mardi 26 octobre 2004

To neev is to die

Je pleure un peu trop à mon goût, ces derniers temps. Ca donne mal au crâne. Sans parler de la mine ridicule qu’on se paie ensuite. Non, faut vraiment que j’arrête.

Avoir quelqu’un dans la peau est une chose effroyable. Je suis là à faire défiler les clichés d’elle, le sourire aux lèvres. Son charme est pour moi sans égal, elle me fait un effet monstre. Je la compare aux photos d’autres filles en raillant « Pfff ! La mienne est nettement mieux. » Alors qu’elle n’est pas mienne ; elle ne l’a jamais réellement été et elle ne le sera probablement jamais. Mais j’ai cette boule dans la poitrine, ce douloureux noeud qui me donne l’impression du contraire, vous savez ? Alors évidemment, lorsque je regarde les choses comme elles sont réellement... le constraste cogne fort. Et d’un coup sec, puissant, dans les gencives.

Je l’aime. Je peux me mentir, chercher à relativiser tout ce que je veux et à me convaincre que je me fais des idées, non : je l’aime. Des mois sont passés, sans effet. Elle a parfois été infecte et injuste avec moi, mais ça non plus ça n’a rien changé. Je suis toujours là à m’inquiéter, à essayer de répondre présent, à penser à elle. A lui chercher des excuses lorsque l’on me dit "d’oublier cette conne". Et à la trouver incroyablement séduisante lorsque je me repasse ses photos. Cette fille me touche de tant de façons différentes que je ne peux me résoudre à l’oublier.

Le pire, c’est que j’aurais largement mes chances si je n’étais pas moi. Si j’étais différent. Ce que je veux dire, c’est que pour moi tout est une épreuve. Au quotidien, j’entends. J’ai peur de tout, jusqu’à la fameuse "peur d’avoir peur". J’ai peur de me rendre dans un lieu que je ne connais pas, peur de chercher du boulot, d’aller à la Poste, de protester, de dire non, de rencontrer des gens nouveaux, d’avoir l’air idiot, et j’en passe. Le mot "peur" n’est pas le terme le mieux approprié, il est trop fort. Disons que c’est une espèce d’angoisse empoisonnante et inhibitrice (ce qui à la réflexion revient strictement au même que le mot peur, je n’ai rien dit). Aussi, il n’a pas de caractère systématique. Par exemple, je me suis senti très bien lorsque je suis allé en Normandie récemment. De même, sur le trajet pour aller à Lyon la semaine d’avant, j’étais vraiment très serein et content. C’est là-bas en revanche que tout s’est gâté. Presque tout s’est passé de la pire manière pour moi, dans ma tête. J’ai subi les choses. Totalement renfermé sur moi-même. Le pire, c’est que j’essayais de bien faire mais que tout semblait tellement insurmontable que j’en restais paralysé. Je suis socialement inadapté, dès que les choses ne sont pas comme je les imaginais, j’angoisse et je me recroqueville. Je vous promets que c’est réellement atroce, vous vous sentez lamentable et impuissant. Et c’est épuisant nerveusement, à tel point que le samedi soir de ce mémorable périple lyonnais DE MERDE, et alors que tout le monde était parti fêter un anniversaire, je suis resté seul et allongé dans le noir chez mon hôtesse tellement j’avais mal au ventre de n’avoir quasiment rien pu avaler de la journée, parce que j’étais trop angoissé pour avoir de l’appétit. Le comble du minable, je crois. Le gars casque 120 euros qu’il n’a pas les moyens de casquer pour aller à Lyon, y va, se rend malade tout seul et fout tout en l’air. Vous voyez, je parle de moi à la troisième personne tant j’ai honte. J’en parle comme si c’était quelqu’un d’autre ! Mais non neev, non mon connard, c’est bien de toi dont il s’agit.

Vous savez, ça me coûte vraiment de parler de ça, j’en ai d’ailleurs les larmes aux yeux, honnêtement. Ca me coûte parce que j’ai honte d’être comme ça, d’être aussi merdique. Je me déteste tant, mais tant ! Comprenez, comment pourrais-je m’aimer, comment peut-on aimer un minable pareil ? Alors vous allez me dire quoi, d’aller voir un psy ? Mais j’ai même PEUR d’aller voir un psy !

Je me sens tellement étranger à ce monde, j’ai... tant le sentiment de ne pas y avoir de place que oui, je songe à mourir. Quarante fois par jour, parfois. Imaginez que toutes les choses simples et censées être agréables sont pour vous comme des sauts en parachute alors que vous avez peur du vide. Des choses comme sortir. Faire l’amour. Danser. Arrivez-vous à l’imaginer ? Tout ça, une épreuve de force. Presqu’à chaque fois. Et il en va de même pour les choses insignifiantes : prendre rendez-vous avec votre banquier, dire à votre patron que vous rendrez tel projet avec un peu de retard, taper innocemment la discussion avec une jolie fille dans l’ascenseur. Tout ça, des sauts en parachute. Vous comprendrez alors qu’il puisse m’arriver de vouloir en finir enfin ?

La vie m’apparaît comme si difficile que la mort m’est une solution facile. Plus de souffrances, plus d’angoisses, plus de mal-être. Plus rien. A y réfléchir, il n’y a rien de plus simple que l’inexistence. Oui, c’est tellement évident : je souhaite la mort et ça fait des années que ça dure. Pourquoi ne retenterais-je donc pas de me suicider, me demanderez-vous ? Allons, la réponse est des plus évidentes... Comme de tout le reste, j’ai tout simplement peur de mourir.

La plupart du temps.