mercredi 23 juin 2004

Goddammisme aigu

Récemment, Théo m’a appris un truc. Il m’a appris qu’il fallait 73 jours pour qu’un homme renouvelle son stock spermatique. Autrement dit (et à ce que j’ai compris), au bout de 73 jours sans éjaculation un homme cesse de produire du sperme. Histoire que ses gonades et sa prostate n’explosent pas. Alors moi, je me suis dit que ça pouvait être drôle de tenter l’expérience. 73 jours d’abstinence totale et parfaite. Résultat, j’ai tenu un peu plus de deux jours. Je suis un branleur forcené, que voulez vous.

La nouvelle de cet échec a déçu tout mon entourage ainsi que moi-même, alors pour noyer mon chagrin je suis allé faire un tour de vélo. Eh bien oui, je n’allais pas noyer mon chagrin en me payant une nouvelle branlette : je ne suis pas une machine, tout de même. Sauf qu’en vélo, c’est moi que j’ai failli noyer, pas mon chagrin ! Une heure de VTT à fond sous la pluie. Rafraichissant, mais dur. J’ai jété un oeil sur la montre au premier signe de fatigue : ça ne faisait que 2 minutes 30 que j’avais commencé le parcours. C’est là que j’ai compris qu’il y avait VRAIMENT du boulot. Alors j’ai décidé de ralentir un peu - pas tellement le choix, en même temps - et d’essayer de maintenir la même allure tout le long. En gros, j’ai fait du toursime.

Il n’y a pas grand monde sur la piste cyclable au bord du canal (les gens normaux doivent être à l’abri, je présume). A vrai dire, je n’ai pour compagnie que d’innombrables moucherons qui viennent s’écraser comme des merdes contre ma peau humide et mes yeux rougis. Mes vêtements eux sont gorgés d’eau, et pèsent étrangement trois fois leur poids. Je suis crevé, seul, je bouffe des moustiques, j’ai le vent de face, les cuisses qui brûlent et envie de me jeter dans le canal. En plus, je me sens idiot à chaque (rare) cycliste que je croise. Les cyclistes - les VRAIS, je veux dire - mettent un coupe-vent ou une combinaison anti-pluie, en cas d’intempéries. C’est le cas de ceux que je croise, en tout cas. Moi je suis là comme un con en jean + polo en coton, entrain d’attraper la crève. Solitude.

Pour achever de me bousiller le moral, j’ai croisé sur le retour l’archétype du beau gosse parfait. Un mannequin-sportif bronzé, très belle gueule, très beau corps. Il roulait deux fois plus vite que moi, en plus. J’ai aussi croisé une charmante joggeuse, en pantalon collant noir et haut de la même couleur, se battant avec courage contre les gouttes. Je crevais d’envie de lui taper la discute, mais 1/ je n’ose jamais, 2/ on emmerde pas quelqu’un entrain de courir et encore moins lorsqu’il pleut des cordes. Peut-être qu’un jour je cesserai de me chercher des excuses pour ne pas faire les choses.

Le soir, nous avons tenté de fêter l’anniversaire de mon père. Je dis bien tenté, car alors que ma mère ma soeur et moi étions à table (et l’attendions), il est tardivement sorti de sa chambre, s’est lavé, s’est enfermé dans la cuisine et est parti travailler en claquant la porte (il faut savoir que mon père bosse de nuit, il se lève à 20h et part travailler vers 21h30). Le tout sans dire un seul mot, et en tirant la gueule bien entendu. Et sans toucher au gâteau. Ma frangine et moi étions atrocement écroulés de rire, trouvant parfaitement puérile cette manière de se donner de l’importance en méprisant les efforts des autres. Ma mère elle, se marrait un peu moins. Mais bon, il n’y a pas mort d’homme, ça passera. Mon père a 58 ans, et le connaissant je ne pense pas qu’il le vive très bien. En tout cas il n’en donne pas l’air. Il vit dans un pays qui lui a tout donné mais qu’il veut quitter le plus vite possible pour retrouver sa Galice natale, et je le comprends. Il passe ses cinq semaines annuelles de congé en Espagne, au village. Et chaque année, je suis de plus en plus surpris de le voir en revenir. A chaque fois je me dis qu’il ne reviendra pas. Je me dis que quelqu’un l’aidera à trouver un petit boulot sur place, et qu’il laissera ma mère en plan. Je suis certain qu’il y songe. Je suis certain qu’il en a envie. J’en veux pour preuve ses coups de fil incessants qu’il donne en Espagne lorsque ma mère travaille (ils n’ont pas les mêmes horaires, donc c’est facile). Jamais il n’avait autant appelé là-bas, c’est comme ça depuis un mois et demi. Et le plus suspect c’est que c’est systématiquement dans le dos de ma mère. Je sais qu’il prépare un truc, mais je ne sais pas quoi. J’espère juste que ce n’est pas un de ses nombreux coups de pute dont il était coutumier il y a dix ou quinze ans.


— -== Et si les chiens pouvaient faire des chats, ça m’arrangerait. ==—