vendredi 18 mars 2005

« Souvenez-vous des Ides de Mars ! »

Un drogué. C’est ce que je suis.

J’ai fait cette semaine un pas supplémentaire dans ce grand voyage qu’est la découverte et la compréhension de soi-même. Je suis incapable d’être heureux sans l’utilisation de médicaments psychotropes. Pire : leur emploi me fait me convaincre - sans sourciller - que je pourrai être heureux un jour. Ah ah ! Avouez qu’elle est bonne.

Le sommeil tailladé au cutter, j’ouvre les yeux. Mon cerveau cogne contre mon crâne à chaque afflux de sang. Bom. Bom. Bom. J’arrive presque à sentir mes nerfs optiques. Ils me font l’effet de deux seringues plantées dans les globes. La douleur est si vive que j’en visualise mentalement le contour. Mais très vite, elle se calme. Et laisse place à une sensation inédite pour moi : celle d’être dans la peau - le caoutchouc ? - d’une chambre à air. Rempli d’air, j’ai l’impression d’être rempli d’air ! Ni sang ni muscle, ni cœur ni boyasse. Pas de vie. Une simple entité gazeuse aux sens altérés.

Quelques minutes me sont nécessaires pour retrouver des sensations humaines.

Le corps est, certes, désormais revenu. Mais l’esprit est lointain. Une simple nervosité intérieure. Attention, rien d’apparent. Pas d’agressivité, pas d’anxiété. De la nervosité pure et irrationnelle. Juste suffisante pour me plomber le moral. Aïe... cela faisait longtemps, plusieurs mois que je n’avais plus rendu visite à mon abîme propre. Pour comprendre de quoi je veux parler, il vous faut imaginer un gouffre mental où rien ne peut être : aucune tristesse, aucune joie, aucune larme, aucun sourire. Chaque parole est un effort. Vous n’avez même plus envie d’émettre un son, d’ailleurs, vous n’avez plus envie de rien. Un autisme certain a son emprise sur vous et pétrifie votre flamme. Vous ne voyez plus rien, plus aucune perspective n’existe alors que tout est là ! Vous êtes prisonnier à l’intérieur de vous-même. Et vous vous dîtes que la mort, le sommeil éternel peut-être serait...

Mmm. Cela m’ennuie assez de parler de cela, très honnêtement. Car les gens, les bienheureux, qui ne connaissent rien de cet univers-là confondent très souvent tristesse et (petite) dépression. Sachez-le : dans ces moments-là, on paierait cher pour être triste. Car au moins se sentirait-on vivant. La tristesse et ce dont je vous parle sont deux choses totalement distinctes et même, allez je me risque à le dire, rigoureusement antinomiques. La première est un système regroupant une réaction, une émotion et un sentiment. La seconde, c’est... une dimension. Ceux qui ont fait/subi un peu de physique au Supérieur comprendront de quoi je parle.

Quoiqu’il en soit, toute la journée fût comme décrit plus haut. Jusqu’au moment de prendre mes cachetons. Vingt minutes plus tard, j’avais retrouvé la pêche. Un. Dro. Gué.
La preuve, la veille j’avais oublié ma dose. Le lendemain, j’ai compris ma douleur.

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Le texte qui précède n’a pas pour dessein de me poser en Caliméro. Je vais bien, merci, même si néanmoins tout est véridique. Là où je voulais en venir, c’est sur ces saloperies de psychotropes. Je n’ai jamais pu blairer les junkeries, douces ou dures, faibles ou chargées. Et j’accepte mal le fait de devoir être contraint de me reposer sur ces immondices pour avancer. Même si ce n’est que temporaire. Bon sang.

La journée dont je parlais était celle du mardi 15 mars. Le lendemain, j’avais récupéré. Et ça tombait plutôt bien, étant donné que j’avais un entretien d’embauche à 14h30 dans une grande enseigne spécialisée dans l’outillage, l’équipement domestique et la domotique et toutes ces conneries. Enfin bref, Leroy Merlin.

Un entretien autrement plus sérieux, et plus humain que celui obtenu par le biais de Manpower, là (allez relire ma petite trilogie du mois de février sur le sujet si vous ne vous souvenez plus). Nous sommes huit ou neuf pour un poste (SAV + manutention = aptitudes relationnelles client et aptitudes manuelles = je veux ce job). La RH m’a dit que sa préférence allait vers moi pour le moment, en attendant de recevoir les trois derniers connards qui veulent me piquer mon job. Bon, peut-être fait-elle ce genre de discours à tout le monde, mais l’entretien était tellement humain et détendu qu’elle n’avait vraiment pas besoin de mentir en cas d’avis défavorable sur ma candidature. J’ai su me vendre sans réciter un texte appris par cœur, je me suis totalement adapté à la situation et à la personne que j’avais en face de moi. Lorsqu’elle m’a posé des questions sur mon entourage familial et ma situation personnelle, j’ai pu, soit en étant totalement honnête ou au contraire complètement baratineur, retourner tous les points faibles de ma candidature :

Gentille RH : Je vois que vous avez fait du gardiennage d’immeuble ? (ndr : quasi-totalement faux, mais c’est sur mon CV)
Neev : Oui, un week-end sur deux pendant deux ans. Pour être honnête, c’est le poste qu’occupe ma mère, et je l’aidais car elle travaille aussi la semaine et elle a 61 ans cette année : c’est dur pour elle. Ce n’est donc pas très légal, mais entre ma mère et la Loi, le choix n’est franchement pas cornélien. (ndr : gros sourire approbateur de mon interlocutrice)

[...]

Gentille RH : Parlez-moi de ces deux dernières années, d’abord le CNED puis webmaster chez vous ? (ndr : comprendre : vous n’avez pas mis le nez dehors pendant deux ans)
Neev : Je crois que sur le plan de mon épanouissement personnel, ce fût l’époque de la croisée des chemins. Après la déception de la fac de sciences, je n’étais pas encore dégoûté de l’informatique. J’ai alors entrepris une année de BTS Info par le CNED, car il était trop tard pour aller ailleurs (ndr : faux, j’ai choisi le CNED par pure trouille et facilité, mais j’ai suffisamment parlé de cette époque dans ce journal). C’est durant cette année-là que j’ai compris que je m’étais totalement trompé d’orientation. Le temps de me remettre les idées en place et de savoir ce que je voulais vraiment faire, j’ai pris du recul et me suis servi de mes compétences pour mettre de côté. L’ennui a surtout été le manque de vie sociale, j’ai vraiment pris conscience que le contact humain était primordial pour moi (ndr : bingo vis-à-vis du poste) et que je ne voulais plus jamais avoir à communiquer toute la journée avec une machine. (ndr : ou comment vendre deux années de branlitude complète, j’espère que vous appréciez le talent)

[...]

Gentille RH : Et hormis tout cela, vous n’avez jamais travaillé l’été ? (ndr : gros point faible de mon CV)
Neev : Non. Comme je vous l’ai expliqué, mes parents sont en fin de carrière, et très franchement ils comptent leurs jours. Ils ont trimé toute leur vie dans des emplois difficiles, et ont donc développé un rapport conflictuel avec le travail (ndr : à ce moment précis, j’ai failli avoir une éjaculation tant je me trouvais jouissif). Ils nous ont donc, consciemment ou pas, toujours protégés vis-à-vis de cet univers. Sans doute un peu trop ! (ndr : ultra archifaux, j’avais juste la trouille et pas du tout envie de bosser, et mes sœurs ont toujours bossé l’été et au-delà) D’ailleurs, je vais vous faire une confidence, il y a deux jours j’ai parlé de cet entretien à ma mère, et elle s’est empressée de me dire « Tu sais, si tu n’as pas envie hein, t’es pas obligé d’y aller... » (ndr : véridique, elle est trop permissive). Ce à quoi j’ai répondu « Heu maman, 1/ j’en ai besoin ET envie, 2/ cela ne se fait pas ! » (ndr : rires partagés par Gentille RH et moi-même). Mais vous le savez sans doute aussi bien que moi, à force de dissuader son enfant de faire quelque chose, on décuple sa motivation à faire précisément l’inverse ! (ndr : je devrais faire avocat, incroyable ce que je peux dire comme conneries quand je m’y mets)

[...]

Gentille RH : Ces deux années d’inactivité sociale ont-elles eues des conséquences sur votre moral ? (ndr : ils recherchent quelqu’un de dynamique, je la vois venir gros comme une maison)
Neev : Très honnêtement, si, bien sûr que si, surtout pour quelqu’un comme moi qui recherche l’humain avant tout, et qui déteste rester sans rien faire (ndr : festival de conneries, ce n’est plus du talent à ce niveau, c’est du génie pur). Mais depuis le début de mes recherches d’emploi, entre autres, ça va beaucoup mieux ; dès qu’il y a un petit rayon de soleil : il est pour moi ! (ndr : un Oscar, donnez-moi un Oscar !)

Enfin voilà, un mélange d’honnêteté et de mensonges éhontés qui me vaudront à coup sûr un petit séjour au purgatoire à l’heure du trépas, mais à la guerre comme à la guerre ! Mais attention, ne vous y trompez pas, j’ai l’air fier de moi comme ça, mais ma performance était largement perfectible et je le sais.
Dans tous les cas, réponse vendredi 18, normalement. Si je ne suis pas pris, je me concentre totalement sur cette saloperie de code de la route (y a pas à chier, Gilles de Robien a fait un sacré travail en rehaussant drastiquement le niveau de l’examen), et si je suis pris, je mène les deux de front et j’aurai fait un grand pas en avant, bordel de Dieu ! (Pardonne-moi le blasphème, maman)

Ca va bientôt ressembler à un blog d’entreprise, ici. J’en ai la nausée, tiens. Dîtes à Cego de me filer une de ses passoires.