vendredi 30 juillet 2004

Septentrion

Je viens tout juste de rentrer de vacances. Je suis d’abord allé à Barcelone, pour une compétition de BMX. J’ai arrêté la compèt’ il y a quelques années mais à mon grand étonnement, j’ai toujours le niveau. J’ai terminé ma perf sur un Double Clap Twist McBride, ce qui m’a valu une place sur le podium et les applaudissements fournis de l’assemblée. Le Double Clap Twist McBride est une figure qui consiste à faire un 720° deux mètres au dessus de la rampe du half-pipe tout en lachant le guidon pour frapper dans ses mains comme au flamenco et en se lèchant les parties. Ca a l’air compliqué à comprendre à première vue, mais en fait c’est tout simple : "Double" c’est pour 2x360°= 720°, "Clap" c’est pour le flamenco, "Twist" c’est pour la contorsion effectuée pour se lècher les couilles, et enfin "McBride" c’est le nom du type qui est allé le premier à deux mètres au-dessus d’une rampe de half-pipe (mais il en est mort). J’espère que c’est plus clair comme ça. Ah et évidemment, il faut faire le tout en souriant au public de dindes les seins moulés dans un haut de maillot deux tailles trop petit. Je me rappelle maintenant pourquoi j’ai arrêté la compèt’.

Après le trip à Barcelone, je suis allé à Miami pour voir mon vieux pote Lance, que je n’avais pas vu depuis des années. Je passe les détails parce que je n’ai pas le droit d’en parler, mais j’ai dû aller le chercher dans un hangar crasseux, sur les docks. Il était ligoté, baillonné, et apparemment les ravisseurs s’étaient un peu défoulés sur lui. Pauvre Lance. Je l’ai embarqué fissa dans ma BMW, les types nous ont pourchassés sur 500 mètres, juste le temps pour moi de remettre la main sur mon lance-roquettes. Puis j’ai aisément semé les flics pour enfin arriver à la planque. Je lui ai demandé de me fournir des explications, et il m’a ressorti ses sempiternelles histoires de deals foireux qui tournent mal. Je me rappelle maintenant pourquoi j’ai arrêté de le voir.

J’ai fini le mois en Argentine, pour le Rallye organisé là-bas. Au départ, j’étais simplement censé y assister avec mon ami Florent Pagny, qui est installé là-bas, en Patagonie. Mais la veille d’une spéciale, le co-pilote de Carlos Sainz a dû être hospitalisé d’urgence pour soigner un ongle incarné. Alors comme je suis moi-même pilote émérite et que je suis parfaitement bilingue français-espagnol, Carlos m’a supplié d’être son co-pilote pour la spéciale, le temps que le remplçant ramène son cul en Argentine. Alors moi dans mon espagnol irréprochable, je lui ai dit "Claro que si, Carlos, soy un condutor muy muy balèze, no soy un pédé. Claro que no. Hola, que tal ?". Il m’a regardé bizarrement, mais il m’a dit banco. C’est sympa le boulot de co-pilote. Ca consiste à annoncer au pilote ce qui va lui tomber sur la gueule dans 100 mètres. Et c’est comme ça pendant 30 kilomètres. Je vous laisse compter le nombre de "Vuelta a la derecha" et de "Te dije a la derecha, cabron de puta madre !" que ça fait. C’était dur, mais bon, on a gagné. Les journalistes m’ont criblé de questions et m’ont couvert de louanges (il parait que c’est historique qu’un co-pilote newbie gagne une spéciale de Coupe du Monde des Rallyes). Heureusement que mon espagnol est impeccable, tiens.

...

Puis j’ai fini par éteindre la Playstation.

Et je suis retombé dans mes turpitudes, mes idées noires, mes pulsions morbides, mon dégoût et mon désespoir. Pas longtemps, va. Mais suffisamment pour effrayer tout mon entourage à cause d’une grille enjambée et d’une lame pointée là où il ne fallait pas, passant de ce fait à deux doigts de l’isolement aussi bien clinique que familial. C’est à l’orée d’un petit bois, une nuit, que j’ai achevé mon voyage, ce tryptique passionné mêlant rage, haine et dégoût. Recroquevillé, la tête dans les cuisses, maintenu éveillé par l’air frais et par l’angoisse de faire une mauvaise rencontre, on se sent vraiment con. Et davantage encore lorsque l’on fait la liste numérotée des choses qui nous rattachent à la vie, et que la reprise du championnat de France de football arrive en tête. Hey. J’ai trouvé de quoi repousser mon suicide à juin prochain.

Ne pas perdre le Nord est parfois chose compliquée.


— -== Au moins dans les jeux vidéos, il y a une petite boussole en bas à droite. ==—

vendredi 2 juillet 2004

Darth Pater

Mon père est vraiment grave. Non pardon, je dis n’importe quoi : il est extrêmement con.

Par exemple ce soir, Tonio a organisé une petite cérémonie pour fêter son passage en CE2 (oui, il a tendance a être trop fier de lui). Il s’agit d’une cérémonie de 20 secondes pendant laquelle Tonio coupe un ruban confectionné par ses soins, avec applaudissements à la fin (oui il est trop fier de lui et légèrement mégalo, d’accord. Mais c’est un chouette gamin, hein !). Seuls ceux ayant écrit un mot d’encouragement (voir le post d’hier) étaient conviés. Mon père ayant - pour je ne sais quelle raison (enfin si mais j’y viendrai plus tard) - refusé d’écrire un mot d’encouragement, Tonio est venu lui dire qu’il n’était pas convié. Ce à quoi mon père, 58 ans, a répondu (accrochez-vous bien) : "Ouais mais Tonio, de toutes manières je le sais que je compte pas pour toi, va faire ton spectacle moi je m’en fiche de toutes manières". Il a enchaîné sur d’autres trucs que je n’ai pas pu entendre de la où j’étais, mais j’ai disctinctement entendu un "neev", ce qui indique qu’il parlait de moi alors que rien ne l’y invitait. Mon père a une grosse voix et est donc facilement impressionnant aux yeux d’un gosse, surtout lorsqu’il hausse le ton. Mais Tonio, lui, était hilare. Je crois que ça n’a pas plu a mon père, il est retourné s’avachir devant la télé comme l’énorme porc qu’il est.

Je pense savoir pourquoi il n’a pas voulu écrire de mot d’encouragement au petit.
1/ Il a l’air dans une phase dans laquelle il prend le parti de se désolidariser de nous, et de se rapprocher de la famille en Espagne.
2/ Il n’aime pas que l’attention se porte sur quelqu’un d’autre que sur lui.
3/ Il aime jouer les victimes (j’en ai hérité, d’ailleurs).
4/ C’est un sale con.
5/ Il est très laid.
6/ Il ne sait pas écrire français correctement (il n’a jamais fait l’effort d’apprendre, alors que ça fait 35 ans qu’il est en France et qu’il est loin d’être demeuré).
7/ Il ne m’a JAMAIS encouragé dans quoique ce soit quand j’étais gosse. Il me félicitait parfois (rarement) quand il était de bonne humeur et que les résultats étaient là, bref quand le boulot était fait et que ça ne servait plus à rien. Mais bon ça permet de se donner bonne conscience, et ça ne mange pas de pain.
8/ C’est un sale con mais je l’ai déjà dit.
9/ Il est très maladroit, n’a aucun tact, et n’a strictement aucune conscience de la valeur de ses (mauvaises) paroles ou de ses actes.

Et après, il vient chouiner auprès d’un môme qui a 50 ans de moins que lui en se posant en victime et en disant que tout le monde le déteste. Un vrai gamin. Tout à l’heure, j’avais envie de lui mettre un taquet dans la gueule, mais je ne voulais pas offrir ce spectacle à Tonio. En plus, il part demain matin pour l’Espagne, ce qui fera beaucoup de bien à tout le monde. S’il pouvait y rester (dans tous les sens de l’expression), ça serait pas plus mal. C’est horrible ce que je vais dire, et je finirai bien par le regretter. Mais ça fait des années que je me surprends à rêver tout haut que je le tabasse, ou que je le tue. Non pas qu’il le mérite, évidemment que non. Mais ce mec a sans le savoir lui-même cultivé une haine chez moi, de part son comportement.

Je sais déjà ce que je dirai lors de ses funérailles. « Aussi loin que je me souvienne, mon père n’a été pour moi que celui dont ma mère, mes soeurs et moi étions dépendant, celui qui s’affalait devant la télé en rentrant du boulot, celui qui s’engueulait avec tout le monde, celui qui ne supportait pas qu’on le contredise, celui qui ne cessait de montrer la déception que ses enfants lui causaient (alors que beaucoup de parents aimeraient avoir des enfants comme mes soeurs et moi) mais qui ne disait du bien que sans conviction, celui qui était raciste et sexiste par ignorance, et celui qui était opportuniste et horriblement calculateur (sans talent, néanmoins). »

Ca fera pleurer ma mère, et j’aurais tout gagné, une fois de plus. Vie de merde.


— -== En plus, les Grecs m’ont fait perdre 3€ ce soir. Décidément, ils m’en veulent. Ca m’apprendra à parier. ==—