16-03-2880
Je crois déjà l’avoir dit auparavant, auquel cas je le répète : j’ai toujours rêvé de mourir dans une apocalypse. Mais une noble qui a de la gueule hein, comme un caillou gros comme l’ego du Français moyen qui viendrait lamentablement s’échouer, je ne sais pas moi, au pif, sur le Texas. L’idéal bien sûr serait que je puisse assister à l’évènement, de suffisament loin pour ne pas être ébloui (me brûler la rétine), et surtout ne pas être tout de suite tué par l’onde de choc. Il faudrait donc que je sois à... hum.. ne bougez pas :
— - Rapide estimation, veuillez patienter. ---
Alors, si on considère un caillou dont le diamètre se situerait entre 5 et 20km (l’égo du Français moyen variant en fonction de la forme physique de Zinedine Zidane, oui c’est crétin, mais on est comme ça ici), le cratère que le bonhomme laisserait après son passage devrait mesurer entre 150 et 400 km de diamètre en fonction de la composition et de la forme du bestiau. Autrement dit, vaut mieux que je sois à plus de 1000 km de l’impact si je veux avoir plus de 12 secondes d’espérance de vie (histoire de profiter un peu de la vue).
Par conséquent, si je veux être peinard 10 minutes, pas trop mal placé, et si on garde l’hypothèse que le point d’impact se trouve pile au milieu du Texas, il faut que je me trouve soit à Chicago, soit à Mexico. Mexico ça m’emmerde, parce que ça voudrait dire qu’il faut que je révise mon espagnol, et j’ai franchement pas que ça à foutre. Et comme il est nettement plus probable de me voir battre le record du monde de saut à la perche que de me voir un jour poser un orteil sur le sol américain, on peut également oublier Chicago.
— - Voilà c’est fini, vous pouvez arrêter de patienter si vous voulez. ---
Donc plus de 1000km. De toutes façons, de là, je ne verrais pas grand chose. Tout au plus une trainée blanche/noire tomber sur l’horizon, puis un blanc intense, et une gigantesque colonne de fumée ardente et suffoquante, j’imagine. Puis un ciel noir. L’hiver nucléaire. Pas de soleil, la température qui chute de 20 °C partout dans le monde. La végétation qui meurt, suivie par les élevages, faute de nourriture. Et les sources d’eau, taries ou gelées. Ou polluées. Plus un hominidé à la surface du globe. Simplement la mort et la désolation, partout.
Bon, finalement à 20km du point d’impact c’est mal. Et on va faire ça à Paris, c’est mieux.
Mais la question que vous vous posez doit être : « Mais pourquoi diable ce connard veut-il tous nous faire crever ? ». Mais je n’ai aucune envie de vous faire mourir, les amis. Je veux juste que vous creviez tous avec moi, nuance. Ah si : nuance. Et ce n’est nullement par méchanceté, ni par misanthropisme.
— - pause ---
Misanthropisme. Si ce mot est dans le dictionnaire, je veux bien me couper une couille. Je vais vérifier, je reviens de suite.
..
2 secondes.
..
Ah, voilà. Il n’y est pas (ouf..). En revanche, il y a misanthropie. Pas mal ça, allez, va pour misanthropie.
— - /pause ---
Je disais donc, ce n’est nullement par méchanceté, ou par misanthropie. Non, c’est juste que mourir dans une apocalypse, c’est.. mais c’est GRANDIOSE ! Imaginez un peu le tableau, on serait tous sur le même bâteau, unis devant la même adversité et la même fatalité. Certains auraient la trouille, pleurant et se demandant « Pouuuurrquoiii.. *sniiff*.. mais pouuuuuurrqquuuoiiii... ? ». D’autres seraient tellement désespérés qu’il se suicideraient (si si, je suis sûr qu’il y en aurait des suffisamment cons pour le faire). Il y aurait bien entendu les illuminés, écumant les rues en prêchant la parole de je ne sais quel prophète, et puis ceux qui fuieraient - vainement - sans savoir où ils vont. Oh, et puis il y aurait les Grands de ce monde, qui passeraient leurs dernières heures à placer toute leur fortune à 20 mètres sous terre, « juste au cas où ».
Et il y aurait ceux dont je ferais partie (après 10 minutes d’hystérie aiguë, comme tout le monde), qui leur diraient amicalement « Vous savez les gars, là où vous allez, vous n’en aurez pas besoin :o) ». Nous passerions nos dernières heures allongés sur l’herbe, profitant une dernière fois des rayons du soleil qui-fait-piquer-les-yeux. On fixerait des yeux ce point lumineux qui grossirait chaque minute, là-haut dans le ciel. On soufflerait dessus, comme pour le faire s’en aller. Et ça nous ferait rire... une dernière fois. On se remorerait de vieux souvenirs en attaquant une bouteille de rouge (je sais, je ne bois jamais mais ce n’est pas armageddon tous les jours) avec du bon fromage de chèvre sur une grosse tranche de pain.
Puis, arriverait un moment où nous conserverions le silence, sereins et simplement étendus, les uns à côté des autres. Un leger sourire aux lèvres et les yeux fermés, nous nous féliciterions d’avoir su mourir, à défaut de ne pas avoir toujours su vivre. Et notre bonhomme venu du ciel - bien décidé à avoir le dernier mot - se planterait dans le sol, déchaînant les feux de l’Enfer. Et c’est en paix, le visage détendu, que nous nous volatiliserions presqu’instantanément.
Non vraiment, je ne puis rêver de mort plus belle.
—== Je suis très partageur, comme garçon. ==—

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