Un dimanche misérable.
Cette nuit j’ai rêvé que j’étais comédien débutant et que je décrochais mon premier petit rôle dans une série télévisée minable. Je dois néanmoins conclure l’accord sur une borne prévue à cet effet, un peu comme les distributeurs de billets. Et en l’occurrence là, cette borne est dans des toilettes publiques et coup de bol, je m’y trouve justement. Je me mets donc en contact avec le type et tapote à l’intuition sur le clavier. Les détails de l’offre d’emploi apparaissent en caractères digitaux verts sur l’écran noir. Le type est d’accord, moi aussi... L’affaire est entendue. Déjà. Je me dis alors que c’est trop facile, que ça cache quelque chose. Je jette un oeil sur la cuvette de WC juste à côté de la borne, lorsqu’un bras d’excréments (oui oui, un bras humain constitué de caca, marron et tout) en jaillit et m’agrippe le poignet par surprise, pour m’emporter au fond du trou avec lui. Je résiste farouchement, le bras de merde lache prise et disparait aussi vite qu’il est apparu... pour ressurgir aussitôt, mais cette fois-ci c’est moi qui m’empare de son poignet. Eh bien croyez-le ou non, mais un poignet de caca, ça a la texture d’un steak haché. Mais un steak haché fragile, car j’ai vite eu fait de le briser, me retrouvant avec une main fécale dans la mienne, de main. Voilà voilà. Bon appétit, au fait.
En dépit des horreurs que j’ai dites (sous la colère) l’autre jour sur les psys, il faudrait peut-être que je songe a en reconsulter un, ne serait-ce que pour lui demander s’il est bien raisonnable de rêver de son caca.
Peut-être subis-je une trop lourde charge émotionnelle, en ce moment ? Surtout si l’on considère ce week-end riche en la matière et où certaines émotions se sont rappelées à mon bon souvenir. Le jeu de séduction, les caresses sur les hanches, les mots doux, les regards tendres, le goût des lèvres, la sodomie, bref ce genre de conneries niaises et mièvres mais pourtant si agréables. Décidemment et malgré la haine éternelle que je voue aux femmes, il n’y a qu’elles pour nous faire vivre ce genre de choses.
Oui, parce que ce week-end j’etais avec une femme. Oui oui, une vraie qui respire, avec des nichons et tout. Une femme quoi. Au départ, je n’étais pas très chaud pour la voir, d’autant plus que j’étais censé voir quelqu’un(e) d’autre pour parler de choses sérieuses. Mais cette dernière m’ayant laché (oserai-je dire "une fois de plus" ?) une fois de plus (ah ben oui, j’ai osé), Pinkie étant partie en vacances, et n’ayant rien d’autre à faire hormis aller chez quelqu’un qui m’avait sérieusement gonflé l’avant-veille, je décidai donc ni une ni deux d’aller voir la fille en question (appelons-là Ludivine). La dernière fois que je l’ai vue, je l’avais trouvée plutôt moche. Bah putain. Je devais avoir reçu un bras de caca dans les yeux ce jour-là, c’est pas possible autrement. Parce que bon, si l’on fait abstraction de sa tronche de cul (elle ne ressemble à rien, mais personne n’est parfait), elle est quand même rûdement séduisante (comprendre : elle a un cul et des seins). Ou alors elle est aussi moche qu’avant, et ce sont mes "cinq semaines de couilles pleines" qui la rendent attractive. Aaaaah... pas con, ça.
Après ce choc qui fit grimper ma température corporelle de deux degrés au moins, nous nous sommes baladés dans des quartiers pourris que je ne connaissais pas, puis nous nous sommes arrêtés boire un verre dans un café pourri que je ne connaissais pas. Lui avouant que je n’ai jamais été à l’aise dans ce genre d’endroit, y préférant de loin les endroits calmes et isolés, je lui ai - très, très naïvement - proposé d’aller chez elle. Je vous jure que c’était sans arrière-pensée. Ca m’arrive souvent avec les filles, je dis des choses systématiquement mal interprétées et ça amène des malentendus plus ou moins heureux. Et là, ça n’a pas loupé. Le pire, c’est que ce n’est qu’une fois chez elle que j’ai compris ma connerie (et encore, pas tout de suite).
On arrive donc, on se pose, on boit. Elle me regarde avec insistance pendant que je fais la discussion, rangeant pour une fois mon côté "bon copain marrant" pour sortir (toujours sans arrière-pensée, à ce moment-là) mon côté "mec intéressant - beau gosse - qui a de l’esprit" (ce qui est la même chose que le côté "bon copain marrant", les blagues de cul en moins et la voix plus calme et, sans déconner, vous change un homme). Elle rit à mes histoires en posant sa main sur ma cuisse et me sourit avec beaucoup de générosité (elle a d’ailleurs un sourire gingival du plus bel effet, un vrai régal). C’est seulement là que je me suis demandé s’il n’y avait pas maldonne. Alors qu’elle, ça faisait au moins une heure qu’elle devait se dire "chouette, je vais niquer".
Mes tardives suspicions furent vite confirmées, me donnant ainsi une sensation de délicieux effroi. C’est horrible à dire mais tant pis : tant que je restais concentré sur ce qu’il y avait en-dessous de la ligne du cou, c’était délicieux. Pas besoin d’en dire davantage, on s’est compris. Oh quoique si, je vais en dire davantage parce que je suis un enculé à mes heures perdues : vu de près elle a une gueule de poisson mort, y compris au niveau du teint. Quand elle embrasse, on dirait qu’elle cherche à aspirer l’air de mes poumons. Et cerise sur le gâteau : elle mort la langue, cette conne. Bref, autant de motivations qui me poussent à me contenter de jouer tranquillement avec le reste.
Mais voilà, neev reste neev, et le cas de conscience eut vite fait de me rattraper, même la tête entre deux gros seins. J’ai rapidement fait le tour des options qui s’offraient à moi :
Sortir avec elle. Alors ça, c’est rigoureusement hors de question. Premièrement parce que j’ai ma dignité, les poissons morts ça va bien cinq minutes mais y a un moment où faut arrêter les conneries comme dirait l’autre, et deuxièmement nous n’avons rien en commun. En plus je suis sûr qu’elle ne comprend pas la moitié de ce que je lui raconte.
La tringler et passer la soirée avec elle ensuite. Ca me casse les noix rien que d’y penser. En plus elle va vouloir me revoir, gnagnagna, alors que moi je ne sais même pas ce que je fous là.
La tringler et me barrer. Rêve pas mon grand, t’en es incapable.
La tringler, passer un peu de temps avec elle, puis me barrer en promettant de la revoir bientôt (autrement dit : mentir). Non, je n’assumerais pas, je suis trop gentil.
Lui faire gentiment l’amour, en prenant sur moi. Mauvais plan, elle va croire que je l’aime.
Lui demander tout de suite ce qu’elle en pense. Ah. Pas con.
moi : Le moment est mal choisi je sais, mais j’aimerais savoir ce que tu attends de moi.
elle : Comment ça ?
moi : Eh ben, je voudrais savoir si c’est juste sexuel ou si tu attends autre chose.
elle : Ah.. (long silence) Ben j’espèrais qu’on sorte ensemble, quoi.
Désespoir total. Je déteste ces situations, mais comme d’habitude les rôles sont inversés... ça me coûte de le dire, mais je suis plutôt content.
moi, prenant un ton agréable : Dans ce cas-là il vaut mieux qu’on se rhabille. Je ne veux pas être malhonnête.
elle, visiblement déçue mais néanmoins pas dupe : Je comprends. Tu sais, je m’en doutais un peu. Mais pourquoi t’as voulu qu’on aille chez moi, aussi ?
...
Mais pourquoi j’ai voulu qu’on aille chez elle, aussi ?!
— -== En route pour la 6eme semaine... ==—

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