vendredi 23 avril 2004

L’ascension du Galibier en marche arrière les yeux bandés et sans guidon

Il y a des jours où vous vous sentez inexistant. A côté. Pas à votre place. Des jours où ceux que vous aimez vous traitent comme de la merde, comme si vous étiez soudainement de trop sur Terre. Des jours où le moindre détail devient une montagne, où chaque chose est une agression. C’est mon quotidien depuis deux semaines. Un exemple pour illustrer ce que je ressens ? Tenez, en voilà un court et léger :


— - Reconstitution ---

Vous êtes avec deux amies. Vous êtes à vélo, elles sont à pied. Elles entrent dans un supermarché, pour simplement regarder des annonces. "On revient tout de suite" vous disent-elles. Vingt minutes plus tard, elles ressortent hilares, vous expliquant avec toute l’innocence du monde qu’elles papotaient avec un copain rencontré là. Vous, le cul posé sur votre selle à respirer des gaz d’échappement depuis vingt minutes et fatigué par une nuit blanche, vous êtes passablement énervé. Mais vous laissez couler, pour ne pas passer pour le râleur de service.

Dix minutes plus tard, vous vous posez les fesses avec elles. Et là, dans une simultanéité et un synchronisme rares, elles sortent une cigarette. Et vous enfument. Vous vous dîtes "aucun problème, nous sommes dehors, elles sont dans leur bon droit". Et c’est vrai. Vous êtes juste dépité de ne même pas pouvoir profiter de cet instant, tant cette odeur vous rend physiquement malade. Vous en venez même à regretter de ne pas être fumeur. Le non-sens absolu. Mais vous laissez coulez, pour ne pas passer pour le râleur de service.

Elles parlent du permis de conduire. L’une passe ses heures de conduite, l’autre à son permis depuis peu. Alors elles partagent leurs anecdotes échangent leurs expériences. Normal. Mais évidemment, vous n’y comprenez rien. Le permis, non seulement vous ne l’avez pas, mais vous n’envisagez pas du tout de le passer. Alors vous attendez sagement - la gueule baignant dans la fumée toxique - que la discussion porte sur autre chose. Au premier blanc, vous dîtes une bafouille pour vous mêler à la conversation... mais vous vous faîtes gentiment couper la parole. Agréable. Très agréable. Là, vous commencez à tirer la gueule, mais vous laissez couler, pour ne pas passer pour le râleur de service.

Plus tard, vous rentrez chez vous (après avoir manqué de vous faire renverser). Votre mine est sévère et vos yeux sont rouges, explosés par la fatigue et le vent de face. Et là, à peine rentré, on vous adresse un "Oh, voilà le râleur de service !".


— - /Reconstitution ---

Mais ça ce n’est rien, ça me fait plutôt sourire maintenant (une fois passées les bien naturelles envies de meurtre et d’auto-mutilation). C’était simplement pour vous donner le ton. Tenez et comme je suis sympa je vais vous donner le thon, aussi.

Le thon.
Le thon.


Voilà c’est cadeau.
...
Je vous demande pardon, je suis complètement à bout nerveusement.


— -== Heureusement, mon cochon virtuel m’aide à tenir le coup. (www.kochonland.com)==--