jeudi 10 mars 2005

Mobilisation ! Ouais !

Pour ceux qui ne sont pas au courant, aujourd’hui en France - enfin surtout à Paris, mais Paris est la France, le reste n’est qu’une vague province sans intérêt où subsistent le droit de cuissage et la gabelle - il y a une journée de manifestation générale pour la défense : 1/ de cette connerie que sont les 35 heures, 2/ des salaires de ces fainéants qui « travaillent » (comprenez : tchatent sur Internet toute la journée) dans la Fonction Publique.

Et me voilà bien embêté. Car cette mobilisation m’inspirait néanmoins beaucoup de sympathie, aussi voulais-je y participer ! Défiler comme un baltringue, demander la démission de tout ce qui bouge (Raffarin, Fillon, Vincent Delerm, etc), hurler d’effrayants slogans tels que : « Raf-fa-rin, t’es foutu, les guichetiers RATP sont dans la rue ! » (Ca fiche la trouille, hein ?).

Non, vraiment, j’étais bien motivé pour y aller. Malheureusement, tous les trains pour Paris étaient supprimés, vu que tous les cheminots font la grève. Du coup, je vais devoir me mettre à voter UMP (à droite, pour ceux qui ne le sauraient pas) pour qu’enfin un jour on instaure le service minimum dans toute la Fonction Publique, et qu’on puisse aller manifester tranquillou contre les mééééchants gouvernements UMP.

On appelle cela « vivre dans un pays de cons ».

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Il m’est arrivé plein de choses ces derniers jours. L’ennui pour vous, c’est que je ne ressens pas le besoin d’en parler ici, étant donné que j’ai déjà dit ailleurs tout ce que j’avais à en dire. Alors ce que je vais faire, c’est vous donner des mots-clés dans le désordre, et vous vous inventerez votre propre histoire : argent, dehors, police, coups, père, coup fourré, neev, hôtel, hurlements, froid. Voilà, amusez-vous. Un indice toutefois : ce n’est pas un conte de Noël, mais les plus avertis d’entre-vous l’auront compris.

On appelle cela « vivre dans une famille de cons ».

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Cela fait 9 jours que je suis inscrit à l’auto-école. J’appréhendais un peu une ambiance de cour d’école avec plein de djeunz qui écoutent du Kyo ou du Snoop Dogg très fort dans leur casque. J’avais tort, je suis dans la moyenne d’âge. Il y a des djeunz certes, mais également pas mal de moins jeunes qui se sont vus retirer leur permis pour diverses raisons. Mais de toutes manières, comme personne ne parle à personne, cela n’importe finalement que très peu.
Vous connaissez le principe, je suis nouvellement inscrit donc pour le moment je m’exerce pour l’examen du code de la route. D’ailleurs à ce sujet, le « Code de la Route » est le livre le plus chiant que j’ai lu de ma vie. Il n’y a pas de trame principale, le scénario est totalement décousu, et les personnages principaux sont des Fiat Punto et des 106 Peugeot, ce qui limite leur charisme et les dialogues. Mais passons.

Je disais donc que je me mange du code tous les jours. La salle à beau être sinistre, je m’y amuse bien ; je crois même être le seul à m’amuser. Chaque jour, j’arrive en avance pour occuper ma place favorite : au milieu, contre le mur de droite. Pour tuer le temps, je lis les mots laissés par les djeunz sur les petites tablettes qui, pendant la séance, nous servent d’appui pour cocher les cases sur la feuille de réponses. C’est presqu’à chaque fois une délectation. Ca va du « JH cherche plan cul, les filles appelez-moi au 06 68 14 XX XX » avec pour réponse « T’as qu’à te branler, connard », aux classiques « [Insérez ce que vous voulez] en force », par exemple « PSG en force », « Ivry-sur-Seine en Force », ou encore « Nicolas Sarkozy en force » (j’avoue avoir inscrit le dernier, ça me faisait beaucoup rire sur le moment).

Lorsque j’ai fini mes lectures, je relève la tête. Mes yeux se fixent sur le mur d’en face, couleur jaune sale. Sur la droite, presqu’à l’angle, il y a une affiche pour les restaurants « Chez Papa », sur Paris. Cela me rappelle la première fois que j’ai rencontré Miss Chococat et Tessa. Ca remonte à octobre 2003. Je me souviens, c’est ce soir-là que j’étais tombé amoureux de Miss, assise juste en face de moi, ses yeux verts sombre plongés dans les miens. J’étais tellement ému que je n’avais pas pu finir mon assiette, il faut le dire, généreusement remplie.
Puis, lorsque je m’arrache de mes souvenirs, je viens à penser que cela fait désormais une grosse année, qu’hormis deux coucheries malheureuses, je n’ai personne dans ma vie.

Et une petite moue triste, de s’afficher sur mon visage.

Je regarde alors autour de moi, guettant l’arrivée d’une jeune femme qui serait à mon goût. Voyons voir qui entre ! Une femme mûre et voilée. Bon, mauvaise pioche. Attendons la prochaine. Un type. Et moche, en plus. Allez, j’aurai plus de chance au prochain coup. Ah ! Une brune, cheveux longs, visage lisse... et accompagné de son petit ami, évidemment. Je me mets à regarder le plafond, me disant que je ne suis de toutes manières pas là pour ça.

Puis une fille s’installe sur la chaise derrière moi. Je n’ai pas vu à quoi elle ressemblait, tout juste ai-je entendu un très timide « bonjour » lorsqu’elle est entrée. Je me retourne l’air détendu et désintéressé pour regarder naturellement autour et moi, et jette un coup d’œil derrière pour voir à quoi elle ressemble. Et elle est mignonne. Dix-huit ans, des cheveux blonds en pétard, de drôles d’yeux gris. Son regard accroche le mien. Merci, me dis-je, je n’en demandais pas tant.

Pensées en italique :

Neev : Bonjour !
Elle : Salut !
Neev : Tu es là depuis longtemps ?
Elle : Je viens d’arriver !
Neev : Non mais je voulais dire, inscrite depuis longtemps ? Connasse ?
Elle : Boh, trois mois, en gros.
Neev : Ah oui ? Et combien de fautes, ces temps-ci ?
Elle : Une douzaine, et toi ? (ndr : AHEM.)
Neev : A peu près la même chose (ndr : moins en fait, mais passons).
Elle : Et t’es là depuis longtemps toi ? Je t’ai jamais vu !
Neev : Une semaine.
Elle : Ah bah t’es drôlement fort alors, je sais pas comment tu fais ! Je trouve ça trop dur !
Neev : J’ai lu le bouquin, connasse. Putain, c’est une cruche totale. Quel con je fais, je parle vraiment à n’importe qui. Je crois qu’on progresse très vite au début, et qu’on stagne après. Et j’ai beaucoup de temps à y consacrer, je n’ai pas de cours en ce moment.
Elle : Ah ouais ? Tu fais quoi ?
Neev, sur le ton de la blague : Une dépression.
Elle : Ah ouais, j’ai déjà vu des gens comme ça dans « Ca se discute ».
Neev : Heureusement que je ne lui ai pas dit que j’étais un islamiste préparant un attentat, elle l’aurait gobé. Oui moi aussi, mais je plaisantais. Au fait moi c’est Neev, et toi ?
Elle : Charlène.
Neev : Ok, ça va commencer, bonne chance ! La vache, c’est pas encore aujourd’hui que je vais trouver quelqu’un, moi.

C’est vraiment déprimant ces filles qui perdent tout leur charme dès qu’elles ouvrent la bouche. Enfin bon. Au moins, j’ai pu lui adresser la parole. Je progresse.