleurs les baptiser : Staline pour la (couille) gauche, et McCarthy pour la droite. Bref.
Le radiologue auquel j’ai affaire est patibulaire, mais fait bien son boulot. Il farfouille partout et scrute le bousin sous tous les angles. Il est plutôt rassurant au sujet de l’épididyme droit, s’il est vrai qu’il est un peu remanié, on peut difficilement parler d’épididymite, mais davantage de signes. Donc possiblement les résidus de septembre qui s’estompent lentement. Bon.

L’après-midi, j’ai rendez-vous dans une autre clinique, celle de Chanteroi. C’est dans celle-là que le chirurgien vu la veille va m’opérer vendredi 14. Mais pour l’heure, je dois juste faire mon dossier d’admission et voir l’anesthésiste. Routinier.
Jusqu’au moment de donner ma Carte Vitale à la secrétaire (NDR pour ceux qui ne vivent pas en France : c’est une carte à puce qui permet de se faire rembourser ses frais médicaux, vous avez sans doute la même chose chez vous, on n’a rien inventé.) Elle la passe dans le boîtier électronique, et pouf : carte bloquée.

J’aurais dû m’en douter, j’étais affilié à la sécu étudiante pour l’année 2003-04 et n’ai pas cotisé pour l’année 2004-05, puisque je n’ai pas étudié. J’étais donc en maintient de droit, dont la durée légale est (apparemment) d’un an. Et aujourd’hui, ça fait (toujours apparemment) pile un an. A trois jours d’une intervention chirurgicale dans un établissement privé, c’est con. C’est très con.

Il n’y aurait eu aucun problème si ces mous du bulbe de la fac dans laquelle je veux m’inscrire ne faisaient pas traîner mon dossier (je l’ai déposé il y a trois semaines, et je n’ai toujours pas de réponse.) Je serais inscrit, aurais payé ma cotisation, et voilà. Mais non, il faut que les emmerdes s’enchaînent de manière interdépendante, comme s’il y avait une logique dans tout ça.

Encore une fois, je m’attendais à subir trois heures de remontrances destructrices de la part de mon père. Mais il a su que je n’avais pas dormi de la nuit et il a vu dans quel état d’angoisse (j’étais au bord des larmes dans la voiture, je dois avouer) me retrouver sans couverture sociale me mettait. Alors il est resté très calme et a même eu des paroles rassurantes.

Ca va s’arranger. Il y a forcément un moyen. Merci, papa.

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Mercredi. J’ai pu dormir un peu.

A l’ouverture, mon père et moi nous rendons à la sécu. Tout se passe sans problème : on me rattache à la couverture du père en attendant que je puisse cotiser pour l’année universitaire. Il y a juste un délai de quinze jours. Je devrai donc avancer l’argent pour l’opération, mais je serai remboursé rapidement. Ouf...

L’après-midi, rendez-vous chez mon généraliste pour qu’il me fasse le test cutané à la tuberculine. Résultat dans deux ou trois jours.

Le soir, l’équipe de France de football se qualifie pour la coupe du monde, non pas grâce à son jeu, mais grâce au talent du gardien de but Irlandais qui pendant ce temps-là empêchait l’équipe Suisse de nous prendre la place.

La roue de la chance tournerait-elle ?

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Jeudi. J’appelle une énième fois la fac pour avoir des nouvelles de mon dossier. Après une minute d’attente, on m’informe que c’est OK ! Enfin ! Ca m’a mis de bonne humeur, confortée plus tard par un coup de fil d’Elle. Nan, sans blagues là : la roue tournerait-elle enfin ?!

Petit coup de moins bien le soir. Je me suis senti seul, en manque d’amour pour être honnête. J’ai envie d’enfin retrouver Elle, de la serrer contre moi et de me plonger de nouveau dans ses beaux yeux verts. Qu’elle se rende compte qu’un chouette jeune homme qui s’est montré très patient ces dernières semaines l’aime.

Oh, pourvu que la roue soit vraiment en train de tourner...