Dans la tête de l’autre
J’ai une certaine tristesse, ce soir. Mais pas le genre à vous faire pleurnicher la tête dans les cuisses et en vous balançant d’avant en arrière. Ce serait plutôt une du genre à vous serrer la gorge, à vous donner l’oeil sombre, à vous faire faire la moue. Sans réelle raison, j’ai une certaine tristesse ce soir.
Il y a ces moments où vous aimeriez savoir ce qu’il se passe dans la tête de l’autre. Où vous tendez la main vers le combiné de téléphone avant de finalement vous en abstenir en refermant votre poing dans le vide, résigné. Ces moments où vous avez besoin d’aide sans savoir vers qui vous tourner. Ces moments où vous savez ce que vous voulez, sa peau nue et douce par exemple. Mais sans pouvoir l’obtenir. Tristesse, certaine tristesse. Puis...
... amertume. Ah bah oui. La tristesse n’est rien sans amertume, c’est comme quand vous allez dans une pizzeria, on vous refourgue toujours une bouteille d’huile infecte avec votre pizza. Vous n’en voulez pas mais c’est comme ça, c’est sûrement dans la convention de Genève où un truc du style. Dans les boîtes de Nesquick aussi, on vous fait le coup (je voulais parler de packs de bière au début, mais je n’y connais rien en alcool tandis que le Nesquick : je maîtrise à fond). On vous refile toujours des autocollants sur le dernier Disney qui vient de sortir, et ce DANS la boîte. Vous, ça vous emmerde passablement d’avoir un sachet en plastique au milieu de votre poudre, mais y a pas le choix c’est soit ça soit de l’imbuvable Banania. Et vous remarquerez qu’il en va de même pour les paquets de Kiri. Mmm. Faudrait quand même que je pense à me nourrir comme un adulte, un jour.
L’amertume, donc. Une chose bien dangereuse. Ce sont les instants d’amertume qui me mènent dans ces voyages cérébraux empruntant des chemins alambiqués. Vous savez, ces voyages qui poussent à faire des conneries. L’amertume est en ce qui me concerne un sentiment que je dois éviter avec la plus grande rigueur. Ouais.
Dieu ce qu’elle me manque.
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J’étais en Normandie ce week-end. A Notre-Dame des Estrées, pour être exact. Il s’agit d’un bled paumé qui compte 125 habitants, mais presqu’aussi vaste que la ville dans laquelle je vis et qui elle en compte 45000. Ca vous donne une idée. Là-bas, tout n’est que terres et forêts, mais pas n’importe lesquelles. Celles-ci font partie d’un domaine appartenant à l’ex-femme d’une des plus grandes fortunes Françaises du monde. J’ai eu droit à une rapide visite dudit domaine : manoir, chapelle (une vraie, d’époque, restaurée), maisons diverses, chevaux et animaux d’élevage, prairies, forêt, court de tennis, piste de quad, piste d’atterrissage pour hélicoptère et j’en passe parce que je n’ai pas tout vu. Le tout planté sur le point culminant de la région, qui offre une vue portant sur 30 km à la ronde. Autrement dit on peut voir la moitié de la Basse-Normandie tout en baignant dans la piscine (intérieure, chauffée et avec baies vitrées, bien sûr). Un peu irréel, quand vous habitez dans un 70m² en banlieue parisienne et que le truc le plus exotique que vous pouvez voir depuis votre fenêtre est un rond-point. Et comme en plus le style architectural est Normand d’époque, le résultat est très joli et paradoxalement pas tape-à-l’oeil : vu de l’extérieur ça fait même humble ! alors que l’ensemble est vissé sur une atroce montagne de fric.
Je logeais chez Ayme, l’ami de ma soeur Ashmé. Ca fait maintenant plus d’un an qu’ils sont ensemble, et j’ai apprécié de les voir vivre ensemble un week-end. Tonio était également avec nous, il a été particulièrement casse-couilles mais ça m’a fait de le voir gambader dans la nature et s’amuser avec les chiens d’Ayme. J’ai également été réjoui de le voir toujours aussi curieux de tout bien qu’avouons-le, c’est très usant pour les nerfs des autres.
Ayme s’occupe donc du domaine, il est payé pour ça et il loge sur place. Inutile de vous dire que c’est un boulot de dingues. C’est également un chasseur. Bon j’étais tout plein de préjugés sur la chasse et les chasseurs. Et au bout d’un week-end en compagnie de l’un d’entre eux, je le suis toujours autant. Mais j’ai néanmoins appris que tous les chasseurs ne sont pas des braconniers sanguinaires, qu’il y en a au moins un qui n’aime pas flinguer tout ce qui bouge. N’empêche que quand vous voyez un carton rempli de cartouches nonchalamment posé au mileu du salon, vous vous sentez déglutir.
Ayme a un phrasé très rural. Je n’ai rien contre ça, mais je n’en ai pas l’habitude. Pour être franc, je me suis découvert un côté hautain-citadin, et j’espère sincèrement n’en avoir rien laissé paraître. Mais sans aller jusqu’à être gêné, j’ai été surpris. Ce n’était pas la première fois que je voyais le bonhomme (c’était la troisième, à vrai dire), mais il est tellement peu bavard (à peu près autant que moi lorsque je ne suis pas dans mon élément) que je ne m’en étais jamais aperçu avant. Et ce qui est amusant, c’est que ma soeur commence à prendre certaines de ses intonations et certaines de ses expressions (toutes plus grammaticalement incorrectes les unes que les autres). Sans doute n’est-ce que du mimétisme conditionné, mais ça surprend.
Bref, au final je l’aime bien.
Le lendemain nous sommes allés voir la mer, sur Gold beach et Omaha beach. Ca m’a fait un bien fou de la revoir, cette garce. J’adore la mer, il m’a fallu 22 ans pour m’en rendre compte. Ma soeur m’a dit qu’elle se sentait revivre, au bord de l’océan. Je ne suis pas loin de penser la même chose. Mon rapport avec lui a toujours - depuis tout petit - eu quelque chose de mystique, de très puissant. Je ne saurais pas vraiment l’exprimer, mais je me sens humble face à l’océan, une humilité s’apparentant à celle que l’on peut avoir vis-à-vis du divin. Et l’analogie n’est pas trop forte.
Faut vraiment que je consulte, moi.
— -== Ah, l’océan... Dommage que je sois malade en bâteau. ==—

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