jeudi 30 septembre 2004

Dans la tête de l’autre

J’ai une certaine tristesse, ce soir. Mais pas le genre à vous faire pleurnicher la tête dans les cuisses et en vous balançant d’avant en arrière. Ce serait plutôt une du genre à vous serrer la gorge, à vous donner l’oeil sombre, à vous faire faire la moue. Sans réelle raison, j’ai une certaine tristesse ce soir.

Il y a ces moments où vous aimeriez savoir ce qu’il se passe dans la tête de l’autre. Où vous tendez la main vers le combiné de téléphone avant de finalement vous en abstenir en refermant votre poing dans le vide, résigné. Ces moments où vous avez besoin d’aide sans savoir vers qui vous tourner. Ces moments où vous savez ce que vous voulez, sa peau nue et douce par exemple. Mais sans pouvoir l’obtenir. Tristesse, certaine tristesse. Puis...

... amertume. Ah bah oui. La tristesse n’est rien sans amertume, c’est comme quand vous allez dans une pizzeria, on vous refourgue toujours une bouteille d’huile infecte avec votre pizza. Vous n’en voulez pas mais c’est comme ça, c’est sûrement dans la convention de Genève où un truc du style. Dans les boîtes de Nesquick aussi, on vous fait le coup (je voulais parler de packs de bière au début, mais je n’y connais rien en alcool tandis que le Nesquick : je maîtrise à fond). On vous refile toujours des autocollants sur le dernier Disney qui vient de sortir, et ce DANS la boîte. Vous, ça vous emmerde passablement d’avoir un sachet en plastique au milieu de votre poudre, mais y a pas le choix c’est soit ça soit de l’imbuvable Banania. Et vous remarquerez qu’il en va de même pour les paquets de Kiri. Mmm. Faudrait quand même que je pense à me nourrir comme un adulte, un jour.

L’amertume, donc. Une chose bien dangereuse. Ce sont les instants d’amertume qui me mènent dans ces voyages cérébraux empruntant des chemins alambiqués. Vous savez, ces voyages qui poussent à faire des conneries. L’amertume est en ce qui me concerne un sentiment que je dois éviter avec la plus grande rigueur. Ouais.

Dieu ce qu’elle me manque.

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J’étais en Normandie ce week-end. A Notre-Dame des Estrées, pour être exact. Il s’agit d’un bled paumé qui compte 125 habitants, mais presqu’aussi vaste que la ville dans laquelle je vis et qui elle en compte 45000. Ca vous donne une idée. Là-bas, tout n’est que terres et forêts, mais pas n’importe lesquelles. Celles-ci font partie d’un domaine appartenant à l’ex-femme d’une des plus grandes fortunes Françaises du monde. J’ai eu droit à une rapide visite dudit domaine : manoir, chapelle (une vraie, d’époque, restaurée), maisons diverses, chevaux et animaux d’élevage, prairies, forêt, court de tennis, piste de quad, piste d’atterrissage pour hélicoptère et j’en passe parce que je n’ai pas tout vu. Le tout planté sur le point culminant de la région, qui offre une vue portant sur 30 km à la ronde. Autrement dit on peut voir la moitié de la Basse-Normandie tout en baignant dans la piscine (intérieure, chauffée et avec baies vitrées, bien sûr). Un peu irréel, quand vous habitez dans un 70m² en banlieue parisienne et que le truc le plus exotique que vous pouvez voir depuis votre fenêtre est un rond-point. Et comme en plus le style architectural est Normand d’époque, le résultat est très joli et paradoxalement pas tape-à-l’oeil : vu de l’extérieur ça fait même humble ! alors que l’ensemble est vissé sur une atroce montagne de fric.

Je logeais chez Ayme, l’ami de ma soeur Ashmé. Ca fait maintenant plus d’un an qu’ils sont ensemble, et j’ai apprécié de les voir vivre ensemble un week-end. Tonio était également avec nous, il a été particulièrement casse-couilles mais ça m’a fait de le voir gambader dans la nature et s’amuser avec les chiens d’Ayme. J’ai également été réjoui de le voir toujours aussi curieux de tout bien qu’avouons-le, c’est très usant pour les nerfs des autres.
Ayme s’occupe donc du domaine, il est payé pour ça et il loge sur place. Inutile de vous dire que c’est un boulot de dingues. C’est également un chasseur. Bon j’étais tout plein de préjugés sur la chasse et les chasseurs. Et au bout d’un week-end en compagnie de l’un d’entre eux, je le suis toujours autant. Mais j’ai néanmoins appris que tous les chasseurs ne sont pas des braconniers sanguinaires, qu’il y en a au moins un qui n’aime pas flinguer tout ce qui bouge. N’empêche que quand vous voyez un carton rempli de cartouches nonchalamment posé au mileu du salon, vous vous sentez déglutir.
Ayme a un phrasé très rural. Je n’ai rien contre ça, mais je n’en ai pas l’habitude. Pour être franc, je me suis découvert un côté hautain-citadin, et j’espère sincèrement n’en avoir rien laissé paraître. Mais sans aller jusqu’à être gêné, j’ai été surpris. Ce n’était pas la première fois que je voyais le bonhomme (c’était la troisième, à vrai dire), mais il est tellement peu bavard (à peu près autant que moi lorsque je ne suis pas dans mon élément) que je ne m’en étais jamais aperçu avant. Et ce qui est amusant, c’est que ma soeur commence à prendre certaines de ses intonations et certaines de ses expressions (toutes plus grammaticalement incorrectes les unes que les autres). Sans doute n’est-ce que du mimétisme conditionné, mais ça surprend.

Bref, au final je l’aime bien.

Le lendemain nous sommes allés voir la mer, sur Gold beach et Omaha beach. Ca m’a fait un bien fou de la revoir, cette garce. J’adore la mer, il m’a fallu 22 ans pour m’en rendre compte. Ma soeur m’a dit qu’elle se sentait revivre, au bord de l’océan. Je ne suis pas loin de penser la même chose. Mon rapport avec lui a toujours - depuis tout petit - eu quelque chose de mystique, de très puissant. Je ne saurais pas vraiment l’exprimer, mais je me sens humble face à l’océan, une humilité s’apparentant à celle que l’on peut avoir vis-à-vis du divin. Et l’analogie n’est pas trop forte.

Faut vraiment que je consulte, moi.


— -== Ah, l’océan... Dommage que je sois malade en bâteau. ==—

vendredi 24 septembre 2004

Prosélyte de la nation

Il y a un truc qui me chafouine (oui je sais qu’on dit "chiffonne", mais j’aime prendre des libertés avec la langue française, c’est mon côté rebelle centriste) la pine (ça c’est mon côté vulgaire) en ce moment, c’est Renault et sa nouvelle voiture là, la Logan. Pour ceux qui ne sont pas au courant, Renault à sorti récemment un nouveau modèle de voiture bon marché : la Logan, donc. Cette dernière était exclusivement destinée au marché roumain et est vendue 5000 euros, là-bas. Pas cher me direz-vous, sauf que ça représente un peu plus de 50 mois de salaires médians roumains (plus de quatre ans). Bon jusque là rien de très choquant, ce n’est pas la faute de Renault si les Roumains sont sous-payés. Là où en revanche ça l’est davantage, c’est quand deux semaines plus tard Renault nous annonce : "Ouais bon, en fait la Logan n’était destinée qu’au marché roumain mais comme on est super sympas on va vous la vendre aussi, ici en France. Mais pour 7500 euros". Ben voyons. Renault n’en a rien à foutre, de la Roumanie. Même vendue à 5000 euros, la plupart des gens de là-bas seront morts de vieillesse avant d’avoir suffisamment mis de côté pour pouvoir se la payer. Ce n’est ni rentable pour Renault, ni une si bonne affaire que ça pour les gens. En revanche, ça rend les Français très envieux, parce qu’EUX ils peuvent les sortir beaucoup plus facilement, les 5000 euros. Tellement facilement que Renault peut se permettre de gonfler le prix de 50% tout en restant ultra-compétitif : 7500 euros ce n’est que sept mois de salaire médian en France. Et le tour est joué. On crée un besoin a un endroit en jouant les hypocrites sur la misère et le désir d’aide au développement du niveau de vie d’un autre endroit. C’est malin, c’est très bien pensé, mais c’est une méthode d’enculés.

Pour me calmer les nerfs, je vais en Normandie ce week-end. Je suis plutôt content, ça fait une éternité que je n’ai plus vu la mer. On en profitera pour aller voir les plages du Débarquement, ça fait une paye que je voulais les voir. Je sais déjà que j’aurai une petite pensée émue pour tous ces types plus jeunes que moi venus se faire déssouder la gueule loin de chez eux.

Et sinon concernant ma vie plus personnelle, j’ai décidé de me convertir à l’Islam.

********** Interlude **********

Là normalement ceux qui me connaissent un peu doivent se dire quelque chose du genre "Oh putain, je m’attends au pire".
Et ils ont raison. Vous allez voir, Houellebecq à côté, c’est une tafiole.

***** Fin de l’interlude ******

Un lecteur, soucieux pour moi à la suite de mes récentes entrées à forte teneur en "I-hate-myself-and-I-wanna-die", m’a offert le Coran. Enfin plus exactement, il m’a offert "le Coran pour les nuls" (Coran for dummies), une version simplifiée de l’original un peu imbitable pour les profanes, surtout quand tu ne parles pas la langue en fait.
...
Enfin plus exactement, il m’a offert "Le Coran pour les enculés", la version édulcorée où l’on ne garde que les passages marrants, avec des illustrations. Quatorze pages de bonheur. Ca a été une révélation. Je crois sincèrement avoir trouvé de quoi donner un véritable sens à ma vie. D’abord on t’explique que tu as le droit de taper ta femme. Enfin, tes femmes. Et tes filles aussi. Enfin tu as le droit de cogner sur tout ce qui a des nichons et qui ne peut pas se défendre. Ca m’a tout de suite emballé. Imaginez c’est le soir, vous rentrez chez vous après une rude journée de travail et vous avez besoin de vous détendre. Eh bien vous tabassez votre femme un petit peu, ça ne mange pas de pain et ça soulage. C’est écrit dans le bouquin, alors on a le droit !

Ensuite on vous explique qu’il ne faut pas boire d’alcool, ni fumer, ni baiser. On ne t’explique pas pourquoi, mais c’est très important. Bon moi ça ne me gêne pas trop, je n’aime pas l’alcool, le tabac me dégoûte et je ne baise presque jamais. D’ailleurs lorsqu’on vous dit qu’il ne faut pas baiser, ce n’est pas tout à fait vrai : tu as bien évidemment le droit de violer collectivement les mécréantes non-musulmanes, c’est un droit divin universel, naturel et inaliénable. Et en plus c’est écrit dans le bouquin. Donc on a le droit, forcément.

Après ça, on vous explique qu’il faut tuer tous ceux qui ne pensent pas comme toi, parce que ce sont des ennemis d’Allah et que c’est pas cool. On vous demande même de faire un effort particulier en ce qui concerne l’extermination des Juifs, mais je n’ai pas très bien compris pourquoi. Ca doit être à cause des kipas, c’est vrai que c’est ridicule une kipa, franchement. Mais bon de là à les tuer, quand même... Ne pourrait-on pas simplement leur donner des casquettes ?
Enfin quoiqu’il en soit, on vous dit d’assassiner tous ces gens, quitte à vous faire exploser vous-même. Mais à une seule condition !! Que vos parties génitales restent entières et intactes !! Sinon Allah vous refoulera à l’entrée de son Paradis, et vous ne pourrez pas baiser les 72 vierges auxquelles vous avez droit grâce à votre statut de martyr (c’est syndical, j’ai vérifié). Ce passage-là m’a particulièrement foutu les boules (c’est le cas de le dire). Il faut faire très attention à ses coucougnettes. Alors moi depuis je me balade en couches dans la rue, comme ça je suis peinard.

Pour achever de vous convaincre, je vais vous décrire une de mes journées-type :

6h00 : Lever.
6h05 : Prières ponctuées de trois "ALLAH AKBAR !!" en gueulant très fort.
6h15 : Ma femme se réveille, alarmée par mes beuglements. Je la tabasse un peu pour l’aider à se rendormir.
7h00 : Ma femme dort encore, visiblement assomée. Je la tabasse un peu pour l’aider à se réveiller : mon petit-déjeûner ne se fera pas tout seul.
8h00 : J’enfile ma couche, et je pars au travail.
8h15 : Sur le chemin du travail, je m’arrête à l’école juive du quartier pour distribuer des casquettes. Il faut aider les nécessiteux.
10h00 : Prières ponctuées de trois "ALLAH AKBAR !!". Mon patron me demande poliment de fermer ma gueule.
11h00 : Je change ma couche.
12h30 : Déjeûner à la cantine, seul. Comme je ne mange pas de cochon, que je ne bois pas de vin et que je ne fume pas, je n’ai pas d’amis : on me reproche mon manque de convivialité. Mais bon ils ne peuvent pas comprendre, ce ne sont que des mécréants après tout.
14h00 : Prières ponctuées de trois "ALLAH AKBAR !!". Mes collègues se moquent de moi en me lançant des "Allah pèche aux moules" et des "Allah akbabar, le roi des éléphants". Les mécréants ont un humour douteux.
17h00 : Je rentre chez moi.
17h15 : Sur le chemin, je jette des tomates pourries sur les petits Juifs de ce matin. Oui bon ça va, je débute en terrorisme, moi.
17h30 : Je vais faire les courses chez Monoprix (enfin, les légumes seulement). Le vigile me demande ce que je fabrique en couche dans la rue.
18h00 : Harassé, je retrouve ma femme avec bonheur et lui colle un bon coup de fer à repasser dans la gueule.

Alors, convaincus ?


— -== Pas la peine d’appeler la police, laissez, je vais le faire moi-même :-) ==—

mercredi 22 septembre 2004

Des seringues dans les yeux

J’aurais aimé avoir un grand frère. Un chouette type, bel homme mais pas au point de me filer des complexes, bien dans sa peau et de trois ou quatre ans mon aîné. Un type qui m’aurait tiré vers le haut. Qui m’aurait appelé "petit gars" en me tapotant affectueusement sur l’arrière du crâne.

Aujourd’hui, c’est moi qui me tapote tout seul en me disant des "Allez petit, ne te laisse pas abattre". Oui, je suis là, debout à tourner en rond et à me parler à moi-même. A tenter de me convaincre de ne pas me laisser rattraper par mes envies d’arroser les murs de ma chambre de mes propres tripes. A énumérer mes bons côtés ainsi que ceux de l’existence. A m’invectiver, à me coller des beignes pour me secouer un peu... et aussi peut-être parce que j’adore prendre des beignes.

Allez petit, ne te laisse pas abattre. Bing.

C’est dans ces jours-là qu’on voit sa vraie valeur. Ces soirs où l’on perd complètement le goût de vivre, où l’on a l’impression d’évoluer dans des sables mouvants. Je perds pied, je m’enfonce, j’étouffe, mais je m’accroche à cette brindille d’espoir qui me souffle "Allez petit, ne te laisse pas abattre". Cette brindille d’espoir et son lot de lieux communs. Demain ça ira mieux ! Y en aura d’autres ! Mieux vaut en rire qu’en pleurer ! Le match n’est pas terminé tant que l’arbitre n’a pas sifflé ! (nan, j’déconne)

Allez petit, ne te laisse pas abattre. BAM.

Je me déteste, putain. Vous avez déjà essayé de cohabiter 24h/24 avec quelqu’un que vous voulez voir mort ? Ce connard ne me lache jamais, il est toujours là à me rappeler la pauvre merde que je suis. Même dans mes rêves. Même dans mes rêves je foire tout. Je suis minable, insignifiant et inconsistant. Mon plus grand regret dans la vie, c’est qu’une fois refroidi je ne pourrai même pas pisser sur mon cadavre.

Allez petit, ne te laisse pas ab.. BAOUM !


— -== Not even close. ==—

lundi 20 septembre 2004

Dieu reconnaîtra les siens

C’est une charmante fin d’été. L’air recommence gentiment à nous piquer le bout des doigts et à nous taquiner les orteils : les sans-abri doivent se réjouir. Les fesses posées sur une chaise de mon balcon avec deux rangées d’immeubles pour panorama, je tourne paisiblement les pages de mon quotidien de droite favori. J’y apprends jour après jour, avec un mélange de circonspection et d’effarement, la mort de 50, puis 100, puis 150 enfants parmi 300 otages tués dans une école très loin de chez moi. Et ce ne sont que des chiffres officiels. Ensuite, ce sont de violentes explosions un peu partout dans le monde qui arrachent encore quelques dizaines de vies par-ci, par-là. Et encore quelques pages plus loin, les dernières frasques d’un Sarkozy dont les grotesques gesticulations dans tous les sens deviennent de plus en plus pénibles.

Bien peu de réjouissances dans mon quotidien de droite favori.

Dépité, je me dirige vers la cuisine pour y faire un brin de vaisselle (histoire de me donner bonne conscience). Je plonge une cuillère dans un verre vide qui laisse résonner un son de clochette fendue. Des souvenirs de l’enfance me reviennent alors. Je me rappelle des vacances d’été dans notre maison en Espagne, lorsque je me faisais du Cola-cao (le Nesquick local). Ces instants étaient un peu magiques pour moi, il fallait dissoudre la poudre de cacao dans peu de lait et ce en touillant 2 bonnes minutes. Et seulement ensuite, on pouvait remplir son verre entièrement. J’y mettais autant d’application que pour préparer une solution chimique corrosive.

Digi ding digi ding... le bruit de la cuillère dans le verre.

Ca me rappelle aussi quand j’étais malade, et qu’on me donnait l’infecte Doliprane goût fraise, à dissoudre dans de l’eau. Tu parles d’un goût fraise. On aurait dit de la fraise qui aurait mariné dans du propane liquide avec une pointe de vinaigrette. Beeaarg. Ces fois-là, rien que le digi ding suffisait à me donner la nausée !

De fil en aiguille, toujours devant mon évier, je continue mon voyage dans le temps. Je repense à mon adolescence, entre 11 et 14 ans. A 11 ans, j’étais populaire, bien dans ma peau, les filles me regardaient et je collectionnais les "amoureuses". A 12 ans, j’ai commencé à avoir des boutons et à grossir un peu, mais j’étais toujours bien dans ma peau parce qu’à cet âge-là les dissentions sociales ne sont que naissantes. Non, c’est véritablement à 13 ans que ça s’est gâté pour moi. C’est là que tout s’est joué. J’étais gras, la face criblée de boutons. J’avais honte de moi. Les filles ne me regardaient plus du tout, sauf parfois pour se moquer de moi gentiment. Les groupes se formaient. Ou plutôt des catégories de gens :

1/ ceux qui sont bien dans leur peau, populaires, qui ont des petits amis, qui écoutent de la musique commerciale et arrivent à y trouver un sens profond.
2/ ceux qui sont l’opposé de la catégorie n°1. Qui ne s’acceptent pas (et ont toutes les raisons pour), qui sont exclus par les populaires de la catégorie n°1, qui sont désespérément seuls et qui écoutent de la musique tout aussi commerciale que les premiers, mais infiniment moins consensuelle. J’étais de ceux-là.
3/ ceux à mi-chemin entre les deux (les plus nombreux).

Bref, de jeunes adolescents. Mais là où je veux en venir, c’est que mon appartenance à la catégorie n°2 à l’âge de 13 ans a conditionné les dix années qui ont suivi. J’ai tellement été habitué a rejeter la vie sociale que j’en suis petit à petit devenu un parfait étranger, sauf avec ceux que j’ai moi-même accepté dans mon cercle, dans ma bulle. Je n’ai pas la curiosité de connaître l’autre. Je n’ai même pas la notion d’aller vers l’autre. Je suis un inadapté social, parce que c’est ce que j’ai toujours appris à être. Toujours à être en décalage avec le monde. Rejeter ce qui est à la mode. Rejeter les conventions. Quitte à subir, quitte à s’exclure soi-même. Subir la vie en attendant la mort, voilà l’esprit dans lequel je me suis construit.

Je suis assis sur un quai de métro et elle sur celui en-face. Elle me regarde en souriant, mais je ne vois que de la tristesse. Je sais au fond de moi que les directions de nos vies sont comme celles de ces rames que nous nous apprêtons à prendre : parfaitement opposées.

Mais ce qu’il y a de bien avec les rames de métro, c’est qu’elles finissent toujours par se recroiser.


— -== Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon coeur d’une langueur monotone. Tu m’étonnes, John. ==—

dimanche 5 septembre 2004

C’est l’heure de casquer, les gars.

Bon, ça va mieux. Mon humeur doit être largement tributaire de la couleur du ciel, je ne vois que ça.

J’ai passé l’après-midi à mouliner sur ma bécane, le plus souvent comme un taré. L’ennui est que c’était l’un des derniers (si ce n’est le dernier) dimanches ensoleillés de l’année et que par conséquent, tout le monde était de sortie. Et c’est doublement contraignant.

1/ Vous passez votre temps à slalomer entre les piétons qui n’ont stritement rien à foutre sur une piste cyclable et les enfants qui ne connaissent pas la notion de DANGER et qui courent partout sans regarder où ils vont (le plus souvent vers une mort certaine, et ça ne donne pas envie d’être parent).

2/ L’été, il fait chaud. Lorsqu’il fait chaud, les femmes portent des débardeurs, à fortiori lorsqu’elles font un effort physique comme le vélo. Et enfin lorsqu’on fait du vélo, on est penché vers l’avant. Héhé. Débardeur + vélo = nichons (mesdemoiselles, mesdames : sachez-le). Et lorsque vous avez une cinquantaine de paires de ces machins-là qui attirent votre regard tout l’après-midi, je vous jure que vous avez du mal à rouler droit.

Résultat : les seins sont la première cause de mortalité chez les moins de 4 ans. Im-pa-ra-ble.

Mais ce n’est ni de vélo, ni de mammelles dont je voulais parler aujourd’hui. Mais plutôt de pognon. Il faut que vous me donniez votre pognon. C’est normal. C’est naturel. C’est dans l’ordre des choses. Allons, les amis. Donnez-moi votre blé. C’est dans cette optique que j’ai pensé à installer un système "PayPal" sur ce site. Déjà parce qu’il me coûte 60 euros par an, et ensuite parce que j’étais curieux de voir combien d’imbéciles seraient prêts à me filer de l’oseille juste parce que je le leur demande (et même pas poliment en plus). Mais bon, il est assez vilain de parler argent alors j’ai laissé l’idée de côté, d’autant plus que je ne suis pas convaincu que tout le monde goûte à cet humour.

En revanche, on peut parler cadeaux. Et ça tombe bien, il y a une nouvelle mode à ce sujet : la wish list. Vous allez sur amazon.fr, vous faîtes une liste de choses que vous aimeriez acheter, vous envoyez le lien qui pointe sur cette liste à tous vos amis, ceux-ci sortent leur carte bleue, et vous attendez que les articles arrivent dans votre boîte aux lettres. J’ai trouvé le concept excessivement gonflé. Consternant.

...

Ouais bon, et donc voilà ma liste. J’en profite d’ailleurs pour m’engager sur l’honneur à avoir un rapport sexuel avec celui ou celle qui m’offrira la Playstation 2. Vous remarquerez que j’ai mis des bouquins dans la liste, parce que c’est pas cher et que ça fait intello. Mais ne vous y trompez pas : c’est la PS2 que je veux, hein ?

Merci, Père Noël.


— -== Ah et je rajouterai des articles au fil du temps. Merci encore. ==—

mercredi 1 septembre 2004

The reckoning day.

Au bord du canal, les yeux dans le vague et les gestes imprécis. Je pense et repense à toutes ces histoires, au film des évènements qui depuis bientôt un an s’enchaînent sans jamais me laisser de répit. Evènements dans lesquels je ne joue évidemment plus aucun rôle, hormis celui du laissé pour compte. Parce que trop gentil, trop passionné. Trop sensible. Trop "problem child". Et probablement trop "child" tout court. C’est ce qu’ils pensent tous, du moins.

Dans la cuisine, les yeux dans le vague et les gestes imprécis. Un petit papillon blanc vient briser ma torpeur en passant dans mon champ de vision. Il vole maladroitement, brasse beaucoup d’air avec frénésie mais pour pas grand chose. D’un violent revers du bras, je l’envoie sur le mur opposé. Il tombe au sol, sans vie. Le pauvre a eu la malchance de me ficher la frousse. Je peine à retenir des larmes. Parce que trop sensible. Trop "problem child". Et probablement trop "child" tout court. C’est ce qu’ils pensent tous, du moins.

Je vais disparaître, il ne me reste que ça. Couper les ponts avec des gens que l’on aime est une épreuve de force, une lutte de chaque instant. Mais ce n’est pas comme si j’avais le choix. Trop de manigances, trop de coups bas, trop de mal. Trop de mensonges, de poudre aux yeux et de saloperies dites dans le dos. Trop d’attachement et trop de folie dans mes yeux. Je ne peux plus la voir, ni même lui parler. Je ne veux plus revivre ça, je dois le faire.

Pour toutes les fois où j’ai voulu ou essayé de me foutre en l’air et où j’ai échoué, tantôt par manque de couilles, tantôt par manque de cul.

Don’t want no revenge
Ain’t no pay back time
It ain’t called getting even
Here comes the reckoning day