jeudi 22 janvier 2004

Le neev vous montre son sexe !!!

Mais non, c’est pas vrai. Et s’il vous plaît, ressaisissez-vous. Assez de gaudriole.
Je me doutais que la photo de mon corps nu susciterait quelques réactions. Je pensais qu’elle déclencherait des fous rires, des procès, et peut-être des vomissements spontanés. Les fous rires je les ai eus, les procès je les attends (surtout ceux de Swatch pour diffamation sur leur modèle de voiture à la con, et de Stéphane Bern pour concurrence déloyale sur le marché (très porteur) du ridicule), et les malaises eh bien.. tenez-moi au courant, et n’hésitez pas à m’envoyer vos frais de médicaments.
Ainsi s’achève l’épisode rigolo du mois de janvier, et ceci étant je m’empresse - avec une joie que je ne puis contenir - de vous casser les couilles à nouveau avec mes tourments.

On vit comme des cons.
« Advertising has us [...] working jobs we hate so we can buy shit we don’t need », ce qui a été traduit en français par « On fait des boulots qu’on déteste pour nous acheter des merdes qui ne nous servent à rien ». C’est Tyler qui dit ça, dans Fight Club. Quand j’ai entendu cette phrase la première fois, j’ai eu une douce chaleur dans la poitrine, et je me suis dit "Merde, je ne suis pas tout seul". Nous autres occidentaux vivons dans un monde sans repères. Il y a quelque chose de maladif chez moi : je ne peux pas m’empêcher de chercher le sens de tout ce qui m’entoure. Je veux comprendre où je vis, dans quoi je vis. C’est plus fort que moi. Mais quand dans mon poste de télévision je vois une femme - à la voix lubrique et aux seins qui dardent - m’expliquer qu’il faut absolument que je m’endette d’un crédit de 5000 euros pour m’acheter un piano bon marché, des VTT et des prothèses mammaires, je reste le cul vissé sur ma chaise la bouche grande ouverte en me demandant ce qu’il m’arrive. De la même manière, quand je vois le présentateur du JT m’expliquer que telle entreprise est malheureusement contrainte de licencier 4000 personnes, la faute à une OPA (décidée par une douzaine de connards en cols blanc) qui a mal tourné, je me dis qu’il y a des balles dans la tête qui se perdent.

Alors vous en avez qui viennent me dire "Oui mais tu comprends, ce sont les lois économiques qui veulent ça, et en plus les temps sont durs alors bon c’est pas facile hein. Faut comprendre la logique économique, mon gars". Logique économique. Logique économique ? Ha ha, logique économique. Fils de pute, va. Les 4000 gusses gentiment foutus à la porte, ce sont EUX qui créent la gigantesque montagne de richesse qui fait que l’entreprise est là où elle en est et que les gentils patrons sont pétés d’oseille. Et le pire, c’est qu’ils sont généralement payés au lance-pierres pour ce faire. Et après ça, on vient leur dire "Bon désolé les gars, on a déconné dans la gestion de l’entreprise. Je sais que vous n’avez rien à voir là-dedans, que ce n’est pas votre faute, mais on va vous virer quand même, d’accord ? Comment ? C’est dégueulasse ? Mais non, c’est la logique économiiiiiiiiiiiique. Vous ne comprenez rien, ça ne m’étonne pas que vous ne soyez qu’ouvriers". Ca me rend malade, et ça me rend violent.
Vous voyez, j’ai 21 ans et je n’ai jamais bossé de ma vie. Eh bien j’ai déjà perdu toutes mes illusions avant même d’avoir commencé. Regardez, on est tous là à trimer pour un patron qui nous emmerde, et pour une entreprise (une cause) dont on se fout éperdument. On le fait juste pour le fric, pour pouvoir payer les factures et nous acheter ces fameuses merdes qui ne nous servent à rien. On appelle ça du mercenariat.

Nous sommes une génération de millions de mercenaires, souvent traités comme de la merde par le connard placé juste au-dessus de notre tête dans la hiérarchie. Et si par bonheur votre supérieur est un type/une fille bien, alors ce sera celui placé deux échelons au-dessus de vous qui se chargera d’endosser le rôle du parfait connard tyrannique et catalyseur de dépressions massives dans le service qu’il dirige. Vous voyez bien de quoi je parle hein ? Vous l’avez vécu, ou le vivez ? Etonnant que ce jeune type sans expérience vous décrive aussi bien un milieu qui lui est inconnu. Ouais. Mais le jeune type, il a des yeux et des oreilles. Le jeune type s’intéresse à ce qui se passe autour de lui. Le jeune type connait des dizaines de types un peu moins jeunes, démolis, déchiquetés dans cet engrenage impitoyable. Et le jeune type n’est vraiment pas pressé d’y être, parce que le jeune type est vraiment écoeuré de toute cette merde liquide et abominable, dont certains tirent profit au détriment de ceux qui finissent par s’y noyer. En clair, le jeune type ne se sent vraiment pas à sa place dans ce monde.

Mais alors, de quelles solutions le jeune type dispose t-il, compte tenu de son profond malaise et de sa difficulté à être épanoui dans le monde qui l’entoure ? Le suicide ? Plutôt crever (tiens elle est bonne celle-là, je la note). Il y songe à peu près 40 fois par jour, mais davantage pour se rassurer qu’autre chose. Tuer des gens ? Non, c’est aussi crétin que tentant. Oui, tentant. Vous savez - et je n’ai aucune honte à le dire - j’éprouve de la haine pour cette vie, ce système, ce bâteau de papier sur lequel nous sommes tous, et que des fous furieux dirigent. J’éprouve de la haine, parfois de la rage, parce que tout ça, ce monde occidental, on s’est fait CHIER à le construire pour améliorer la condition humaine, au quotidien. Je veux dire, on vit globalement beaucoup mieux qu’il y a un siècle, ici en occident, non ? Toute cette merde laborieusement mise sur pattes au fil des décennies, elle est très positive, à la base. Mais là, aujourd’hui, maintenant, elle est entrain de nous retomber sur la gueule. Les riches s’enrichissent sur le dos des (chaque jour plus nombreux) pauvres qui s’apauvrissent. Et ce n’est PAS la faute à pas de chance, non, c’est la faute à une minorité de connards qui exercent leur diktat sur les millions (milliards) de connards potentiels que nous sommes. C’est toute l’histoire de la civilisation. Quelques pourritures qui oppriment tous les autres, pour leur convenance personnelle.

Non, je ne vote pas extrême gauche, et je ne suis pas près de le faire. Les vérités les plus évidentes dépassent tout cadre politique. Vous qui me lisez, à chaque fois que vous faîtes quelque chose, demandez vous pourquoi. Si vous trouvez une raison valable à chaque fois, alors effectivement, vous ne pouvez pas me comprendre précisément. Et peut-être même pensez-vous que je suis un jeune con.

Mais moi de mon côté, je suis perdu et j’ai vraiment envie de pleurer.

—== Votre paradis d’imbéciles... étouffez-vous avec. ==—