Bagatelles pour un massage
Le vendredi 30 septembre.
Je suis à la sérénité ce que Bruno Mégret est au charisme : un parfait étranger.
Pourtant, trouver la clé de la paix de l’esprit est le plus vif de tous mes désirs. Certes, en l’état actuel des choses l’expression populaire « c’est mal barré » semble la plus indiquée, mais je ne perdrai pas espoir tant qu’elle ne pourra être objectivement substituée par « on est pas dans la merde » ou par « bon ça a cessé d’être drôle : abattez-moi. »
Je remplis les grilles de sudoku en vidant les batteries de mon iPod. De temps à autre, une vague de flippe pousse ma main sur la boîte d’anxiolytiques. De temps à autre, une lame de douleur jette ma main sur la boîte d’antalgiques. Si vous me demandiez la définition du bonheur, aujourd’hui certainement vous répondrais-je : « Etat spirituel et émotionnel atteint lorsque l’on peut cesser de bouffer des trucs qui riment en ‘ique’ sans se mettre à réclamer sa maman. » Et évidemment, je me tromperais.
Ce n’est pas tant physiquement que c’est dur, un tour dans n’importe quel hôpital vous fait très vite relativiser l’étendue de votre souffrance. C’est surtout moralement que ça commence à m’atteindre. Dès que je mets le nez dehors et fais trop d’efforts, j’ai cette putain de gonade qui siffle et sonne mon hallali. Je me surprends parfois à souffler « Mais enlevez-la moi, qu’on en finisse... » Heureusement, je suis suffisamment lucide pour me rendre compte que de toutes les très mauvaises idées que j’ai eues dans ma vie, celle-ci serait facilement dans le trio de tête.
************
Le samedi 1er octobre.
Cette nuit à 5h51 du matin, je me suis réveillé. Je suis resté un moment allongé dans le noir. Et je ne sais pas pourquoi, j’ai l’espace d’une seconde ou deux pensé à la mort, au suicide en somme. J’ai ressenti une espèce de chaleur réconfortante à cette idée. Au pire, il te reste cette solution.
De manière idiomatique, j’ai chassé ça de mon esprit en me disant « Non » et j’ai tâché de me rendormir.
Et voilà qu’aujourd’hui j’y pense encore. Je n’en suis pas à échafauder des plans pour me foutre en l’air, j’ai simplement besoin d’être rassuré. Je trouve assez peu de réconfort en ce moment, je suis isolé. Je ne peux aller nulle part, ça me fait trop mal et de toutes manières j’avance comme un papi. Ca m’enrage : mercredi matin c’était bien, aucune douleur même au toucher, taille de plus en plus satisfaisante... et il a fallu que je fasse le con à cavaler dans les transports et à m’installer n’importe comment pour foutre les progrès en l’air. Le traitement s’étant arrêté lundi (il dure 4 semaines et elles sont écoulées, d’autant plus que j’étais presque guéri), ça ne va pas en s’arrangeant. Jeudi, je me suis dit que ça allait passer avec le repos. Hier, même chose. Aujourd’hui, j’ai appelé le médecin pour qu’il me renouvelle le traitement, ou me fasse voir un urologue ou n’importe quoi. Absent. Bon, je me traîne à la pharmacie, explique mon histoire à la gentille demoiselle qui me renouvelle le traitement même sans ordonnance. Sympa.
Deux heures après, j’ai l’impression que ça va déjà un peu mieux. Mais j’en mettrais pas ma main à couper avec du feu.
Pourquoi avoir attendu samedi si j’avais mal mercredi soir ? Je ne veux pas être trop dur avec moi-même, ce n’est pas très bon pour c’que j’ai, mais je vois deux hypothèses claires : 1/ soit je suis crétin/naïf/inconscient, 2/ soit je suis inconsciemment plongé dans une logique de destruction, mais je n’y crois pas trop. En fait, comme il m’est arrivé la même chose la semaine dernière (trop bougé -> aïe) et que c’est bien passé, je me suis dit que ça serait la même chose ce coup-ci. « Oui sauf que, ducon, la semaine dernière t’étais toujours sous traitement. » Je vous le dis, je pense plus être idiot qu’autre chose.
Ou plutôt je ne voulais pas croire que ça allait recommencer. D’une manière générale, je ne veux pas croire quand quelque chose d’emmerdant m’arrive. Je nie le problème comme s’il n’existait pas. Ne serait-ce que pour le petit problème de dépression que j’ai. Je l’ai avoué l’autre jour au toubib, « je parle de ma dépression à qui veut bien l’entendre, mais dans le fond je refuse de me croire malade. J’ai du mal à faire la distinction entre ce que je pense vraiment et ce que j’essaie de me faire avaler. »
Je ne me sens pas bien. Je voudrais juste m’endormir et ne jamais me réveiller.
Je suis à la sérénité ce que Bruno Mégret est au charisme : un parfait étranger.
Pourtant, trouver la clé de la paix de l’esprit est le plus vif de tous mes désirs. Certes, en l’état actuel des choses l’expression populaire « c’est mal barré » semble la plus indiquée, mais je ne perdrai pas espoir tant qu’elle ne pourra être objectivement substituée par « on est pas dans la merde » ou par « bon ça a cessé d’être drôle : abattez-moi. »
Je remplis les grilles de sudoku en vidant les batteries de mon iPod. De temps à autre, une vague de flippe pousse ma main sur la boîte d’anxiolytiques. De temps à autre, une lame de douleur jette ma main sur la boîte d’antalgiques. Si vous me demandiez la définition du bonheur, aujourd’hui certainement vous répondrais-je : « Etat spirituel et émotionnel atteint lorsque l’on peut cesser de bouffer des trucs qui riment en ‘ique’ sans se mettre à réclamer sa maman. » Et évidemment, je me tromperais.
Ce n’est pas tant physiquement que c’est dur, un tour dans n’importe quel hôpital vous fait très vite relativiser l’étendue de votre souffrance. C’est surtout moralement que ça commence à m’atteindre. Dès que je mets le nez dehors et fais trop d’efforts, j’ai cette putain de gonade qui siffle et sonne mon hallali. Je me surprends parfois à souffler « Mais enlevez-la moi, qu’on en finisse... » Heureusement, je suis suffisamment lucide pour me rendre compte que de toutes les très mauvaises idées que j’ai eues dans ma vie, celle-ci serait facilement dans le trio de tête.
************
Le samedi 1er octobre.
Cette nuit à 5h51 du matin, je me suis réveillé. Je suis resté un moment allongé dans le noir. Et je ne sais pas pourquoi, j’ai l’espace d’une seconde ou deux pensé à la mort, au suicide en somme. J’ai ressenti une espèce de chaleur réconfortante à cette idée. Au pire, il te reste cette solution.
De manière idiomatique, j’ai chassé ça de mon esprit en me disant « Non » et j’ai tâché de me rendormir.
Et voilà qu’aujourd’hui j’y pense encore. Je n’en suis pas à échafauder des plans pour me foutre en l’air, j’ai simplement besoin d’être rassuré. Je trouve assez peu de réconfort en ce moment, je suis isolé. Je ne peux aller nulle part, ça me fait trop mal et de toutes manières j’avance comme un papi. Ca m’enrage : mercredi matin c’était bien, aucune douleur même au toucher, taille de plus en plus satisfaisante... et il a fallu que je fasse le con à cavaler dans les transports et à m’installer n’importe comment pour foutre les progrès en l’air. Le traitement s’étant arrêté lundi (il dure 4 semaines et elles sont écoulées, d’autant plus que j’étais presque guéri), ça ne va pas en s’arrangeant. Jeudi, je me suis dit que ça allait passer avec le repos. Hier, même chose. Aujourd’hui, j’ai appelé le médecin pour qu’il me renouvelle le traitement, ou me fasse voir un urologue ou n’importe quoi. Absent. Bon, je me traîne à la pharmacie, explique mon histoire à la gentille demoiselle qui me renouvelle le traitement même sans ordonnance. Sympa.
Deux heures après, j’ai l’impression que ça va déjà un peu mieux. Mais j’en mettrais pas ma main à couper avec du feu.
Pourquoi avoir attendu samedi si j’avais mal mercredi soir ? Je ne veux pas être trop dur avec moi-même, ce n’est pas très bon pour c’que j’ai, mais je vois deux hypothèses claires : 1/ soit je suis crétin/naïf/inconscient, 2/ soit je suis inconsciemment plongé dans une logique de destruction, mais je n’y crois pas trop. En fait, comme il m’est arrivé la même chose la semaine dernière (trop bougé -> aïe) et que c’est bien passé, je me suis dit que ça serait la même chose ce coup-ci. « Oui sauf que, ducon, la semaine dernière t’étais toujours sous traitement. » Je vous le dis, je pense plus être idiot qu’autre chose.
Ou plutôt je ne voulais pas croire que ça allait recommencer. D’une manière générale, je ne veux pas croire quand quelque chose d’emmerdant m’arrive. Je nie le problème comme s’il n’existait pas. Ne serait-ce que pour le petit problème de dépression que j’ai. Je l’ai avoué l’autre jour au toubib, « je parle de ma dépression à qui veut bien l’entendre, mais dans le fond je refuse de me croire malade. J’ai du mal à faire la distinction entre ce que je pense vraiment et ce que j’essaie de me faire avaler. »
Je ne me sens pas bien. Je voudrais juste m’endormir et ne jamais me réveiller.

<< Page d'accueil