Le faux ami
J’avais aperçu il y a de cela quelques années, dans un reportage mal monté dont certaines racoleuses émissions de télé sont remplies, un homme Américain, noir et démesurément obèse, mais surtout extrêmement touchant. L’ami nous expliquait la voix chevrotante et à demi-honteuse comme lors d’un lourd aveu, que dans les moments de déprime, de frustration, de détresse (moments qui se faisaient de plus en plus fréquents chez lui), il tombait si bas qu’il entendait son réfrigérateur lui dire « je suis ton ami », et l’appeler à s’empiffrer pour calmer sa douleur. Mais plus il se gavait, plus il souffrait et plus il souffrait... plus il se gavait.
Je pense souvent à lui, et j’ai de la peine à avoir oublié son prénom. Je pense souvent à lui car j’ai le même problème. Pas vraiment de la même nature, je pèse 72 kg pour 1m80 (brun, sur Paris et célibataire, mesdemoiselles n’hésitez pas à me soumettre vos candidatures par e-mail, j’étudierai toutes les propositions attentivement), merci beaucoup ça va pas mal pour moi à ce niveau-là.
J’ai en revanche moi aussi mon faux ami. Celui qui vous distrait d’une main pour vous poignarder de l’autre. Qui vous soulage en vous rendant dépendant. Il m’arrive en effet de rester des heures dans mon lit, éveillé et recroquevillé, entièrement recouvert d’une lourde couette. Gigotant d’une jambe. A gamberger. Dans le seul et unique endroit qui me rassure vraiment : le fond de mon lit. Des heures. Toute la journée.
Ce matin fût un de ces matins. Alors que j’avais à faire, j’ai eu une sorte de peur qui n’en ai pas une, comme une chape de plomb qui m’empêchait de me tirer de mon pucier. Non, je me trompe, ce n’est pas une chape de plomb. C’est trop lourd. Non, ce serait plutôt comme si l’on était face à une serrure très simple et qui ne pose aucune difficulté, à ceci près que la clé est l’une de vos molaires. Ce qui vous amène à un choix évident : soit vous restez gentiment devant le cadenas, soit vous le déverrouillez mais au prix de devoir dorénavant mâcher vos steaks du côté droit.
Appelez cela comme vous voulez : fainéantise, lâcheté, dépression, flemme, fatigue, lassitude, inconséquence... je m’en moque. Ce que je sais moi, c’est que c’est dur. Un mois maintenant que j’ai commencé le traitement, et je commence à en voir les limites. Plus à l’aise socialement, plus d’angoisses, certes. Mais les interrogations, les incertitudes, le manque de confiance en moi... tout cela demeure. Et que dire de ce manque d’envie, d’entrain. Le fait de ne plus m’enthousiasmer pour rien. Ne pas savoir où je vais, ni à quoi tout cela sert finalement ?
Le suicide, j’y ai pensé entre une et quarante fois par jour, tous les jours pendant huit ans. Ca m’a amené à faire deux ou trois conneries. Depuis un mois, je m’administre deux gélules qui, petit à petit, m’empêchent plus ou moins d’y songer. Super, vraiment. C’est fabuleux. Mais je ne vais pas mieux pour autant. Eh, tu m’étonnes. J’ai compris ces derniers jours que c’est moi qui devrai faire tout le boulot. Je le savais déjà, mais là je l’ai vraiment compris. Et c’est là que ça devient dur, que ça devient violent. J’ai l’impression d’être dans une mue, et toute la douleur qui vient avec me donne envie de hurler. Ces derniers jours, j’ai compris avoir entamé le processus manquant, celui qui achèvera de manière irrévocable de faire du petit garçon, un homme.
Et j’ose vous le dire : le petit garçon est terrorisé.
Je pense souvent à lui, et j’ai de la peine à avoir oublié son prénom. Je pense souvent à lui car j’ai le même problème. Pas vraiment de la même nature, je pèse 72 kg pour 1m80 (brun, sur Paris et célibataire, mesdemoiselles n’hésitez pas à me soumettre vos candidatures par e-mail, j’étudierai toutes les propositions attentivement), merci beaucoup ça va pas mal pour moi à ce niveau-là.
J’ai en revanche moi aussi mon faux ami. Celui qui vous distrait d’une main pour vous poignarder de l’autre. Qui vous soulage en vous rendant dépendant. Il m’arrive en effet de rester des heures dans mon lit, éveillé et recroquevillé, entièrement recouvert d’une lourde couette. Gigotant d’une jambe. A gamberger. Dans le seul et unique endroit qui me rassure vraiment : le fond de mon lit. Des heures. Toute la journée.
Ce matin fût un de ces matins. Alors que j’avais à faire, j’ai eu une sorte de peur qui n’en ai pas une, comme une chape de plomb qui m’empêchait de me tirer de mon pucier. Non, je me trompe, ce n’est pas une chape de plomb. C’est trop lourd. Non, ce serait plutôt comme si l’on était face à une serrure très simple et qui ne pose aucune difficulté, à ceci près que la clé est l’une de vos molaires. Ce qui vous amène à un choix évident : soit vous restez gentiment devant le cadenas, soit vous le déverrouillez mais au prix de devoir dorénavant mâcher vos steaks du côté droit.
Appelez cela comme vous voulez : fainéantise, lâcheté, dépression, flemme, fatigue, lassitude, inconséquence... je m’en moque. Ce que je sais moi, c’est que c’est dur. Un mois maintenant que j’ai commencé le traitement, et je commence à en voir les limites. Plus à l’aise socialement, plus d’angoisses, certes. Mais les interrogations, les incertitudes, le manque de confiance en moi... tout cela demeure. Et que dire de ce manque d’envie, d’entrain. Le fait de ne plus m’enthousiasmer pour rien. Ne pas savoir où je vais, ni à quoi tout cela sert finalement ?
Le suicide, j’y ai pensé entre une et quarante fois par jour, tous les jours pendant huit ans. Ca m’a amené à faire deux ou trois conneries. Depuis un mois, je m’administre deux gélules qui, petit à petit, m’empêchent plus ou moins d’y songer. Super, vraiment. C’est fabuleux. Mais je ne vais pas mieux pour autant. Eh, tu m’étonnes. J’ai compris ces derniers jours que c’est moi qui devrai faire tout le boulot. Je le savais déjà, mais là je l’ai vraiment compris. Et c’est là que ça devient dur, que ça devient violent. J’ai l’impression d’être dans une mue, et toute la douleur qui vient avec me donne envie de hurler. Ces derniers jours, j’ai compris avoir entamé le processus manquant, celui qui achèvera de manière irrévocable de faire du petit garçon, un homme.
Et j’ose vous le dire : le petit garçon est terrorisé.

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