vendredi 15 octobre 2004

The absolute papaluzzi pagadam piri-piri

Je me sens royaliste ces temps-ci. Tout ce que je fais transpire la royauté sous sa forme Européenne classique : enracinée, consanguine et corrompue. Je m’emmerde royal, j’envoie les gens bouler royal, je me goinfre de quiches royal, de couscous royal, Ségolène Royal, Royal Canin (et j’ai un humour royal, aussi), bref. Ce n’est plus du sang bleu que j’ai dans les veines, c’est du Canard WC.

COIN COIN ! Vous voyez ? Je ne vous avais pas menti.

Bon, plutôt que de faire le con à imiter le canard, je m’en vais vous donner un exemple de la petite connerie ordinaire. Accompagné de Pinkie, je suis allé voir du côté du stade municipal à côté de chez moi. Il était en effet en travaux de complète rénovation depuis plusieurs mois, et nous voulions voir si nous pourrions y reprendre nos habitudes sans avoir à payer d’abonnement, comme avant. Il ne nous fallût pas longtemps pour nous rendre compte que non, c’est payant, et ce malgré le fait que les travaux ont entièrement été financés par les impôts locaux. Bon.

Nous voilà donc plantés devant la grille de l’enceinte à lire de plus amples renseignements manuscrits sur une petite pancarte accrochée dessus. Prix des abonnements, dates d’ouverture, recommandations. Il est notamment recommandé - et c’est vraiment fameux - de courir sur le 4ème couloir de la piste plutôt qu’à la corde (le 1er couloir), et ce pour préserver la durée de vie de ladite corde. Ahem. Je n’imagine pas la gueule du 4ème couloir dans 2 ans, mais passons. Nous sommes donc en train de lire la petite pancarte, lorsque un vieux type au visage connu s’approche. C’est le gars qui a donné son nom au stade, un entraîneur qui fait autorité paraît-il. Je ne vous donne pas son nom car ce taré a l’ego tellement surdimensionné qu’il est capable de lancer une recherche Google sur son propre nom pour voir si on parle de lui quelque part. Mmm. Quoiqu’à la réflexion ça serait marrant qu’il tombe là-dessus : il s’appelle Jean Duport. Entendu, google ? Allez, référence-moi ça correctement : JEAN DUPORT. Bref, le voilà qui s’approche de nous, disais-je :

Duport : Vous avez des questions, je peux vous aider ?

Pinkie et moi, un peu hésitants sachant à qui nous avions affaire (un vieux con, en l’occurrence) : Mmm non, on lisait simplement.

Duportugal : Ah bon. (il s’approche de la pancarte) Bon ben je vais l’enlever alors.

Nous, interloqués et gênés : Ah... (on était en train de lire, quoi)

Duport-salut, défaisant la pancarte : Si vous avez des questions, allez-y. Vous courez, vous ? Non hein, ça m’étonnerait...

Moi, préfèrant ne pas relever la remarque : Nous avions l’habitude de courir deux ou trois fois par semaine au stade et nous voulions savoir si ce serait toujours possible.

Duporc-épic : Vous ne faîtes pas de compétition...

Nous, au milieu de sa phrase : Oh non, non...

Duporte-manteaux, la poursuivant : ...non vous faîtes ça comme loisir...

Nous : Voilà, oui...

Duporte-bagages, achevant sa phrase sur un ton légèrement railleur et dédaigneux : Du "jogging", quoi (en insistant bien sur "jogging").

Nous, dubitatifs : C’est ça.

Duporte-avions, parti dans un long discours : Ah, eh bien pas de problème, vous prenez un "abonnement loisir", c’est 300 Francs (50 euros, mais les anciens ont des difficultés avec la nouvelle monnaie) l’année et vous venez quand vous voulez. Vous savez, moi j’ai fait une fois et demi le tour de la Terre en courant alors je m’y connais. Mais entre nous, il y a des endroits bien mieux que le stade pour faire du jogging, les bords de Marne, le bois de Coubron ! (ndr : visiblement il ne veut vraiment pas que les profanes viennent piétiner SA piste) Le bois de Coubron c’est merveilleux là-bas, on respire ! (ndr : et c’est accessoirement à 30 minutes de voiture, connard) Et sinon vous avez le macadam mais ça je le déconseille...

Moi, participant naïvement : ... ben oui c’est traumatisant.

Duport d’Amsterdam où y a des marins qui chantent, acquiesçant : C’est trauuuumatisant oui, non parce que le truc qu’il faut savoir c’est : pourquoi on court ? Hein ? Je vous pose la question, pourquoi on court ? (ndr :il a fait des études, celui-là, ça se voit)

Nous, commençant à comprendre qu’il est parti pour nous gaver un bon moment : ...

Duporte d’Orléans : On court pour se vider la tête, bon ça d’accord, mais sinon on court pour... pour... se muscler ! On court pour se muscler ! Eh oui ! Non parce que je vous explique, on a trois types de muscles...

C’est à partir de ce moment que j’ai complètement déconnecté mon cerveau, je serais incapable de vous rapporter la suite de son interminable monologue. Je me rappelle juste que ça s’est terminé lorsque Pinkie est partie en plein milieu parler au gardien du stade qui l’appelait dans l’enceinte, ce qui a plutôt vexé notre ami qui tenait sa petite pancarte à la main. Le pauvre vieux s’est arrêté tout net de parler, en lâchant un léger « ah ben d’accord ». Puis il m’a lancé un « Vous savez, vous devriez profiter des bons conseils qu’on vous donne, et gratuitement en plus ! Nous ne sommes pas n’importe qui nous sommes le melleur club du département... ». Et il s’est affairé a rattacher la pancarte qu’il avait détâché tout-à-l’heure... au même endroit. C’est là que j’ai réalisé que ce taré n’avait fait ça que pour attirer l’attention sur lui et se mettre en avant. C’est moche, un vieil homme plein d’orgueil.

Plus tard en repartant du stade nous l’avons aperçu un niveau à bulles à la main, occupé à vérifier que la plaque arborant un très impressionnant "Stade Jean Duporte-jarretelles" était bien droite. Ah ça... avoir un stade à son nom de son vivant, c’est la consécration suprême. Je crois bien qu’après ça, on peut mourir.

Rapidement.


— -== Vas-y Jeannot, j’te chronomètre. ==—