mardi 6 avril 2004

L’envie de couper un cheveu avec une tronçonneuse.

Un début de soirée. Dehors, des nuages noirs et de l’eau qui tombe. On appelle ça de la pluie. Ce soir, je déteste la pluie. La télé allumée me donne d’atroces nouvelles d’un lointain pays qui ne signifie rien pour moi, ce qui déjà est en soi une atroce nouvelle. A côté, j’entends ma mère lancer une machine. Demain, j’aurai des caleçons tous propres et peut-être même repassés. Joie.
Les clapotis, le bruit des balles et le soufflement du lave-linge m’accompagnent, moi et mon regard fixé. Mes yeux sont ronds, incrédules, rougis. Je sens mon derme se gorger de sang, mon front se plisser, mon coeur s’emballer. Des réflexions s’enchaînent et s’entrechoquent dans mon crâne, l’adrénaline fait trembler mes mains. C’est comme si de l’opaque brouillard surgissait un intense rai de lumière qui vous brûlerait les yeux. Comme si le destin, en voulant vous donner un coup de pouce, vous explosait le crâne d’un coup de masse. Révélation fortuite, confusion, mensonges, mauvais sentiments, perte de repères, suffocation, colère, souffrance, haine. Tuer. Tuer tout le monde. Très vite.

Je me hais. Ca me fait me rouler par terre de rire d’écrire cette phrase tant elle est éloignée de la vérité. Il n’existe pas de mots pour exprimer le mélange de haine, de profond mépris et de violence que je ressens pour ma propre personne. Sur l’échelle de valeur commune aux Hommes, je suis l’entité, l’objet, l’élément qui en a le moins. Le zéro absolu. La parfaite imperfection. La merde de chameau vaut de l’or, comparée à moi. Je serais le kamikaze idéal : je ne vaux même pas le prix du chatterton utilisé pour confectionner la ceinture de dynamite qui me ferait arroser de mes entrailles le peuple dans un rayon de 20 mètres. En me supprimant, je rendrais le plus fier service immaginable à l’humanité. Mais j’en suis incapable. Eh oui : je suis moins qu’une merde.

Alors, transfert. Je tranfère le bouzin sur tous ceux qui valent mieux que moi, autrement dit tout le monde. Je ne puis me supprimer ? Je supprime tous les autres. N’ayant plus personne à qui me comparer, je perdrai automatiquement ma qualité de sous-merde. Je deviendrai l’Unique, celui qui a vaincu tous les autres. A défaut de me donner de la valeur, ça réduirait celle de tous les autres à néant. Jouissance. Intense.




03h38 : Le moral est au beau fixe !

Je suis le meilleur. Comprenez bien ce que je tente de vous expliquer : je SUIS le meilleur. Personne ne m’arrive à la cheville, personne ne peut ne serait-ce qu’imaginer de rêver m’arriver à la cheville un jour. Im-pos-si-ble. Je suis le meilleur. Vous n’êtes pas convaincu ? C’est normal, vous n’êtes rien. Comparé à moi, vous n’existez même pas. Je suis ce qu’il y a de plus beau dans l’univers, je suis l’Etre Ultime, j’ai raison sur tout, je ne me trompe jamais et même si cela m’arrive, l’Histoire finit toujours par me donner raison. Ma perfection ne vous est pas et ne vous sera rigoureusement JAMAIS accessible. Je suis votre maître, l’Elite de l’humanité, je suis même plus puissant que n’importe quel dieu.

Votre Seigneur, c’est moi. Je réussis là où tout le monde échoue. J’ai toutes les qualités du monde, sauf celles réservées aux faibles. Je n’ai aucun défaut, et c’est là ma plus grande qualité. Je vous écrase. Je vous méprise. Je ne vous hais pas, ça vous viendrait à l’esprit de haïr du plancton, vous ? Oui, vous êtes mon plancton. Invisibles, et insignifiants. Je m’aime. Je n’aime que moi. Je le mérite mille, cent mille fois. Quelle perfection ! Je m’épate.

Question : Que s’est-il passé entre 19h05 et 03h38 du matin le 5 avril 2004 ?


— -== Réponse : j’ai pris mes "Happy pills"... © Private Joke, Inc. ==—