Welcome to the jungle
Je ne comprends pas pourquoi dans une société moderne comme la notre on ne nous laisse pas le droit de dérouiller qui on veut dans la rue. J’aimerais, si ce n’est pas trop demander, qu’en ma qualité de citoyen Français qui (ne) paie (pas encore) ses impôts (et c’est pas demain la veille) on me laisse fracasser la mâchoire de qui bon me semblera, n’importe où et n’importe quand. Si.
Et quitte à instaurer des règles claires et inviolables pour tout le monde : par exemple les hommes n’auraient le droit de frapper les femmes sous aucun prétexte, hormis bien sûr celui de taire un insupportable rire suraigü dont certaines ont le douloureux secret - par exemple ma soeur qui, à table, n’hésitera jamais à vous recompenser de 130 décibels dans l’oreille droite si vous avez le malheur de sortir un bon mot. De même, les enfants seraient intouchables (et ils le sont normalement déjà, mais j’y viendrai plus tard). On pourrait également imaginer des tranches d’âge, histoire que de jeunes hommes désoeuvrés ne se passent pas les nerfs sur des petits vieux ce qui serait, j’en conviens volontiers, proprement dégueulasse. Ca pourrait d’ailleurs donner lieu à d’impromptus et savoureux dialogues :
Dans le métro :
Homme1 : Bonjour Monsieur, puis-je me permettre de vous demander votre âge ?
Homme2 : Ma foi, je vais sur mes 32 ans. Et vous-même ?
Homme1 : 33. Et je pense ne pas me tromper en affirmant pouvoir vous dévisser la gueule. A l’aise, même.
Homme2 : Je vous soutiens pour ma part le contraire, et j’oserais même ajouter que je vais vous faire sauter les dents en moins de dix minutes. Et d’la main gauche.
Homme3 : Hé les gars j’ai 26 ans, j’dézingue le vainqueur.
Plusieurs autres hommes : Attendez, on veut jouer ! Ouais !
Homme2 : Merde vous êtes chiants, ça devait être un duel...
Homme1 : Bon du calme, tout le monde ferme sa gueule et sort une pièce d’identité pour qu’on puisse faire des équipes équilibrées.
neev : Je crois que je me sens pas bien... *Burp* ... *BEEUUUAAAH !*
Homme2 : Ouais. Bon bah toi tu joues pas, t’es trop dégueulasse.
Homme3 : Ouais, c’est pas très réglo de vomir sur tes adversaires, mon gars. Tricheur !
Hihi.
Pourquoi la violence, me demanderez-vous ? Parce qu’elle est fédératrice, vous répondrai-je. Un pays n’est jamais aussi uni que lorsqu’il doit exploser le pays d’à côté. Et puis sans blague. Prenez deux types dans la rue qui ont un différend, je ne sais pas moi, un accrochage en bagnole. Ces deux abrutis vont probablement faire un constat, mais avant ils iront pleurnicher une demie-heure sur le premier flic qui passe par là, à la manière du bambin qui va tout rapporter à sa mère. Et tout ça parce que l’homme est un agent de Police, que la Police représente l’Etat, et que l’Etat c’est l’autorité. C’est Maman. L’Etat on doit lui rendre des comptes (plein) mais en échange il nous protège (peu ou trop, ça dépend). L’Etat on s’arrange pour lui donner ce qu’il estime qu’on lui doit, sinon on a des problèmes. Eh bien la maman on s’arrange pour lui donner les bonnes notes qu’elle attend, sinon on passe un sale quart d’heure. C’est ce qui s’appelle en des termes plus pointus un "putain de protectionnisme étatique de merde". Je connais une amie... enfin une copine... enfin une entité féminine (mais faut le savoir parce que ça ne se voit pas forcémement du premier coup d’oeil, et moi pas de bol je suis allé vérifier) qui l’autre jour m’a gonflé une heure entière avec je ne sais pas quelle prestation sociale à laquelle elle a droit - alors qu’elle n’est franchement pas à plaindre du tout - en me sortant des « J’ai vérifié c’est bon j’y ai droit youpi je rentre dans les critères, j’y ai droit, j’y ai droit ! ». On aurait dit une ado hystérique après que son père lui ait donné la permission de minuit. Sans déconner, c’est ça être adulte ? Attendre et espérer la grande mansuétude d’un système autoritaire et enfin jubiler lorsqu’on nous donne la pièce ? Je suis le seul à avoir envie de vomir, là ?
Bon, je me calme. Et puis attention, je ne lui en veux pas à cette fille, c’est la mentalité largement partagée depuis les années 50 et ce à force de nous abreuver de mièvres discours dont la substance dit : mes chers compatriotes nous vous aimons, ne vous inquiètez pas on s’occupe de vous mes bichons, mais votez pour nous. Enfin peu importe, j’arrête la politique niveau café du commerce pour en revenir à mon premier propos, d’autant plus que sinon on va encore me traiter de Madeliniste, ce qui m’irrite à peu près autant que de penser au fait que Paris Hilton, en presque 2005, soit toujours en vie (ce qui est une aberration doublée d’une injustice scandaleuse).
Si je réclame ainsi mon droit d’arbitrairement exploser qui je veux, c’est parce que l’autre jour j’ai croisé un gros balourd dans la rue qui, alors que je passais juste à côté de lui, décocha une violente volée du revers de la main dans la tronche de son gamin de neuf ou dix ans. La scène était tellement surréaliste que je me suis stoppé net de marcher. Le gamin, sans pleurer (l’habitude, probablement...), s’éloigna dans la direction opposée en défiant son père du regard. Celui-ci lui répondit par un « Reviens là ou je t’en remets une ! », ce à quoi l’enfant retorqua un simple « Ben vas-y. » et continua de s’éloigner. Là, le père vit que je m’étais arrêté et que je le regardais, et se ravisa donc de courir après son fils. Lorsque son regard croisa le mien, je lui sortis un « T’es bourré ou quoi ? », le mépris et l’incrédulité me faisant oublier pour le coup mes bonnes manières. A ça, ce genre de types soit baissent la tête et s’en vont, soit bombent le torse et jouent au gros mâle en menaçant de vous péter la gueule, surtout quand leur largeur d’épaules fait deux fois la vôtre. Et comme il était effectivement deux fois plus costaud que moi, il m’a sans surprise aimablement demandé si j’avais un problème et si j’en voulais une moi aussi, tout en s’approchant de moi et en mimant le geste. Sa proposition était tentante bien que déséquilibrée à mon total désavantage, alors j’ai conservé mes mains dans les poches de mon manteau et j’ai répondu par un simple et dédaigneux « Vous êtes dans la rue, Monsieur ». Puis j’ai tourné les talons en espérant ne pas être agressé dans le dos, ce qu’il ne fît pas. Il me gratifia en revanche d’un « C’est ça barre-toi, salope » auquel je répondis par un « Connard » toujours de bon aloi lorsqu’il est sincère.
Ceci est, de par sa banalité, ce que la majorité des gens appelleront un non-évènement. Un individu de 110 Kg qui manque d’assomer un enfant de 40. Un non-évènement. Welcome to the jungle.
Et quitte à instaurer des règles claires et inviolables pour tout le monde : par exemple les hommes n’auraient le droit de frapper les femmes sous aucun prétexte, hormis bien sûr celui de taire un insupportable rire suraigü dont certaines ont le douloureux secret - par exemple ma soeur qui, à table, n’hésitera jamais à vous recompenser de 130 décibels dans l’oreille droite si vous avez le malheur de sortir un bon mot. De même, les enfants seraient intouchables (et ils le sont normalement déjà, mais j’y viendrai plus tard). On pourrait également imaginer des tranches d’âge, histoire que de jeunes hommes désoeuvrés ne se passent pas les nerfs sur des petits vieux ce qui serait, j’en conviens volontiers, proprement dégueulasse. Ca pourrait d’ailleurs donner lieu à d’impromptus et savoureux dialogues :
Dans le métro :
Homme1 : Bonjour Monsieur, puis-je me permettre de vous demander votre âge ?
Homme2 : Ma foi, je vais sur mes 32 ans. Et vous-même ?
Homme1 : 33. Et je pense ne pas me tromper en affirmant pouvoir vous dévisser la gueule. A l’aise, même.
Homme2 : Je vous soutiens pour ma part le contraire, et j’oserais même ajouter que je vais vous faire sauter les dents en moins de dix minutes. Et d’la main gauche.
Homme3 : Hé les gars j’ai 26 ans, j’dézingue le vainqueur.
Plusieurs autres hommes : Attendez, on veut jouer ! Ouais !
Homme2 : Merde vous êtes chiants, ça devait être un duel...
Homme1 : Bon du calme, tout le monde ferme sa gueule et sort une pièce d’identité pour qu’on puisse faire des équipes équilibrées.
neev : Je crois que je me sens pas bien... *Burp* ... *BEEUUUAAAH !*
Homme2 : Ouais. Bon bah toi tu joues pas, t’es trop dégueulasse.
Homme3 : Ouais, c’est pas très réglo de vomir sur tes adversaires, mon gars. Tricheur !
Hihi.
Pourquoi la violence, me demanderez-vous ? Parce qu’elle est fédératrice, vous répondrai-je. Un pays n’est jamais aussi uni que lorsqu’il doit exploser le pays d’à côté. Et puis sans blague. Prenez deux types dans la rue qui ont un différend, je ne sais pas moi, un accrochage en bagnole. Ces deux abrutis vont probablement faire un constat, mais avant ils iront pleurnicher une demie-heure sur le premier flic qui passe par là, à la manière du bambin qui va tout rapporter à sa mère. Et tout ça parce que l’homme est un agent de Police, que la Police représente l’Etat, et que l’Etat c’est l’autorité. C’est Maman. L’Etat on doit lui rendre des comptes (plein) mais en échange il nous protège (peu ou trop, ça dépend). L’Etat on s’arrange pour lui donner ce qu’il estime qu’on lui doit, sinon on a des problèmes. Eh bien la maman on s’arrange pour lui donner les bonnes notes qu’elle attend, sinon on passe un sale quart d’heure. C’est ce qui s’appelle en des termes plus pointus un "putain de protectionnisme étatique de merde". Je connais une amie... enfin une copine... enfin une entité féminine (mais faut le savoir parce que ça ne se voit pas forcémement du premier coup d’oeil, et moi pas de bol je suis allé vérifier) qui l’autre jour m’a gonflé une heure entière avec je ne sais pas quelle prestation sociale à laquelle elle a droit - alors qu’elle n’est franchement pas à plaindre du tout - en me sortant des « J’ai vérifié c’est bon j’y ai droit youpi je rentre dans les critères, j’y ai droit, j’y ai droit ! ». On aurait dit une ado hystérique après que son père lui ait donné la permission de minuit. Sans déconner, c’est ça être adulte ? Attendre et espérer la grande mansuétude d’un système autoritaire et enfin jubiler lorsqu’on nous donne la pièce ? Je suis le seul à avoir envie de vomir, là ?
Bon, je me calme. Et puis attention, je ne lui en veux pas à cette fille, c’est la mentalité largement partagée depuis les années 50 et ce à force de nous abreuver de mièvres discours dont la substance dit : mes chers compatriotes nous vous aimons, ne vous inquiètez pas on s’occupe de vous mes bichons, mais votez pour nous. Enfin peu importe, j’arrête la politique niveau café du commerce pour en revenir à mon premier propos, d’autant plus que sinon on va encore me traiter de Madeliniste, ce qui m’irrite à peu près autant que de penser au fait que Paris Hilton, en presque 2005, soit toujours en vie (ce qui est une aberration doublée d’une injustice scandaleuse).
Si je réclame ainsi mon droit d’arbitrairement exploser qui je veux, c’est parce que l’autre jour j’ai croisé un gros balourd dans la rue qui, alors que je passais juste à côté de lui, décocha une violente volée du revers de la main dans la tronche de son gamin de neuf ou dix ans. La scène était tellement surréaliste que je me suis stoppé net de marcher. Le gamin, sans pleurer (l’habitude, probablement...), s’éloigna dans la direction opposée en défiant son père du regard. Celui-ci lui répondit par un « Reviens là ou je t’en remets une ! », ce à quoi l’enfant retorqua un simple « Ben vas-y. » et continua de s’éloigner. Là, le père vit que je m’étais arrêté et que je le regardais, et se ravisa donc de courir après son fils. Lorsque son regard croisa le mien, je lui sortis un « T’es bourré ou quoi ? », le mépris et l’incrédulité me faisant oublier pour le coup mes bonnes manières. A ça, ce genre de types soit baissent la tête et s’en vont, soit bombent le torse et jouent au gros mâle en menaçant de vous péter la gueule, surtout quand leur largeur d’épaules fait deux fois la vôtre. Et comme il était effectivement deux fois plus costaud que moi, il m’a sans surprise aimablement demandé si j’avais un problème et si j’en voulais une moi aussi, tout en s’approchant de moi et en mimant le geste. Sa proposition était tentante bien que déséquilibrée à mon total désavantage, alors j’ai conservé mes mains dans les poches de mon manteau et j’ai répondu par un simple et dédaigneux « Vous êtes dans la rue, Monsieur ». Puis j’ai tourné les talons en espérant ne pas être agressé dans le dos, ce qu’il ne fît pas. Il me gratifia en revanche d’un « C’est ça barre-toi, salope » auquel je répondis par un « Connard » toujours de bon aloi lorsqu’il est sincère.
Ceci est, de par sa banalité, ce que la majorité des gens appelleront un non-évènement. Un individu de 110 Kg qui manque d’assomer un enfant de 40. Un non-évènement. Welcome to the jungle.

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