Nouer ses lacets
Ouais, j’en suis, en quelque sorte, à ce stade. J’apprends à nouer mes lacets.
Depuis samedi dernier et le début du traitement, je réapprends les choses rudimentaires : maintenir une chambre impeccable, manger dans la cuisine et aux bonnes heures, discuter avec mes parents. Me tenir droit. Repasser mon linge en prenant le temps de bien faire. Autant de choses très connes qui m’aident à me restructurer gentiment, sans violence.
Cette semaine, j’ai fait plus de choses qu’en 1 an et demi au moins. Je suis allé à la CPAM (sécu) pour me retricoter une couverture sociale, je suis allé à l’ANPE, et accrochez-vous bien, j’ai répondu à trois offres d’emploi dont une par téléphone. Ce n’est rien, pas vrai ? Eh ben il y a encore deux semaines, je n’étais pas foutu de le faire. Et aujourd’hui, sans l’aide des médocs (et des proches), je ne le ferais pas davantage.
J’ai l’impression de jouer à un jeu vidéo en ayant entré un "cheat code" qui rend mon personnage invulnérable. C’est ce que les gamins de douze ans font lorsqu’ils jouent depuis des heures et qu’ils en ont marre de se faire laminer par le même stupide boss de fin de niveau. Ils trichent. Elle est là, l’idée. Depuis samedi, j’ai juste l’impression de tricher. L’enfant en entrant son fameux "cheat code" ne réduit en rien la difficulté de l’adversaire, il rend simplement son personnage démesurément puissant pour passer l’obstacle. Eh bien moi c’est pareil. En allant à l’ANPE, ou en appelant l’autre pouffiasse au téléphone pour bosser 1 mois dans le télémarketing (je sais j’ai honte, mais y a pas 12000 offres d’emploi pour Bac +0, vous savez), l’angoisse était toujours là, mais concentrée en une toute petite tête d’épingle dans mon estomac. Et je savais que sans le bromazépam (l’anxiolytique) je serais décomposé, prostré la tête dans les paumes de mes mains à tenter de me retenir de rendre. Je vous le disais, c’est comme l’enfant et son code : je ne rends pas l’adversaire moins fort. Je me contente d’être artificiellement moins faible. Je ne sais pas qui peut s’en glorifier, mais certainement pas moi. Et le pire, c’est que je ne peux même pas m’en attrister : j’ai un antidépresseur qui m’en empêche.
Alors attention, je ne crache pas sur ce traitement. Pouvoir enfin souffler deux minutes est une sensation absolument géniale. Il est juste très frustrant... effrayant de s’apercevoir que ces médocs ne jouent en rien dans le processus de guérison lui-même. Ils ne servent qu’à aider à faire le sale boulot, à se faire violence, à aller chercher les causes véritables et les racines du mal, et se les taillader au coupe-ongles. Un travail long, fastidieux, et qui demande un joli stock de coupe-ongles. J’en soupire d’avance.
Ne vous en faîtes pas, je ne vais pas vous emmerder longtemps avec mes médicaments à la con. De nos jours, il n’y a rien de plus commun que des gugusses shootés aux anxios et aux antidéps pour supporter les lubies de leur hiérarchie et l’inconséquence de leurs mômes. Je voulais juste en parler parce que c’est, va savoir, le début d’un nouveau chapitre qui je l’espère, sera peut-être un peu plus bandant que le précédent ?
Eh ouais, tiens. Va savoir.
Depuis samedi dernier et le début du traitement, je réapprends les choses rudimentaires : maintenir une chambre impeccable, manger dans la cuisine et aux bonnes heures, discuter avec mes parents. Me tenir droit. Repasser mon linge en prenant le temps de bien faire. Autant de choses très connes qui m’aident à me restructurer gentiment, sans violence.
Cette semaine, j’ai fait plus de choses qu’en 1 an et demi au moins. Je suis allé à la CPAM (sécu) pour me retricoter une couverture sociale, je suis allé à l’ANPE, et accrochez-vous bien, j’ai répondu à trois offres d’emploi dont une par téléphone. Ce n’est rien, pas vrai ? Eh ben il y a encore deux semaines, je n’étais pas foutu de le faire. Et aujourd’hui, sans l’aide des médocs (et des proches), je ne le ferais pas davantage.
J’ai l’impression de jouer à un jeu vidéo en ayant entré un "cheat code" qui rend mon personnage invulnérable. C’est ce que les gamins de douze ans font lorsqu’ils jouent depuis des heures et qu’ils en ont marre de se faire laminer par le même stupide boss de fin de niveau. Ils trichent. Elle est là, l’idée. Depuis samedi, j’ai juste l’impression de tricher. L’enfant en entrant son fameux "cheat code" ne réduit en rien la difficulté de l’adversaire, il rend simplement son personnage démesurément puissant pour passer l’obstacle. Eh bien moi c’est pareil. En allant à l’ANPE, ou en appelant l’autre pouffiasse au téléphone pour bosser 1 mois dans le télémarketing (je sais j’ai honte, mais y a pas 12000 offres d’emploi pour Bac +0, vous savez), l’angoisse était toujours là, mais concentrée en une toute petite tête d’épingle dans mon estomac. Et je savais que sans le bromazépam (l’anxiolytique) je serais décomposé, prostré la tête dans les paumes de mes mains à tenter de me retenir de rendre. Je vous le disais, c’est comme l’enfant et son code : je ne rends pas l’adversaire moins fort. Je me contente d’être artificiellement moins faible. Je ne sais pas qui peut s’en glorifier, mais certainement pas moi. Et le pire, c’est que je ne peux même pas m’en attrister : j’ai un antidépresseur qui m’en empêche.
Alors attention, je ne crache pas sur ce traitement. Pouvoir enfin souffler deux minutes est une sensation absolument géniale. Il est juste très frustrant... effrayant de s’apercevoir que ces médocs ne jouent en rien dans le processus de guérison lui-même. Ils ne servent qu’à aider à faire le sale boulot, à se faire violence, à aller chercher les causes véritables et les racines du mal, et se les taillader au coupe-ongles. Un travail long, fastidieux, et qui demande un joli stock de coupe-ongles. J’en soupire d’avance.
Ne vous en faîtes pas, je ne vais pas vous emmerder longtemps avec mes médicaments à la con. De nos jours, il n’y a rien de plus commun que des gugusses shootés aux anxios et aux antidéps pour supporter les lubies de leur hiérarchie et l’inconséquence de leurs mômes. Je voulais juste en parler parce que c’est, va savoir, le début d’un nouveau chapitre qui je l’espère, sera peut-être un peu plus bandant que le précédent ?
Eh ouais, tiens. Va savoir.

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