Les deux millions de bites perdues.
Je suis à cheval sur ce type, une paire de ciseaux à la main. Il est allongé et se débat pendant que j’écarte les anneaux afin me servir de l’arme comme d’un cutter. Et je lui tranche la gorge, non sans effroi. La paire n’est pas de qualité première, aussi dois-je m’y reprendre à cinq, dix, quinze fois. C’est interminable. Et ce "tululut" est exaspérérant. Tululut. Tululut. Tululut. Ah, je suis en train de rêver. Un bien joli rêve, une fois de plus.
Le temps que j’ouvre les yeux, les "tululuts" de l’interphone ont fait place aux "dring-drings" du téléphone. "Ca doit être papa qui a oublié ses clés", me dis-je. Je décroche :
neev : Allo.
Type : Oui bonjour, c’est Chronopost, là.
neev : ...ah ! C’est entendu, je descends ! (oui oui, je lui ai bien dit "c’est entendu". Parfois lorsque je m’écoute parler, j’ai l’impression d’être dans les années 30)
Type : Euh ouais bah d’accord.
Je m’habille fissa (années 30, qu’est-ce que je disais), enfile une gabardine et un chapeau-melon (nan, j’déconne), et descends. Je dis bonjour au djeunz qui me tend mon paquet et me réclame une signature sur son machin à écran tactile, là, tout en affichant un sourire convenu qui veut dire "ouuuh, toi j’t’ai réveillé, connard". J’ai effectivement la tête tellement enfoncée dans les fesses que je manque de signer avec la pointe du stylo sur son écran de merde. Le jeune homme, visiblement vif d’esprit, en profite pour se foutre gentiment de ma gueule, me remercie, me salue et se taille tandis que moi je reste planté là dix secondes, hagard, à le regarder s’éloigner. Pour finalement me rappeler qu’il fallait peut-être que je rentre chez moi, maintenant.
De retour en haut, je jette un coup d’oeil sur l’heure : 7h55. Bigre, me-dis-je, y en a qui bossent, dans ce pays. J’ouvre le paquet, et je tombe sur un modem. Bigre (encore, oui, ça me change de "putain d’ta race"), me dis-je, j’avais oublié. Mon fournisseur d’accès internet envoie des nouveaux modems à ses abonnés en ce moment, pour qu’ils puissent profiter du 2048k (et ça commence à faire beaucoup de k). Là, je suis tiraillé entre l’envie d’aller me recoucher, et celle d’installer le bidule. Bon bon bon. Je ne me laisse pas démonter : j’installe le bousin. Et malheureusement pour vous, je n’ai rien de spectaculaire à raconter, pas d’électrocution, pas de fracture du fémur, rien. Il faut croire que j’installe mieux les modems que je ne fais les oeufs (à ce sujet, vous savez que je porte encore les traces des brûlures que je me suis faites au début de l’année ?).
Je teste la connexion, histoire de voir si ça fonctionne. 250 ko/s. Ah bah ouais, ça marche plutôt bien leur connerie. Dommage que ça ne me serve à rien. Il faut savoir qu’avec ce FAI, dès que vous vous mettez à télécharger un peu beaucoup, vous recevez un courrier vous demandant très aimablement (par le biais de menaces répétées) d’arrêter ça tout de suite. Et comme vous savez que ce que vous téléchargez n’est pas forcément rigoureusement légal, bah, vous obtemperez sans trop discuter, surtout quand le courrier est au nom de votre père et qu’il n’a strictement rien à voir là-dedans. En même temps je ne leur en veux pas, si ça se trouve ils m’ont fait éviter une grosse amende et de la prison avec sursis. Ah bah oui, c’est que maintenant à notre époque on refile des peines de prison à des gens qui écoutent de la musique et qui regardent des films. Alors que l’amende est largement dissuasive.
Enfin voilà. Tout ce que je voulais dire c’est qu’un con a amputé ma nuit d’une moitié, tout ça pour me livrer une merde inutile et se foutre ouvertement de ma pomme. Minuscule, le modem en plus. Trois fois plus petit que l’ancien. C’est dingue, ça, dès qu’on nous sort un nouveau modèle de quelconque objet technologique, c’est toujours un truc toujours plus petit, plus léger, mais beaucoup plus performant que l’ancien. Epatant.
Y a qu’avec les vibromasseurs que ça ne marche pas, en fait.
— -== Demain, je vous raconte une histoire de cul, c’est promis. ==—

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