jeudi 20 octobre 2005

Dialogues

J’ai souvent des dialogues matinaux avec mon téléphone portable :

Lui : Bip tchin tchack, Tululut, tululuuut...
Moi : Mmm..mpff.
Lui : ...lululut tululuuuut, pim pam...
Moi : Haaannn.. ta gueul’..
Lui : TALALAAAA LALALAAAA, PIM PAM !
Moi : Faich’.

Note pour moi-même : penser à changer de sonnerie de portable sous peine de bientôt devoir racheter un portable.

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J’ai souvent des dialogues édifiants avec mon pôpa :

Paris, Gare du Nord, quai du RER B.

Lui : ... parce qu’avant je prenais le RER ici pour aller au travail (NDR : c’est la 25e fois qu’il me le dit.) Maintenant je préfère prendre la ligne 13, à Haussmann...
Moi : Mmm...
Lui : ...
Moi : ...
Lui : ... y a moins de noirs, quoi.

Plus, tard dans le train, une femme distribue des petits papiers sur lesquels elle demande l’aumône.

Lui : Hé bah. Quel beau travail. Alors que si ça se trouve elle roule en Mercedes.
Moi : Et si ça se trouve, non. On ne sait pas.
Lui : Ca devrait être interdit. D’ailleurs ça l’est, si un flic passe il la chope.
Moi : ...
Lui : Y a du laisser-aller chez ces gens là, c’est pas facile de trouver du travail mais quand même, moi j’en ai retrouvé à 55 ans et sans diplôme. (NDR : avec trois ans d’Assedic, une conjointe qui travaille et 30 ans d’expérience, c’est plus facile.)
Et enfin, dans la gare au retour :

Moi : Le train est à 12h19.
Lui : Beuh ? Comment ça se fait ? Il devrait être à 14 normalement ! 19 c’est le week-end ! Beuh. C’est bizarre, ça. Y a une erreur là, c’est pas possible. Normalement c’est 14, 29, 44 et 59. Et le week-end 19 et 49.
Moi : Et le numéro complémentaire, le 32.
Lui : Hein ?
Moi : Nan rien. Allons-y, quai 51.
Lui : Oui, il arrive toujours quai 51. Parfois 52, mais c’est rare.
Moi : Bon sang.

Note pour moi-même : penser à changer de père sous peine de bientôt faire une veuve.

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J’ai souvent des dialogues qui font mal au cœur, avec ma mère :

Il y a 7 semaines, lorsque l’infection urinaire me faisait pisser du sang. Traduction entre parenthèses.

Elle : Tou as voumi ? Ca va ? (Tu as vomi ? Ca va ?)
Moi : Oui, ne t’inquiètes pas. Je n’avais jamais vu du sang sortir de mes mictions, et puis la couleur marron-verte, l’odeur nauséabonde... Je me suis senti mal et choqué sur le moment, c’est tout. Ca va.
Elle : Oh. Non mais noun’ t’inquiété pas cé pas dou san’, cé dou calcairé. (Non mais ne t’inquiètes pas ce n’est pas du sang, c’est du calcaire.)
Moi : Du calcaire. Dans les urines.
Elle : Oui, noun’ t’inquiété pas. Ché lé vou moi à la télé. (Oui, ne t’inquiètes pas. Je l’ai vu moi, à la télé.)
Moi : A la télé. Du calcaire. Dans les urines.

A quelques jours de l’anniversaire de Tonio, mon neveu.

Elle : Tiens, mets un mot pour Tonio sour la carta. (Tiens, mets un mot pour Tonio, sur la carte.)
Moi : Ah, cool !
Le lendemain...
Elle : Neev, tiens. Mé oun’ mot, pour Tonio. (Mets un mot, pour Tonio.)
Moi : Euh, maman... On l’a fait hier...
Elle : Ché sé. Ché oublié dé mettré l’adresse y lé timbre en mettan’ l’autra dan’ la boîte. (Je sais, j’ai oublié de mettre l’adresse et le timbre en mettant l’autre dans la boîte.)

Note pour moi-même : très vite accepter la lente dégénérescence mentale et physique des parents. On ne lutte pas contre les années qui s’enfuient sans retour.

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Les dialogues sont pour moi des fenêtres ouvertes sur la cour intérieure de l’interlocuteur. Une cour qui reflèterait un bout du Moi de l’individu. Et par ces fenêtres, on devine tantôt un dallage accidenté et vainement enjolivé par quelques géraniums maladroitement entretenus, tantôt un splendide bronze briqué à en crever et se voulant être l’admiration de tous... mais posé sur un tréteau très précaire et menaçant de lâcher à tout moment. On y voit parfois un capharnaüm apocalyptique transpirant la désolation. On y voit parfois des couleurs qui flashent dans un ensemble incohérent et vide de sens. Mais à chaque fois, une petite cour intérieur.

Et ça peut faire mal, de regarder dans la petite cour des gens.